BASSIN FLUVIAL DU PARAGUAY
s'agissait que d'unir par une fosse à double versant les eaux qui courent d'un côté vers l'Amazone, de l'autre vers le Paraguay, il serait facile de trouver plus à l’est, sur les bords du plateau, de nombreux endroits où une simple coupure de quelques mètres en profondeur suffirait à transformer en île le Brésil oriental. On signale, surtout depuis Castelnau, les deux ruisseaux Estivado et Tombador, le premier descendant au Tapajoz par l’Arinos et le second au Cuyabä : un espace de 100 mètres seulement les sépare".
En aval des hautes sources, le Paraguay coule dans un terrain marécageux, à la base du plateau : ses nappes d'eau claire forment autant de lagunes entre les herbes aquatiques. Des collines rétrécissent çà et là son cours, mais bientôt commence la vaste plaine qui, dans les temps anciens, fut un lac et qui en a partiellement gardé le caractère. Lors des crues, qui font monter de 10 ou 11 mètres le niveau du Paraguay et de ses affluents, la masse surabondante, où flottent des îles et des archipels d'herbes aguapé, se déverse à droite et à gauche, formant une mer temporaire qui s'étend à perte de vue et qui se continue sur les terrains plus élevés par des banhados ou « terres noyées », desquelles surgissent les bouquets d'herbes et les arbustes et où se dressent en certains endroits des monticules artificiels, lieux de refuge des indigènes d'autrefois pendant les crues”. Les premiers voyageurs espagnols qui parcoururent. la contrée donnèrent le nom de lac Xarayes à cette étendue de terres basses où s'étalent les eaux presque dormantes des branches maîtresses du Paraguay. Ce lac s'étend sur une longueur d'environ 600 kilomètres du sud au nord, entre les bouches du Jaurû et les collines dites Fecho dos Morros, et en certains endroits atteint 250 kilomètres de largeur; il n’est point permanent, ainsi qu'on se l’imaginait jadis, mais en tout temps il en reste des parties désignées par les indigènes sous le nom très justifié de bahias, car ce sont les « baies » d'une ancienne mer asséchée à demi pendant la période contemporaine. La plupart de ces nappes d’eau restent en communication constante avec le Paraguay, soit par des bayous latéraux, soit par de larges détroits : tels sont le lac d’Uberäba, le Gaiba, le Mandioré, le Câceres, où pullulent les crocodiles jacaré par « centaines de milliers ». Parmi ces lacs secondaires, les uns ne contiennent que de l’eau douce apportée par l'inondation fluviale; les autres, anciennes cavités que remplissait l'eau de mer, ont gardé au fond de leur lit des couches
1 Ed, Jose de Moraes, Navegaçäo interior do Rrasil. ? Couto de Magalhäes, 0 Homem no Brasil
salines qui donnent au liquide un goût saumâtre, Ce contraste dans la nature des eaux, douces ou salines, se retrouve dans les terrains de la plaine. Des campagnes étendues, que recouvrent de riches alluvions, ont donné naissance à des forêts touffues, et le planteur peut y obtenir de merveilleuses récoltes; d’autres terres, revêtues de sables stériles, n'ont que des herbes rares ou des bouquets d'arbrisseaux; celles où fleurissent les cristaux salins sont de redoutables déserts sans herbe et sans eau. En certains districts inhabités, la marche est des plus pénibles; une mince croûte cache les fondrières de boues salines dans lesquelles on risque d'enfoncer".
Vers le centre de la cuvette d'inondation, le Paraguay s'unit au Cuyabä, qui lui-même est grossi par les eaux du rio Säo Lourenço, appelé aussi rio dos Porrudos, en souvenir d'Indiens qui se couvraient d'une espèce de sac pour échapper à la morsure des voraces poissons piranhas pendant la traversée des rivières. L’horizontalité du sol empêche le confluent de se maintenir dans un lit régulier; les eaux, s'épanchant diversement à droite el à gauche, se ramifient en un labyrinthe de rivières et fausses rivières, au milieu desquelles s'élève le dôme régulier et uniformément boisé du more de Caracarä, Les branches latérales se continuent entre les zones marécageuses jusqu'au confluent des rivières Taquary et Miranda qui descendent des montagnes de l'est, Le Taquary reçoit dans la région supérieure un affluent, le Coxim, reconnu par les voyageurs comme l'une des plus pittoresques rivières du Brésil : en certains endroits, elle se trouve rétrécie entre des parois verticales de 50 mètres de hauteur; les barques glissent comme au fond d'une tranchée sur un courant rapide, large de 10 à 12 mètres seulement. Le Miranda est aussi une charmante rivière, ainsi que son tributaire l'Aquidauana ou Mondego, que les Paraguayens revendiquèrent comme limite septentrionale de leur territoire : descendue des mornes de l'Amambahy, elle serpente en longs méandres entre des berges boisées et va s'unir au Miranda, à l'entrée des plaines marécageuses qui furent la mer intérieure de Xarayes.
À l'ouest du fleuve, dans la région des Chiquitos, les cours d'eau sont rares : un seul, obstrué par les camalotes où trainées d'herbes, si épaisses que les bateaux à vapeur les écartent à grand'peine, atteint le courant du Paraguay. C'est la rivière de Tucabaca ou Oliden, qui reçoit un torrent d'eau thermale, mêlé au San Rafael, puis se ramilie en lagunes, lout en maintenant un cours continu jusqu'à l'embouchure, D'Orbi-
1 De Taunav, Scenas de Viagem.
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