‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 217 sur 401 · PARAGUAY, OTUQUIS, CLIMAT DU MATTO GROSSO · texte numérisé non relu

PARAGUAY, OTUQUIS, CLIMAT DU MATTO GROSSO

gny, qui constala la navigabilité de l'Otuquis dans son cours d’amont, parle de l'importance qu'aurait cette voie de communication entre la Bolivie et les régions platéennes. En 1854, Page, sur le Water Witch, remonta cette rivière à 06 kilomètres, et là dut rebrousser chemin, non à cause du manque de fond, mais pour n'avoir pu se frayer un passage à lravers les camalotes. En 1886, un autre marin, Fernandez, pénétra de 45 kilomètres plus avant dans l’Otuquis, et redescendit pour le même motif”. Il est probable, mais non encore certain, que l'Otuquis, aménagé, débarrassé de ses herbes, pourrait devenir une voie d'issue pour la Bolivie. Au sud du conluent, dit Bahia Negra, le territoire paraguayen du Gran Chaco commence sur la rive droite du fleuve, tandis que sur la rive gauche la frontière du Brésil n’est marquée qu'à 290 kilomètres plus au sud, au confluent de la rivière Apa.

Les régions habitées du Matto Grosso, situées au centre même du conlinent, dans une sorte de eorridor ouvert entre la cordillère des Andes et les hautes terres du Brésil central, se distinguent par un régime climatique particulier. La température moyenne est très élevée, bien plus que sur le littoral : le faible relief du sol au-dessus du niveau de la mer, sous ces latitudes de 15 à 18 degrés, laisse toute sa force à la chaleur solaire, que réfléchissent en outre les escarpements blanchâtres des hauteurs voisines. Les ardeurs de l’été sont plus élevées que sur les bords mèmes de l'Amazone, sous la ligne équatoriale; mais les oscillations du thermomètre n'y offrent pas la même régularité d'allures. Les changements se font parfois avec une soudaineté sans exemple dans les autres régions tropicales du Brésil : on a vu dans l’espace de douze heures des écarts de 15 et mème de 18 degrés dans la colonne thermométrique. Ces brusques variations proviennent de la saute des vents qui se portent du nord-ouest au sud-est ou, en sens inverse, du sud-est au nord-ouest. Le mouvement des airs est déterminé par la forme du couloir dans lequel ils sont entraînés : aux vents tièdes qui proviennent de la région des selves amazoniennes succèdent, en hiver, des vents qui soufflent de la froide pampa. Sur les hauteurs du cirque de plateaux et de montagnes qui entoure la plaine du Matto Grosso les froidures descendent au-dessous du point de glace, et souvent des voyageurs ont péri dans la traversée de l'Araxä; en mars 1822, c'est-à-dire à la fin de l'été, une caravane venue de Rio Janeiro perdit

1 À. Quijarro, Navegabilidad del rio Otuquis.

plus de vingt nègres, tués par le froid dans la vallée du Manso, à l’est de Cuyabä',

Les pluies abondantes amenées par les remous des vents, qui contournent le plateau central du Brésil et viennent se heurter aux premiers contreforts des Andes, tombent assez régulièrement en été; elles sont aussi très souvent accompagnées d'orages. La chute d’eau annuelle n'a pas encore été mesurée, mais, d'après Severiano da Fonseca, elle serait au moins de 5 mètres; on a compté cent trente-cinq jours de pluie par année moyenne dans la cité de Cuyabä. Pris dans son ensemble, le climat du Matto Grosso est un de ceux qui présentent de grands dangers à l’Européen, du moins dans les plaines basses et humides”. Les plateaux, relativement salubres, ne comptent pas encore comme pays de peuplement, et presque tous les étrangers ont à subir l'épreuve de l'accoutumance dans les plaines torrides et pluvieuses que parcourt le haut Paraguay. Des épidémies terribles, au siècle dernier la rougeole, et depuis cette époque d'autres fléaux, tels que la variole et la fièvre jaune, ont passé sur la région et, en certaines années, la population provinciale à diminué malgré les nombreuses naissances. On a constaté dans le Matto Grosso, à diverses reprises, que les grandes épidémies ont sévi sur les animaux avec la mème intensité que sur les hommes. La rougeole de 1789, la variole de 1867 frappèrent les volailles et les bêtes à cornes et, dans les savanes, dans les forèts, au bord des fleuves, gisaient les cadavres des cerfs, des tapirs et des jaguars*. En 1857, une épizootie, importée des savanes boliviennes, détruisit presque tous les chevaux et les mulets du Matto Grosso méridional, entre Miranda et Cuyabä‘. Le manque de chevaux empêche de garder les troupeaux de gros bétail, que l'on évalue diversement de six cent mille à un million de têtes, et les animaux, à demi sauvages, se dispersent dans les campagnes*.

Sur le seuil de partage entre les deux grands bassins du Brésil, le Matto Grosso unit les flores et les faunes de l'aire amazonienne et de la région argentine. Toutefois la flore tropicale, avec son infinie variété de formes

végétales, prédomine dans toutes les régions boisées, c'est-à-dire au

1 Luiz d'Alincourt, Annaes da bibliotheca nacional do Rio do Janeiro. Conditions météorologiques de Cuyabä, d'après S. da Fonseca et Americo de Vasconcelios :

Température f Pluie Jours moyenne, maximale. minimale, Écarts. tombée, de pluie. 260,25 410 70,5 330,9 1,166 85

5 Severiano da Fonseca, ouvrage cité.

+ Revista do Instituto Historico, 1874.

5 Karl von den Steinen, Durch Central-Brasilien.

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