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possesseur incontesté d’un lot de terrain bien à lui; elles cessaient bientôt d'exister là où les laboureurs n'étaient pas leurs propres maîtres. Quant aux Portugais, qui, jusque vers 1870, constituèrent à peu près les deux tiers de l'immigration, ils arrivaient de leur propre initiative, soit isolés, soit en familles, et, sans préjugé pour le choix du travail, cherchaient une besogne quelconque sans s'adresser au gouvernement, aux grandes compagnies financières ou à quelque syndicat de planteurs; aussi réussissaient-ils presque tous : surveillants d'esclaves, artisans, portefaix, revendeurs, marchands en gros, ils avaient dans l’ensemble de l’activité brésilienne une part proportionnelle bien supérieure à celle des autres colons et nombre d’entre eux revenaient dans la Terrinha ou « petite terre » d'Europe se construire des palais fastueux sur l'emplacement de la chaumière paternelle".
La statistique de l'immigration, plus défectueuse encore que le recensement général, n’énumère comme immigrants que les passagers de troisième classe débarqués par les navires, et cette énumération ne se fait pas dans tous les ports; on ne tient pas compte non plus du mouvement des départs. Les chiffres publiés n’ont done qu'une valeur très relative, mais ils suffisent à montrer le rapide accroissement des arrivées. Pendant les vingt années qui suivirent le milieu du siècle, on comptait une moyenne de 7 à 10000 immigrants par an. Le nombre en doubla dans les dix années suivantes, puis il quintupla; il décupla pendant la dernière décade : en l’année 1891, près de 219 000 colons européens prirent pied dans les trois ports de Rio, de Santos, de Desterro; et Victoria, Bahia, Pernambuco, Parä reçurent aussi leur part de travailleurs*. Dans celte immigration en masse, le premier rang de beaucoup appartient aux Italiens : ils arrivèrent plus de 100 000 en 1892 et dans tout le Brésil ils sont au nombre d'au moins 600000, sans compter leur descendance” : la colonie qu’ils constituent dans ce pays dépasse en force celle qu'ils ont fondée en Argentine et aux États-Unis. Ils l’emportent de plus du double, peut-être même du tiers, sur les résidents allemands et de race germanique concentrés dans le Rio Grande do Sul et dans l'État de Santa
1 Onésime Reclus, Nouvelles Géographiques, 4 novembre 1893.
2 Nombre officiel des immigrants de 1804 à 1892 : 1 327 021. Première période : de 1808 à 1854 : 140 000, soit 3 000 par an. Deuxième période : de 1855 à 1885 : 498 115, soit 16 066 par an.
Troisième période : de 1886 à 1892 : 688 906, soit 98 415 par an. (Onésime Reclus, mémoire cité.)
3 Colonie italienne du Brésil au 1° janvier 1893 : 554 000. (Bodio, Annuaria Statistica Italiana, 1895.)
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