‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 252 sur 401 · HISTOIRE, FRONTIÈRES DU PARAGUAY · texte numérisé non relu

HISTOIRE, FRONTIÈRES DU PARAGUAY

cheval les ramenait auprès des leurs, füt-ce en lambeaux, « précaution farouche, mais non sans grandeur! ». Les blessés prisonniers arrachaient leurs bandages; les vaincus cherchaient à mourir; la nation tout entière voulut tomber comme étaient tombées Numance et Saragosse”,

À la fin, la nation virile tout entière avait presque disparu par la guerre, la faim, le choléra : il ne restait plus que des invalides, des infirmes, des enfants et des femmes. Réduits à une simple bande armée, les Paraguayens, acculés dans un ravin des montagnes, snccombèrent avec le dictateur en un dernier combat. Depuis des siècles, qui ont vu pourtant de si effrayants carnages, l'humanité n'avait pas souffert d'une lutte aussi acharnée, d’une destruction aussi atroce. L'isolement dans lequel la nation paraguayenne était maintenue depuis ses origines et l'éducation collective de soumission absolue qu'elle avait reçue de ses maîtres spiriluels et temporels, telles furent les causes premières de l’écrasement de ce peuple, l'un des meilleurs et des plus doux qui aient vécu.

Les frontières actuelles du Paraguay ont été dictées par les vainqueurs. La partie orientale, qui constitue le Paraguay proprement dit, est strictement limitée entre des bornes naturelles. La rivière Apa, aux claires eaux passant sur des banes de roches blanches, sépare la République hispanoguarani de l'État brésilien du Matto Grosso : c'est le cours d'eau que les Brésiliens avaient constamment revendiqué comme frontière avant la guerre, Aux sources de cette rivière, la chaîne faitière d’entre Paraguay et Paranä, orientée à peu près dans la direction du nord au sud, forme la ligne de partage entre les deux États jusqu'au chaînon latéral de Maracajü, qui va rejoindre directement à l’est la vallée du Paranä. Tout le cours inférieur de ce fleuve, dans sa grande courbe jusqu'au confluent du Paraguay, sert de limite à la République sur ses deux côtés de l’est et du sud. Sur la rive occidentale du Paraguay, les solitudes du Chaco étaient réclamées en entier par l'Argentine, qui, ayant enlevé à l'État vaincu tout le terriloire des Missions cisparaniennes, voulait lui arracher aussi les étendues cisparaguayennes du désert. Toutefois le Brésil, dont l'intérêt évident est de protéger le Paraguay, en le maintenant sous sa dépendance, et de s'en servir comme d’un tampon pour se défendre contre un envahissant voisin, ne favorisa point l'Argentine dans ses revendications, et le gouvernement des États-Unis du Nord, choisi comme arbitre, se prononça en faveur du Paraguay. La rivière Pileomayo devint la ligne de séparation

‘ A. d'Escragnolle-Taunay, la Retraite de Laguna. 2 W. Gifford Palgrave, Ulysses or Scenes and Studies in Many Lands.

et tout le territoire d'entre-fleuves, de la droite du Paraguay à la rive gauche du Paranä, fut déclaré domaine paraguayen. Cette addition de territoire a valu au Paraguay de ne pas être la plus petite république de l'Amérique méridionale : il l'emporte en étendue sur lUruguay, mais lui reste très inférieur en population aussi bien qu'en importance com-

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