‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 251 sur 401 · HISTOIRE DU PARAGUAY · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU PARAGUAY

Mème après l'expulsion des Jésuites, la colonie espagnole du Paraguay se maintint à l'écart du gouvernement de Buenos Aires, dont elle était une dépendance officielle, et lorsque les provinces hispano-américaines se détachèreat de la mère patrie, la ville d'Asunsion, qui s'était révoltée isolément en 1811, refusa de se grouper avec les autres provinces platéennes sous l'hégémonie de son ancienne capitale. Bien plus, après quelques années d’agitation, pendant lesquelles l'indépendance conquise par la nouvelle République ne fut point menacée, le Paraguay se soumit à la dictature d’un maître qui parvint à fermer son pays aussi hermétiquement que la Chine et le Japon, alors interdits à l’entrée des « diables occidentaux ». Ce maître, Caspar Francia, réussit dans son entreprise el pendant vingt-six années, de 1814 à 1840, le Paraguay fut un pays inabordable. Cet homme étrange, Français par son père‘, par sa mère métis créole, théologien et juriste par ses études, prenant Robespierre pour modèle, ne se laissa pas détourner un seul jour de la ligne de conduite qu'il s'était tracée : patriote ardent, mais d’un patriotisme exclusif, il fit du Paraguay un monde à part; il voulait que son peuple vécût en paix, et progressât matériellement dans l'ignorance absolue des révolutions étrangères; malgré son vif désir de voir les communautés hispano-américaines s'affranchir de la domination espagnole, il ne permit pas à un seul Paraguayen d'aller prendre part à la guerre d'émancipation et refusa d'envoyer des mandataires aux divers congrès qui se réunirent pendant les quinze années de luttes. D'un désintéressement absolu, il n'avait souci que d'accroître la fortune publique et constitua un monopole strict pour la vente des bois, du maté et de toutes les denrées ; si grand que fût son amour du pouvoir, il dédaignait d'en tirer orgueil par des relations et des échanges de civilités avec les puissances étrangères : il lui convenait de rester ignoré de tous. Il rompit même avec le Saint-Siège, se déclara le chef de l'Église paraguayenne, abolit ce qui restait du tribunal de l’Inquisition, supprima les quatre monastères qui existaient encore, modifia à son gré la hiérarchie religieuse, même le rituel du culte, et nomma les desservants des paroisse: : adversaire des Jésuites, mais leur continuateur en politique, il était dictateur à la fois au temporel et au spirituel, et jamais souverain ne fut mieux obéi. Telle élait la frayeur, mêlée d’admiration et de respect, qu'inspirait le vieillard solitaire, sans amour et sans amitié, dont « l'oreille était dans chaque mur », que nul Paraguayen ne se serait permis de prononcer son nom,

! Rengger et Longchamp, Essai historique sur la révolution au Paraguay.

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On ne l'appelait que el Supremo, où mème, comme S'il eût été immortel, el Perpetuo. Après sa mort, on le désigna comme cl Difunto, le « Défunt » par excellence, et pendant longtemps on n'osa S'entretenir librement du personnage auguste : en le mentionnant, chacun retournait la tête, de peur qu'un agent secret ne fût encore là, guettant les propos,

A ce dictateur en succédèrent d'autres : le prem' lopez et son fils Francisco Solano, Mais les circonstances avaient ch . La population s'élait acerue avec une rapidité dont aucun autre pays ne donnait l'exemple; de l'autre eôté du Paranä, les deux provinces mésopotamiennes de l'Argentine, le Corrientes et l'Entre-Rios, s'étaient peuplées, et comme territoires de colonisation étaient en rapports directs avec la civilisation européenne. [l devenait impossible aux États limitrophes, Paraguay et Argentine, de ne pas se mettre en contact, soit par le commerce pacifique et l'échange des idées, soit par les violences de la guerre, Le 'araguay ne pouvait rester dans son isolement primitif : il Jui fallait un débouché vers la mer, acquis par une libre entente avec la mésopotamie Argentine, ou par la conquête, Allié avec lÜruguay, qui, pris entre la république platéenne et le Brésil, avait des intérêts identiques, le président du Paraguay se erut assez fort pour entrer! lutte avec les deux puissants États de l'Amérique méridionale. ] t l'avance sur ses adversaires, grâce à une armée bien organisée, à des arsenaux remplis, à des finances libres de toute dette, et, pour aller au secours de l'Uruguay menacé, il envahit les territoires du Brésil et de la république Argentine, Mais il n'eut point le temps d'arriver jusqu'à la mer et de porter aide aux Uruguayens: ceux-ci même, à la suite d'une révolution intestine, changèrent d'alliance, et leurs troupes, unies aux Brésiliens el aux Argentins, se portèrent à la rencontre de l'armée paräguayenne d'invasion, Le siège de la petite République, que les fleuves Paraguay et ’aranä défendaient comme un fossé de circonvallation, dura plus de cinq années ; pendant cette guerre terrible, le Paraguay sacrifia tous ses hommes valides; de retranchement en retranchement, d'Humaïta à lAquidaban, l'armée, sans cesse réduite en nombre, mais animée d'un patriotisme dont le monde moderne n'offre aucun autre exemple, résistait aux forces supérieures, puis, battant en retraite vers un nouveau poste de défense, bravait encore ses adversaires. Sur les champs de bataille, les Argentins ou Brésiliens vainqueurs ne trouvaient guère de cadavres. Les survivants tächaient de les enlever, et nombre de combattants avaient soin de s'atlacher par le milieu du corps à un lazo et d'en fixer l’autre extrémité à l'arçgon de la selle : s'ils tombaient morts où grièvement blessés, leur

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