FRONTIÈRES, EXPLORATION DU PARAGUAY
guay. Une bourgade et quelques clairières habitées, tels sont les seules traces de l’homme sur les bords du Paranä. Et cette étroite contrée ne jouit que d’une indépendance fictive : en cas de conflit, comment pourrait-elle se redresser en face des vainqueurs?
Dès les premiers temps de l'occupation espagnole, le Paraguay avait attiré les explorateurs, et même la ville d’Asuncion fut fondée antérieurement à l’occupation définitive de Buenos Aires : les conquérants s'installaient au centre même du continent. La colonie paraguayenne était déjà constituée en 1536, sous Juan de Ayolas, et presque tout l'espace occupé actuellement par la république Argentine, Tucuman, Côrdoba, Buenos Aires, était gouverné par Asuncion. On reconnut d'abord la ramure navigable des fleuves jusque dans la région brésilienne dite Matto Grosso et l’on rattacha le fleuve aux vallées des Andes par des itinéraires frayés dans les plaines de la Bolivie. Mais, outre les noms des contrées parcourues et les renseignements les plus généraux sur le relief du pays, l'Espagne ne communiqua rien à l'Europe au sujet de ses possessions centrales du continent : tout ce que l’on en sut vint des missionnaires franciscains et jésuites qui vivaient au milieu des Indiens. La nature du pays ne fut révélée qu’à la fin du dix-huitième siècle, grâce aux explorations d’Azara, qui pendant vingt années parcourut le bassin de la Plata et ses divers affluents : il fut pour la partie méridionale de l’Amérique du sud ce que Hum:holdt devait être quelques années plus tard dans le bassin de l’Orénoque, l’initiateur des études scientifiques. Vers 1821, Aimé Bonpland, enlevé par les soldats du docteur Francia, fut obligé bien malgré lui de continuer dans l’intérieur pendant neuf années ses recherches botaniques, complétées depuis la guerre par Balansa. Rengger et Longchamp firent aussi un séjour forcé de plusieurs années dans le Paraguay eten profitèrent pour étudier le pays. Plus tard, des marins et quelques diplomates reçurent l'autorisation de remonter ou de descendre le cours du Paraguay et publièrent le résultat de leurs explorations.
Leverger, Français devenu Brésilien sous le nom de baron de Melgaço, commença d'étudier le fleuve en 1846 et en dressa les cartes, de la région des sources jusqu'à son confluent avec le Paranä. En 1853, le gouvernement des États-Unis obtint aussi que le Paraguay fût ouvert à un de ses navires, et le Water Witch, commandé par Thomas Page, pénétra dans le fleuve et dans ses affluents du Chaco, le Bermejo, le Pilecomayo, l'Otuquis. Six années plus tard, Mouchez remontait aussi le Paraguay, continuant son grand voyage de circumnavigation autour de la partie orientale du conlinent, Mais le problème capital, celui de savoir si les communications
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fluviales par le Pilcomayo étaient possibles entre la Bolivie et le Paraguay, restait encore à résoudre, et maintenant encore il n’est qu’à demi résolu. On sait que le voyage peut se faire, mais au prix de grandes difficultés et de dangers. Aucune des très nombreuses entreprises tentées pour l'exploration du Pilcomayo n'a pleinement réussi, mais elles suffisent à prouver que cet affluent du Paraguay ne peut servir, sans travaux de correclion, à faciliter les communications entre le pied des Andes et l'estuaire de la Plata. Toutefois les rapports de peuple à peuple ne manqueront pas de devenir très faciles à travers ces plaines basses, grâce aux progrès qui se font à la fois de trois côtés, en Bolivie par le peuplement des hautes vallées, dans l'Argentine par la mise en culture des plaines du Chaco, au Paraguay par les campements de bûcherons et l'établissement de pares à bestiaux. Les itinéraires des explorateurs, quoique publiés par fragments et difficiles à coordonner, sont de précieux documents pour la carte future de la République. Actuellement, sauf le tracé du fleuve majeur, ceux du Jejuy et autres rivières explorées par de Bourgade, et les levés de la frontière septentrionale, on ne possède que des figurations approximulives de !1 eéographie paraguayenne.
La république du Paraguay, prolongement méridional de l'État brésilien du Matto Grosso, est traversée dans sa région médiane par une chaine de hauteurs qui continue le faite détaché du plateau des Parexi. Aux sources de l'Apa, cette saillie de partage entre les affluents du Paraguay et ceux du Paranä porte généralement le nom de sierra Amambay. L'un de ses chainons, celui dont les roches avancées, arrètant les eaux du Paranä, les font plonger au saut de Guayra, a reçu le nom de sierra Mbaracayü (Maracaju). Ces crêtes, qui servent de frontière politique entre le Brésil et la république hispano-guarani, ne sont nulle part assez élevées pour empècher les chasseurs et les yrbateros de passer de l'un à l'autre versant : Sandalio Sosa et de Bourgade les ont franchies à l’est des sources du Jejuy: l'appellation de cordillera de los Montes ou « chaine des Forêts », qu'on leur donne dans le langage courant, prouve que le grand obstacle à l’exploration provient non des rochers, mais des fourrés trop épais. On n'a point encore mesuré les cimes de l'Amambay et du Maracajü, mais il n'est pas probable qu'elles atteignent l'altitude de 1000 mètres.
Au sud de la diramation du Maracaju, le faite de partage se continue
et le Paraguay, à demi résolu.
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