‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 255 sur 401 · EXPLORATION, MONTAGNES DU PARAGUAY · texte numérisé non relu

EXPLORATION, MONTAGNES DU PARAGUAY

dans l'intérieur, non par une chaine régulière, mais par une succession de croupes et d'ondulations, qualifiées avec exagération de sierras et cordilleras. Quelques lomas ou collines et des cerritos, mornes isolés, précisent en quelques endroits les bornes de l'horizon, mais l’ensemble de la contrée s'incline en pente douce dans la direction du sud : une dernière saillie forme à travers le courant du Paranä les rapides d'Apipe. Vers l'angle sud-occidental du pays, les terres élevées s’abaissent brusquement en falaises et en promontoires, limités par les rivages d’une ancienne mer que remplacent des lagunes, des marécages et des terres herbeuses, dépassant à peine la surface liquide. Dans son ensemble, le Paraguay est un pays mouvementé, où des coteaux modérés abritent de gracieux vallons, où les forêts alternent avec les bosquets et les pâturages. Des grès constituent la plupart des montagnes, et les plaines sont formées de couches d'argiles et de pierres sableuses appartenant à l'époque tertiaire. Des cônes volcaniques se sont fait jour en quelques endroits du territoire : tel le cerro Tacumbü, immédiatement au sud d’Asuncion!. Plus à l’est, vers les sources du Mbuarapey, affluent du Tibieuary, s'élèvent d’autres sommets d’origine ignée, la sierra d'Acay ou du « Brûlant », hauts de 600 mètres environ. Ils sont d'accès difficile, à cause de leurs escarpements, de leurs fourrés, des nids de guêpes qui se cachent dans toutes les fissures ; cependant on a gravi le morne principal, terminé, dit-on, par un cratère non encore oblitéré. Des tremblements ont souvent secoué la contrée et de nombreuses sources minérales jaillissent aux alentours*.

De vastes étendues sont recouvertes d'une terre rouge qui atteint parfois plusieurs mètres d'épaisseur, et qui se ravine profondément dans le voisinage des cours d'eau. Quelques-unes des terres si fécondes qui avoisinent Asuncion appartiennent à cette formation : on reconnaît dans la masse profonde une multitude de petits canaux ramifiés, semblables à ceux que laisseraient des racines et remplis d'un carbonate de chaux finement cristallisé; c’est l'aspect que présentent les fameuses « terres jaunes » de la Chine centrale, étudiées avec tant de soin par F. de Richthofen : on y trouve de petits coquillages très bien conservés que les pluies mettent à nu et qui restent épars sur le sol, De même que dans le Säo Paulo, les terres rouges sont au Paraguay d'une extrême richesse et les tabacs y réussissent d’une manière remarquable. Les alluvions noires déposées par les inondations sont également très fertiles en quelques lieux privilégiés, mais en divers endroits elles se composent de couches

‘ E. de Bourgade la Dardye, le Paraguay.

2 W. Giford Palgrave, ouvrage cité,

argileuses qui, en se desséchant, deviennent très dures et forment un sous-sol impénétrable à la charrue. Enfin quelques districts sont recouverts d’un sable fin provenant de la décomposition des roches quartzeuses : cette arène ne produit que des touffes d’une herbe rare. D’autres sables, de couleur rouge, furent autrefois des grès qui se délitèrent sous l'action du soleil. Dans les monts du Paraguay, les minerais sont rares, à l'exception du fer et du sel.

Le fleuve Paranä n'appartient à la République que par une de ses rives, entre les gradins principaux de son lit, au saut des « Sept Chutes », et son confluent avec l’autre fleuve. Celui-ci, le Paraguay, traverse dans son cours inférieur l'État auquel il a donné son nom. Large de 350 mètres en moyenne, il s'écoule d’un flot lent, en longues sinuosités, mais en maintenant sa direction générale dans le sens du nord au sud. Le courant, alimenté par les pluies abondantes qui tombent pendant la saison des chaleurs, augmente de plusieurs mètres dans les crues; même immédiatement en amont du confluent avec le Paranä, le fleuve s’est élevé de plus de 6 mètres en temps d'inondation. Les eaux s’étalent alors dans les plaines latérales et refoulent les rivières affluentes, mais ne forment pas de lacs comparables à ceux du Matto Grosso, si ce n’est dans les terres basses qui bordent au nord la région du confluent. On constate que le versant oriental a beaucoup plus d'eaux courantes descendant au fleuve que le versant occidental. Il faut en attribuer la cause à l’horizontalité du sol dans le Chaco : les pluies qu'y versent les nuages, et qui d’ailleurs sont moins abondantes que celles du Paraguay proprement dit, ne trouvent pas de pente d'écoulement et séjournent sur la terre en vastes plaques d'évaporation.

Au sud de l’Apa, que les Brésiliens ont imposée comme frontière à leur voisine, la première rivière abondante est celle de l’Aquidaban, à la pittoresque vallée, où périrent en 1870 les derniers défenseurs de l’indépendance nationale. Dans cette partie de son cours, le Paraguay est luimême une charmante rivière aux brusques détours, aux sites imprévus, ici bordée de sable, ailleurs glissant sous le feuillage des arbres penchés, plus loin lavant des falaises de marbres, creusées de grottes, festonnées de lianes et de fougères”. L'Ipané, puis le Jejuy s'unissent au Paraguay. Ce dernier affluent, à la double embouchure, porte les barques sur presque tout son cours, qu'interrompt un seul rapide et que limite à l’est, au

* Martin de Moussy, Description de la Confédération Argentine. 2 E. de Bourgade la Dardye, ouvrage cité.

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