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INDIENS DU PARAGUAY, RÉDUCTIONS DES JÉSUITES

eux les hommes valides, la lance dans les reins. Les Jésuites qui groupaient des communautés d'indigènes passaient donc pour des accapareurs de la fortune publique et l'on cherchait à leur reprendre ce cheptel de bétail humain. On les haïssait aussi comme « étrangers », et par leur organisation même ils s'exposaient à cette accusation; car, citoyens d’une patrie plus vaste que les étroites contrées d'Europe, ils appartenaient avant tout à l'Église catholique, c'est-à-dire « universelle »; Espagnols ou Portugais, Français ou Italiens, Allemands ou Slaves, ils ignoraient les divisions politiques introduites dans le Nouveau Monde, et peu leur importait de savoir si leurs communautés indiennes étaient censées appartenir au roi « très chrétien » ou à Sa Majesté « très fidèle ». Dans maintes insurrections locales, ils eurent à souffrir aussi de la jalousie d'autres religieux, dominicains, franciscains, mercenarios ou « frères de la Merci », et dans les villes on les chassa de leurs églises, on expulsa leurs fidèles, que l’on réduisit en servitude. Enfin, lorsque, malgré les persécutions, ils eurent réussi à fonder leur théocratie, on s’imagina que le travail des néophytes leur avait valu de grandes quantités d'or, et de toutes parts s'éleva contre eux un cri de haine : on en voulait à leurs richesses, parmi lesquelles on comptait les indigènes eux-mêmes, autant de futurs esclaves au service des pillards! La fortune des missionnaires en cultures et en bétail était réelle‘, mais elle n'avait de valeur que par la continuité du travail.

Arrivés à Bahia en 1549, avec les fondateurs civils de la colonie, les Jésuites s’établirent aussitôt dans le voisinage de la côte parmi les Indiens les plus rapprochés. Leurs missions se propagèrent du nord au sud, sur les bords du Säo Francisco, à Porto Seguro, dans la capitainerie d'Espirito Santo, à Piratininga et à Säo Paulo. Partout leurs communautés réussirent, et dans quelques endroits même la prospérité matérielle de cette époque ne s'est pas retrouvée depuis. Le grand théâtre de leurs triomphes s'étendait plus à l’ouest, des deux côtés du haut Paranä, à cheval sur les limites présumées des possessions portugaises et espagnoles. Grâce à leur isolement, ils purent détourner de la vie sauvage et policer plus de cent mille indigènes ; mais sur leurs traces vinrent les chasseurs d'hommes, et l’on dit qu'en troisannées, de 1628 à 1651, les aventuriers paulistes, eux-mêmes presque tous Indiens par leurs mères et faisant partie de la classe des mamelucos, capturèrent soixante mille individus sur le terri-

1 Cheptel des Jésuites du Paraguay, avant leur expulsion, en 1767 : Bœufs, 771 840 ; Chevaux, mulets et ânes, 120 490; Brebis et chèvres, 251 000,

loire des Missions', Les tuteurs des tribus de Guayra comprirent qu'ils devaient pousser plus avant dans l'intérieur et mettre entre eux et les perséeuteurs de plus vastes forêts et de plus nombreuses cataractes. Dans le terrible exode, ils perdirent plus de la moitié de leurs fidèles par les fatigues, les accidents, les épidémies, mais réussirent enfin à trouver

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