RÉDUCTIONS DES JÉSUITES
les indigènes, les soustraire à l'influence de la nature libre et régler leur vie par des rites et des préceptes, Pour se les attirer, ils ne reculaient devant aucun moyen, même l'attrait d'une ample nourriture, Ce fut une sorte de proverbe ehez les prêtres que, si la prédication de saint Paul entrait dans l'« oreille des païens, la leur arrivait par la bouche !». Is les séduisaient aussi par la musique et par la pompe des cérémonies. En descendant les fleuves dans leurs pirogues, en se frayant un sentier dans la forêt, les missionnaires chantaient des cantiques. Derrière eux les sauvages sortaient des fourrés où ils s'étaient cachés, saluaient les prêtres avec transport, et ceux-ci saisissaient l'occasion pour réciter leurs homélies. Lors des processions, on jonchait la terre de fleurs multicolores et d'herbes odoriférantes ; des oiseaux attachés par un fil voltigeaient au milieu du feuillage des ares triomphaux. Sur le parcours du Saint Sacrement, les Indiens exposaient le produit de leurs chasses et les semences de leurs jardins. Des musiciens accompagnaient le cortège et des feux d'artifice terminaient la journée. Le travail lui-même prenait un air de fête*, On y allait en commun au son de la flûte et du tambour, précédés par l'image d'un saint patron, Arrivés au champ, on y faisait un reposoir en feuillage, puis, après la demi-journée de labeur, on revenait au logis, en marquant le pas à la cadence de la musique.
Dans leur œuvre de conversion, les missionnaires trouvaient le plus de résistance chez les vieilles femmes et chez les jeunes hommes : les premières, qui jetaient les sorts et guérissaient les maladies, perdaient leur influence en acceptant les nouveaux dieux ; et les seconds devaient renoncer aux aventures de guerre, à la vie libre dans les savanes et les grands bois. Les Indiens dompteurs de chevaux furent les plus réfractaires; cependant presque tous finirent par entrer de gré ou de force dans le giron de l'Église : des sentinelles veillaient à la limite des colonies pour empécher les évasions. De 1610 à 1768, les « pères » baptisèrent plus de sept cent mille Indiens. En 1750 on comptait dans les réductions, au nombre d’une trentaine, plus de 155 000 Indiens convertis, et quelques-uns des villages avaient cinq ou six mille habitants. La statistique des fidèles était soigneusement tenue, car les missionnaires devaient payer au roi une piastre par tête d’Indien, et en échange de ce tribut on leur laissait gouverner les communautés à leur guise; même on interdisait aux blanes le séjour dans le voisinage des Missions. Aux premiers temps le pouvoir royal
1 Dobrizhofler, ouvrage cité; — Muratori, Relation des missions du Paraguai. 2 Dobrizhoffer, Muratori, Charlevoix; — Martin de Moussy, les Missions jésuites.
ü92N NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE,
était représenté auprès des sociétés de néophytes par un corregidor espagnol; mais les prètres obtinrent de le remplacer par un Indien, devenant ainsi complètement maitres de leurs « républiques chrétiennes », — « la plus précieuse portion du troupeau de Jésus-Christ », disait Charlevoix. Parfois aussi les missionnaires prêtèrent leurs Indiens au gouvernement pour certains travaux de corvée : en 1726, ils envoyèrent à Montevideo deux mille hommes travailler gratuitement aux fortifications de la cité, Les prêtres qui les surveillaient logeaient en des cabanes de peaux, tandis que les ouvriers guarani couchaient en plein air".
Une fois assouplis au régime, les catéchumènes suivaient strictement la règle. Chaque matin, avant le lever du soleil, les enfants se rendaient à l'église pour les exercices de chants et de prières, et loute la population assistait à la messe. Le soir, les enfants retournaient au cattchisme, puis tous prenaient part à la prière, et la journée se terminait par la récitation du chapelet. Le dimanche, les cérémonies étaient plus nombreuses, et les fidèles avaient même à répéter la table des nombres. Ceux qui avaient une bonne mémoire devaient réciter les sermons par cœur. Le travail était strictement réglementé. Chaque famille recevait son lot de terre et la quantité de grain nécessaire à la semence, ainsi qu'une paire de bœufs pour labourer son champ; mais elle répondait aussi du bon état des animaux et des cultures, dont elle ne jouissait qu’en usufruit. La partie du territoire cultivée en commun restait sous la surveillance des prêtres : c'était le Tupambaë ou la « Propriété de Dieu », dont la récolte s'engrangeait en prévision des mauvaises années et pour l’entretien des infirmes, des orphelins, des artisans. L'excédent était transporté à Buenos Aires par la voie des fleuves, et on l'échangeait contre des objets de luxe fabriqués en Europe et destinés à l’ornementation des églises. Sur les côtés de la place centrale s’alignaient les ateliers des artisans, charpentiers, maçons, serruriers, tisserands, fondeurs, fabricants de violons et de flûtes, sculpteurs, architectes, doreurs, graveurs et même peintres, qui devaient considérer leur travail comme un acte de foi et mettre leur amour à l'embellissement des églises. Toute faute constatée par les surveillants, rapportée par des fidèles ou révélée par la confession publique ou privée, entraînait pénitence. Le coupable avait à comparaître dans l’église, devant les fidèles assemblés, et à recevoir des coups de vérge, en remerciant Dieu et les bons pères du châtiment qui lui était infligé.
1 Muratori, Paraguai.
regidor espaien, devenant tiennes », — disait Charle- 18 au gouverenvoyèrent à fortifications es cabanes de SA t strictement s se rendaient ute la popuent au catése terminail étaient plus des nombres.
sermons par » recevait son ainsi qu'une aussi du bon usufruit. La veillance des nt la récolte entretien des transporté. à t contre des entation des ers des artiabricants de irs et même te de foi et te constatée
a confession comparaître es coups de qui lui étail