‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 266 sur 401 · RÉDUCTIONS DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

RÉDUCTIONS DES JÉSUITES

Les missionnaires veillaient surtout à la séparation des sexes. Les hommes étaient obligés de couper leur chevelure, afin que de loin on pat déjà les distinguer des femmes: eux seuls avaient le droit de danser, et seulement dans les cérémonies religieuses, tandis que les chrétiennes devaient toujours rester modestement à l'écart, Les mariages se faisaient par ordre, immédiatement après la puberté, dès l'âge de dix ans pour les jeunes filles et de treize ans pour les garçons‘. Les puits, les fontaines, les lavoirs, lieux publies où hommes et femmes avaient accès, étaient placés dans un endroit découvert, facile à surveiller de loin, et des vieillwds, armés d'une baguette, punissaient incontinent la moindre atteinte à la décence, Des « zélateurs », chargés de rapporter tout acte blâämable, se trouvaient dans les groupes, à la promenade, au repas, au travail, Telles étaient les mœurs de cette « république » modèle, où l'obéissance aux missionnaires était absolue et d'où toute initiative restait interdite. Malgré cette discipline rigide, les Jésuites répugnaient à confier des armes à leurs catéchumènes, même pour la défense des Missions. Cependant l'urgente nécessité les avait obligés plusieurs fois à la résislance active contre les « Mammelus »*°, c'est-à-dire contre les Paulistes, pour la plupart mamelucos où « métis ». De 1638 à 1664 ils remporttrent quatre victoires contre les agresseurs; mais après chaque triomphe ils reprenaient les espingoles aux vainqueurs, craignant l'influence des chefs devenus populaires dans les combats. Décidés à ne plus armer leurs fidèles, il ne leur resta qu'à se soumettre, et quand les Jésuites reçurent l'ordre de quitter le pays, pas une goutte de sang ne fut répandue.

Les réductions n'ayant aucune vie propre, les indigènes périrent rapidement dès qu'ils ne furent plus soutenus par la main qui les avait dirigés. On essaya pourtant de les sauver : ici des missionnaires d'autres ordres, ailleurs les autorités civiles, tentèrent de maintenir les commu nautés; mais la plupart des Indiens s'enfuirent, préférant la liberté dans les bois, En 1801, on ne comptait plus que 1#000 Indiens dans le territoire des Missions. Des bandits de l'Uruguay envahirent les villages, dépouillant les églises, emmenant les bestiaux”, puis les blanes s'introduisirent comme traitants ou fermiers : en 1814, près de 1000 étrangers, Argentins ou Orientaux, s'étaient mêlés à 8000 Indiens dans le territore des Missions. Enfin, en 1848, un décret présidentiel déclara les derniers indigènes des réductions « citoyens de la République » et les soumit

LA, d'Orbigny, ouvrage cité.

2 Charlevoix, ouvrage cité, 3 Martin de Moussy, ouvrage cité.

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au droit commun". Actuellement il ne reste plus rien de l'organisation élablie par les Jésuites, et ceux des anciens villages qui subsistent ne diffèrent point des autres agglomérations paraguayennes par les insti- Lutions ni par les mœurs. Cependant l'éducation qu'ont reçue les Guarani, celle que plus tard imposa un demi-sièele de dictature, ont certainement agi sur eux. Ils ont les qualités extérieures, la douceur, la politesse, le maintien, mais le grand ressort de la volonté leur manque. Quoiqu'ils ne possèdent, dit-on, aucun terme dans leur langue pour demander avec politesse où pour remercier, ils accueillent l'étrenger avec une déférence parfaite; en s'approchant d'une maison dont la porte es fermée, Je visiteur s'annonce du dehors par une salutation : Ave Maria, puis attend la réponse : Sin pecado concebida! avant d'entrer dans la demeure, où l'on ne manque jamais de l'inviter à prendre place. Mais qu'un maitre pénètre brutalement chez eux en donnant des ordres, ils obéiront, sans même protester. Les cas d’improbité envers l'État étaient naguère inconnus, Aucun peuple n'a pris part à une guerre sans merci plus docilement que le peupie guarani, et maintenant il se lise ravir ses terres sans protester, La nourriture des Paraguayens, si différente de celle des Argentins, doit contribuer aussi à leur donner un caractère de mansuétude : beaucoup parmi eux ne mangent point de viande; le manioc et les oranges constituent leur principale alimentation. La femme, qui travaille la terre, dirige aussi le ménage et la famille, C'est elle qui commande, et lorsque les unions, pour la plupart dépourvues de sanction légale, viennent à se "ompre, les enfants suivent toujours la rère.

Les Paraguayens &es villes sont fortement hispanifiés, et d'aspect ne diffèrent point des Correntins, descendant comme eux d'Espagnols et de Guarani : ils parlent les deux langues et quelques journaux contiennent des articles et des poésies dans l'idiome indigène. L'élément basque paraît avoir été très fort au Paraguay depuis les premiers temps de la colonisa- Lion : [rala, qui fut le gouverneur de la contrée, avant et après Alvarez Nuñez, était un Euskarien. Palgrave? donne au sang basque une si grande part dans la nation paraguayenne qu'il l'appelle même « vasco-guarani », et d’après lui les gens à cheveux blonds, que l'on rencontre fréquemment au Paraguay, seraient les descendants de Basques à cheveux clairs comme on en rencontre souvent dans les Pyrénées Oecidentales, Martin de Moussy croit au contraire que les Hispano-Guarani grands et blonds qui consti-

1 Alfred Demersav, Histoire physique, économique et politique du Paraguay. 8 Ulysses or Scenes and Studies in Many Lands.

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