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HAUTEURS, PLATEAUX DE LA PATAGONIE

montagnes, des chaînes entières ont dû être triturées pour fournir un ailloutis de cette puissance et de cette étendue. Encore faudrait-il y ajouter tous les débris de même nature que recouvrent maintenant les aux de la mer : tels les porphyres roulés que les sondages des marins ont retrouvés dans les parages des îles Falkland, loin de tout massif insulaire contenant des roches analogues.

Ces cailloux proviennent évidemment des Andes et des montagnes plus anciennes qui s'élevaient dans les régions centrales et orientales de la contrée et dont il ne reste plus actuellement que les noyaux. Des moraines, poussées par les glaces, ont certainement livré les premiers matériaux que les eaux marines ont distribués en lits horizontaux ou très faiblement inclinés. Puis s'est produit le phénomène d’émersion, provenant soit de l’exhaussement du sol, soit du retrait de la mer, et les anciens fonds, les anciennes grèves sont devenus les eraus desséchées de la Patagonie, où se montrent en quantités si prodigieuses les huîtres géantes, de 30 à 50 centimètres de tour, qui caractérisent de si vastes étendues du sol patagonien. La forme même du relief, dans l’intérieur des terres et sur le littoral, montre avec une netteté parfaite ce travail d'émersions successves : en maints endroits, le plateau pierreux finit brusquement dans le voisinage des fleuves ou des coulées et se découpe comme une côte maritime en golfes et en baies, contrastant avec les massifs rocheux par leurs herbages et leurs bosquets* : ces dépressions, les seuls lieux habitables de la contrée, sont d'anciennes plages où la mer venait se heurter aux falaises. La côte actuelle se présente aussi dans presque toute son étendue en une brusque muraille que sape le flot; mais sur le pourtour des hauteurs se montrent les différentes terrasses qui indiquent les niveaux successifs du socle continental : dans le voisinage du Chubut, ces gradins se poursuivent à 2», à 60 et à 105 mètres d'élévation; à la bouche du rio Santa Cruz, on voit des paliers de formation maritime à une hauleur plus grande encore. Près de Possession Bay, à l'entrée orientale du détroit de Magellan, de Pourtalès a découvert un étang situé à 50 mètres d'altitude et contenant des coquilles toutes identiques à celles de la mer voisine. Ce mouvement d'émersion se fit-il par de brusques poussées,

correspondant à chacune des terrasses, ou, ce qui est plus probable, se

fitil avec lenteur, mais suivant un certain rythme d'oscillations? Les gologues le diront un jour.

{ Francisco P. Moreno, Viaje à la Patagonia Austral. ® Josef Siemiradzki, Petermann's Mitteilungen, 1893, Heft III.

: Pendant la période contemporaine, d'autres formations se superposent au lit de cailloux roulés de la Patagonie, aux argiles de l'Argentine centrale. Sur de vastes étendues, des sables couvrent le sol, se déroulant en dunes analogues à celles qui se forment en maint pays au bord de la mer, sous le souffle des vents du large. Mais dans les régions platéennes ces monticules changeants ne sont pas d'origine océanique : ils proviennent de la région des avant-monts où se trouvent en masses énormes les débris morainiques abandonnés à l'entrée des plaines par les anciens glaciers, Les matières ténues que le vent soulève en poussière sont portées au loin et se déposent en couches de sable fin analogue aux « terres jaunes » de la Chine centrale; mais les sables plus grossiers constituent de véritables dunes, vagues terrestres qui se forment et se déforment sous la pression des courants atmosphériques : c'est principalement dans la région du Colorado et du rio Negro qu'ils occupent des espaces considérables, presque sur toute la largeur du continent. Présentant les mêmes phénomènes que les dunes de formation maritime, ils s'arrêtent sous l’action des pluies et reprennent leur lente progression pendant les périodes de sécheresse, Des plantes, aux longues radicelles rampantes et aux coulants en réseaux, les consolident fréquemment et les transforment en collines qui se recouvrent peu à peu de terre végétale. Certaines espèces d’arbres aux puissantes acines continuent de croître dans les dunes mouvantes qui les surprennent : tels les algarrobos, que le voyageur s'étonne de voir prospérer en plein sable”,

Les cratères éruptifs de la cordillère des Andes contribuent aussi à changer l'aspect du sol patagonien. Toute la région du Chubut, toute celle du Santa Cruz sont recouvertes de cendres multicolores, déposées en couches régulières, évidemment des poussières d’origine éruptive qui furent rejetées par les volcans de la cordillère andine et transportées par le vent d'ouest ou de nord-ouest. Ces phénomènes, qui ont dà se renouveler des milliers de fois, se continuent dans les âges contemporains. En 1886, une poussière s'abattit dans toute la vallée du Santa Cruz, sur les hauteurs environnantes et jusqu'à Punta Arenas. Sur les côtes de l'Atlantique la pluie pulvérulente fut à peine sensible ; mais à quelques journées de marche dans l’intérieur on n’apercevait pas les objets à dix mètres de distance et on respirail très difficilement, Nombre d'animaux périrent à cause du manque d'eau et de fourrage : les sources, les herbes disparaissaient sous la nappe de cendres. De quel volcan était sorti ce nuage de matière ténue,

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