‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 315 sur 401 · MAR CHIQUITA, LES CINQ FLEUVES · texte numérisé non relu

MAR CHIQUITA, LES CINQ FLEUVES

ent le nom de Saladillo, si fréquents dans la géographie argentine, Cette « salinette » paraît être le résidu des eaux qui suintent dans le sol en aval des canaux d'irrigation formés par le rio Cuarto ou la « Quatrième » rivière du massif cordovais, Avant d'atteindre le Paranä, le rio Tercero, connu dans cette partie de son cours sous le nom de Carcaraña ou Cararañal, d'après la tribu d'Indiens Guarani qu'y rencontra Gaboto', reçoit un autre ruisseau, l'arroyo de las Tortugas, qui peut-être fut le déversoir de la mar Chiquita et de toute la ramure de rivières qui s'y déversent. On à fait souvent des essais de navigation sur le Carcaraña, mais ils n'ont réussi qu'avee des bateaux ayant au plus 70 centimètres de tirant.

Le rio Quinto, — le « Cinquième », — ne naît pas dans le massif de Crdoba, mais plus à l'ouest dans les montagnes de San Luis, et les ruissaux qui découlent des hauteurs cordovaises n'atteignent pas son cours. Il descend au sud-est, mais, épuisé déjà à 500 kilomètres de ses sources, ilse perd dans l'Amarga, la lagune « Amère », dont le flot salé se heurte au pied d'anciennes dunes consolidées, Son apport liquide s'évapore-t-1l en entier dans ce bassin, ou bien, comme le croient les indigènes, l'eau filtrerait-elle dans les sables pour reparaître dans les nombreuses lagunes éparses au sud-ouest de la province de Buenos Aires? Donne-t-elle naissance à un Salado et à un Saladillo, tributaires unis de la baie de Samborombon, au sud de l'estuaire platéen*? On ne sait, et le problème ne pourra se résoudre tant qu'on n'aura pas mesuré le débit et l'évaporation des rivières pampéennes. Ces espaces marécageux, où se perd le rio Quinto, sont fort dangereux pour le voyageur, à cause des « blouses » ou quadales dans lesquelles un faux pas peut précipiter cheval et cavalier : le sable cède et le malheureux qui s'enlize se débat en vain; il disparaît bientôt. On raconte que, pendant les guerres de frontières entre les Indiens et les blancs, ceux-ci ont été fréquemment entraînés vers les guadales et engloutis, tandis que les sauvages, connaissant parfaitement la topographie locale, chevauchaient à leur aise, sur les étroites rastrilladas, au milieu du marais. Ces terrains mouvants, ainsi que la zone environnante des forêts, ont longtemps protégé les Indiens Ranqueles contre les envahisseurs.

Sur sa rive gauche, du côté de la mésopotamie argentine, le Paranä ne reçoit que de courts affluents, le versant n'ayant pas une largeur suffisante pour donner un grand développement aux cours d'eau. D'ailleurs, comme dans la pampa, le sol conserve en certains endroits une telle horizontalité,

! Félix de Azara, ouvrage cité, * Martin de Moussy, ouvrage cité.

5 Émile Daireaux, Buenos Aires, la Pampa et la Patagonie.

que les eaux, sans pente, S'élalent en marécages : un lac, l'Ibera, — « Eau Brillante », — marque peut-être la coulière de l'ancien Parana, dont le cours était alors parallèle à celui de lUruguay. Le sol est Si éyal dans cette partie de l’entre-fleuves platéen, que l'on a pu essayer de vider partiellement la lagune Ibera, du eôté d’amont, par le ereusement de fosses emportant le trop-plein dans le Paranä supérieur, et, du côté d'aval, par l’approfondissement et la canalisation des rivières Batel et Corrientes, où se déverse, par de lentes coulées, l'excédent du bassin lacustre, La lagune se développe sur une longueur de plus de 40 kilomètres, affleurant la rive occidentale, mais limitée nettement à l'est par des berges et des montieules qui s'élèvent de 10 à 15 mètres au-dessus du flot. La nappe se compose d'une succession d'esteros, dont la plupar' sont envahis par les jones, landis que d’autres ont assez de profondeur pour les bateaux: mais on ne s'y hasarde guère, à cause des cousins tournoyant en nuages’, On dit que dans ces dernières années ces lagunes du Corrientes ont envahi les terres avoisinantes.

Au sud du rio Corrientes, qui égoutte les baies méridionales de l'ibera, se succèdent quelques petites rivières dont les apports ne compensent pas la masse liquide que perd le Paranä par l'évaporation. Le plus grand »0 de la région d'Entre-Rios où « Entre les Eaux », le Gualeguay, serpente sur une longueur développée d'environ 400 kilomètres, parallèlement au bas Uruguay : il se déverse non dans le Paranä, mais dans le Pavon, une des coulées latérales qui laccompagnert, un de ces lits que le courant prend, délaisse, puis reprer { encore, et qui tantôt sont parcourus par des rivières et tantôt parsemés d'étangs. Du confluent de Tres Bocas à ses embouchures dans la Plata, le courant majeur du Paranä se décuple en largeur de tout un cortège d'autres rivières serpentant dans la vaste dépression fluviale. Même des cours d'eau qui coulent maintenant dans là pampa, tout à fait en dehors du labyrinthe des courants paraniens, furent autrefois des rameaux du Paranä : telles sont, dans la province de Santa F6, les deux coulées d'environ 400 kilomètres en longueur qui suivent à distance les eaux du fleuve majeur, le Saladillo Dulee et le Saladillo Amargo, ainsi nommés du contraste que présente leur salinité, el depuis assez longtemps détachés du courant principal pour en différer par la masse liquide. Ces courants latéraux limitent à l'ouest d'anciennes étendues lacustres que les alluvions fluviales ont graduellement comblées :

il n'en reste que des bayous et des îles marécageuses.

1 Juan Queirel, Comptes rendus des séances de la Société de Géographie, 1895, p. 503.

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