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VUE PRISE SUR LES BORDS DU RIO NEUQUEN

Lessin de A. Päris, d’après une photographie de M. Siemiradzki

NAHUEL-HUAPI, LIMAY. 059

dendue triangulaire des avant-monts et de la pampa. Le Neuquen, né non loin du volcan de Chillan, dans le laguet de Malbarco, à 2131 mètres d'altitude, reçoit des affluents nombreux avant de s'engager par un défilé dans la chaine des avant-monts, dont il suit la base orientale jusqu’au confluent avec l'Agrio, son principal tributaire, issu d'une vallée longitudinale entre deux cordillères parallèles. À une petite distance en aval aboutissent presque tous les sentiers descendus des seuils de la monagne, entre l'Antuco et le Quetrupillan : là était le gué principal, le Paso de los Indios, gardé maintenant par un fort. En aval, le Neuquen, «ontournant le plateau, n'a plus de tributaires,

De nombreux torrents qui naissent dans la cordillère du faite argentinochilien, sur un espace de 500 kilomètres environ du nord au sud, forment le Limay, la deuxième branche supérieure du rio Negro. Plusieurs hes, emplissant d'anciennes vallées glaciaires, déversent leurs gaves dans l'impétueux Limay, issu lui-même d’un lac fameux, le Nahuel-Huapi, nommé « Île du Tigre », d'après une longue terre couverte de roseaux qui occupe le milieu du bassin. Le Nahuel-Huapi, emplissant une dépresson des Andes, très importante comme futur passage d’une voie transcontinentale entre Valdivia et Bahia Blanca, est connu depuis plus de deux siècles : dès 1670 les missionnaires jésuites s’y établirent au milieu des Indiens Araucans, et au commencement du dix-huitième siècle y fondèrent un village, près de l'endroit où commence le Limay. Mais une incursion d'indiens hostiles détruisit la station, et quoiqu'elle ait été visitée par d'autres missionnaires, la reconnaissance définitive du Nahuel-Huapi ne « fit qu'en 1855. Depuis cette époque, de nombreux voyageurs ont vu les bords de ce beau lac et, depuis une quinzaine d'années, les soldats argntins en ont pris possession. Cependant la forme n'en est pas bien fixée et les explorateurs la dessinent diversement. D'après Siemiradzki, cette mer alpine, beaucoup moins grande qu'on ne la représentait d'ordinaire’, n'aurait que 45 kilomètres de long, au lieu de 80 que lui donnaient les voyageurs précédents, et sa plus grande largeur serait de 15 kilomètres seulement. Mais, quelles que soient ses dimensions, tous vantent l’admiable bassin d’eau cristalline, reflétant ici des parois de trachyte, ailleurs des escarpements de granit, revêtus de hêtres et de pins, et dominés dans l'éloignement par des pyramides neigeuses. L’altitude du lac est üaluée par les divers explorateurs de 537 à 620 mètres.

À peine sorti du Nahuel-Huapi, le Limay se rejette brusquement au

! Petermann's Mitteilungen, 1893, Heoft Il,

nord dans une vallée longitudinale qui sépare la grande cordillère de la chaine parallèle appelée cordillera de los Cipreses, puis, après avoir reçu l'effluent du lac Treful, il perce ce rempart pour aller rejoindre une autre rivière, le Collon-Cura, non moins abondante et plus longue, qui descend d'environ 250 kilomètres plus au nord en serpentant dans une vallée ouverte entre la deuxième et la troisième cordillère, Un des lacs qui alimentent le torrent, la laguna Aluminé, est situé près du faite de partage entre le bassin du Biobio et celui du rio Negro, et peutêtre les eaux du seuil à peine perceptible se divisent-elles pour s'épancher d'un côté vers le Pacifique, de l’autre vers l'Atlantique.

Gonflé de tous les gaves andins, le Limay coule rapidement dans h direction du nord-est, bordé çà et là de falaises rougeñtres et s'étalant

ailleurs en de larges bassins, parsemés de lagunes qui furent autrefois des méandres du fleuve et que peuplent des oiseaux aquatiques volant par nuées. Le courant, très incliné, est partout violent, mais sans rapides :

un bateau à vapeur à forte machine pourrait le remonter jusqu'au lac Nahuel-Huapi et pénétrer mème dans l'affluent latéral, le Collon-Cura, À Ja jonction, les deux cours d'eau, Neuquen et Limay, sont presque égaux par la masse liquide annuelle, mais le Neuquen, traversant une région plus sèche, présente des écarts beaucoup plus considérables dans ses maigres et ses crues; le Limay, réglé à ses multiples origines par des réservoirs lacustres, maintient son flot sensiblement égal. Par la forme de sa vallée, il semble être la branche maîtresse du Cura Leofü ou rio Negro. Les eaux unies du Neuquen et du Limay ne forment pourtant pas une « rivière noire » comme le puissant affluent de l’Amazone : peutêtre cette appellation lui a-t-elle été donnée par les Indiens non pour h nuance des eaux, mais à cause de ses rapides et du danger de sa navigation. Ne coulant pendant presque toute l'année que sur des lits de cailloux et des seuils de rocher, le fleuve est d'une pureté cristalline. Après les grandes crues seulement, quand les eaux gonflées du Neuquen ont érodé les bords et raviné les plaines, le courant tient en suspension des matières argileuses, mais cette coloration dure au plus deux ou trois jours".

Courant dans sa large vallée d’une inclinaison régulière, orientée d'abord vers l’est, puis vers le sud-est, le rio Negro ne reçoit plus un seul tribulaire : sous ce climat sec, il diminue peu à peu en descendant vers la mer: cependant sa profondeur moyenne dépasse 4 mètres. À moitié chemin il

4 W. Il. Hudson, Idle Days in Patagonia.

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onflées du Neuquen tient en suspension * au plus deux où

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À moitié chemin il

RIO NEGRO, CHUBUT. 641

se divise en deux bras, qui se ramifient en formant diverses îles, considérées comme une seule terre aux limites changeantes : c’est le Choele Choel, bien connu dans l'histoire de la Patagonie comme lieu de traversée des guerriers qui se ruaient au pillage des colonies argentines. Le Choele Choel, long d’une centaine de kilomètres sur une dizaine de kilomètres en hrgeur moyenne, se compose de terres alluviales, parfaitement unies, œuvertes d'herbes et de brousses. À droite et à gauche s'étendent des plaines basses, que limitent les escarpements du plateau, hauts de 950 mètres en moyenne, et souvent recouverts par les eaux de crue qu'apporte le Neuquen, en été lors de la fonte des neiges, en hiver lors de la chute des pluies. Le rio Negro se jette dans la mer par une embouchure unique sans modifier la courbe du littoral".

Le rio Chubut, encore inconnu en 1835, à moins qu'il ne faille l'ideniifier avec le rio Camerones des anciennes cartes”, roule beaucoup moins d'eau que le rio Negro. Les premiers affluents naissent dans la cordilère au sud du Nahuel-Huapi, et la rivière, une fois formée, coule sans grandes inflexions à travers un « pays maudit » de rochers et de ailloux, où les affluents sont rares, même nuls du côté septentrional. Son principal tributaire, qui lui vient du sud-ouest, le Senguer (Singerr, Senguel}, prend son origine, comme le courant majeur, dans la partie des Andes voisine du Pacifique, près des sources de l'Aysen, et, d’après le dire des indigènes, que rapporte Moreno, constituerait même avec cette rivière une ligne d’eau continue de l'Atlantique au Pacifique, à travers tout le continent. Il traverse d’abord une admirable région de forêts et de pâturages, une oasis de la Patagonie; puis, rejeté vers le nard-est par un barrage de rochers et rencontrant de nouveaux obstacles, il s'étale, déjà chargé d'argile, en un vaste bassin d'évaporation, qui change en étendue suivant les saisons et dont l'altitude moyenne serait de 510 inètres, d'après Fontana. Ce bassin, composé de deux laes, le Colhué et le Musters, que sépare presque complètement une chaîne méridienne de pitons voleaniques”, est bordé au sud de terres marécageuses où s'épanchent les eaux d'écoulement. Diminué d’un tiers dans son volume’, le Senger se reforme à l'ouest du maréeage et va rejoindre le Chubut, mais sans lui porter

9925 kilomètres.

122 000 kil. carrés,

395 mèt. cub, à la sec,

Longueur du rio Negro, du Nahuel-Huapi à la mer. Superficie du bassin fluvial. .

Débit probable du fleuve, d'après Guerrico ,

? Francisco P. Moreno, Viaje d la Patagonia Austral.

3 L, J, Fontana, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1886-87.

4 Cârlos M, Moyano, Boletin del Instituto Geogrdfico Argentino, tomo II, 1881.

assez d'eau pour en faire un fleuve considérable : autrefois la maso

liquide, plus abondante, se déversait au nord entre des parois abruptes, dans un autre lit où se voient encore de distance en distance des élangs salins, restes de l'ancien courant', Les bateaux ne peuvent entrer qu'à marée montante, et ne trouvent qu'un à deux mètres de fond, swf pendant la fonte des neiges. Le Chubut ronge ses rivages du eûté sep tentrional et dépose ses alluvions sur la rive méridionale : de ce côté Ja plaine basse a plus de 30 kilomètres en largeur”.

Le Deseado, que découvrit Cavendish en 1586, se déverse dans l'estuaire du même nom, au sud du golfe de San Jorge; il roule encore moins d'eau que le Chubut, quoiqu'il traverse aussi presque toute la largeur de la péninsule patagonienne. Le lac Buenos Aires, qui fut probablement le bassin d'alimentation du Deseado, a perdu tout canal de sortie et dont au fond de sa cavité circulaire, comparable à un cratère de volcan; dans ces régions de la Patagonie, qui fut autrefois beaucoup plus humide, les voyageurs ont remarqué beaucoup d’autres bassins, vidés maintenant, mais ayant été jadis emplis par les eaux et renfermant des couches de dépôts laeustres. À son embouchure, le Deseado n'est d'ordinaire qu'un ruisseau, roulant parfois moins de 250 litres à la seconde, mais, après les pluies, un vrai fleuve. 11 se déverse dans un golfe allongé de forme très pittoresque, qui se développe sur un espace d'environ 37 kilomètres de l'ouest à l’est, en présentant une ligne de rivages très variés, avec iles et ilots, écueils et promontoires, baies, ravins et vallons : toutes ces buttes sont des voleans éteints, ayant brûlé probablement pendant l'époque pliocène, vers la fin de la période glaciaire” : les roches du littoral sont des trachytes et des tufs. Le port Deseado, le « Désiré », reçoit dans «a partie orientale les navires de forte calaison, et pendant les marées, hautes de # à 6 mètres, les bâtiments moyens peuvent remonter jusque vers le fond du golfe; mais les courants y sont très forts et l'entrée est parfois périlleuse en hiver, lors des vents contraires.

Deux faibles cours d'eau, qui se déversent au sud du Deseado, paraissent aussi avoir traversé toute la région patagonienne depuis les avant-monts andins, en se développant suivant un cours parallèle : les explorateurs les désignent sous différents noms; mais une de ces appellations, rio Salade, appliquée au fleuve méridional, prouve que la masse liquide n'est pas assez abondante pour se maintenir pure et que l’évaporation y concentre

1 W. IL Hudson, ouvrage cité,

#* Antonio Oneto, Boletin del Instituto Geografico Argentino, tomn V, 1884 3 Musters, Journal of the R. Geographical Society, 1871.

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