POPULATIONS, VILLES DE L'ARGENTINE
maisonnettes éparses, et la plupart des églises ruinées ont servi à la construction d'édifices modernes. Au passage des rivières on utilise encore les pavés que les missionnaires avaient fait établir sur le lit fluvial pour fciliter la traction des charrettes. Des Brésiliens, qui sont numériquement les principaux colons de la contrée, ont établi des usines à sucre et des moulins pour la préparation du manioc et du maté. Sur la rive droite de l'Uruguay, le bourg de Concepcion, où récemment encore les ruines des missions couvraient un espace de 56 hectares planté de palmiers et d'orangers, est devenu un centre agricole actif, et des champs de tabac «noir » l'entourent d’une large ceinture. Plus loin, toujours sur la rive argentine, une autre fondation des Jésuites, le village de Santo Tomé, exporte beaucoup de riz. San Martin, la Yapeyü des Guarani, où naquit le héros de l'indépendance qui porte ce nom, n'est plus qu’un hameau : ce fut pendant quelques années le chef-lieu des Missions, la « Rome » de la grande république Chrétienne.
Libres — Paso de los Libres, l’ancienne Restauracion, — où Îles « hommes libres » qui allaient affranchir leur pays de la tyrannie de Rosas traversèrent le fleuve, ne formerait qu'une seule ville avec celle d'Uruguayana, sur la rive opposée de l’Uruguay, si l’une et l’autre n'appartenaient à des États distincts, et si les deux douanes, les deux garnisons ne se surveillaient jalousement : près de là, sur territoire argentin et plus au sud, se trouve l’ancienne mission de Santa Ana où Aimé Bonpland passa les vingt dernières années de sa vie, dans une riche campagne dont l'avait fait un jardin d'acclimatation : il y mourut en 1857. Plus bas, la ville uruguayenne de Santa Rosa à pour cité jumelle, sur la rive argentine, Monte Caseros, important marché de bétail pour les acheteurs brésiliens. Le voisinage de deux États, le Brésil et l'Uruguay, en fait aussi un poste stratégique. En cet endroit, le chemin de fer construit sur la rive occidentale de l'Uruguay projette au nord-ouest un embranchement qui doit atteindre bientôt Corrientes, la capitale de l'État de même nom, en passant par Mercedes, le chef-lieu des campagnes riveraines de la lagune Ibera.
\u sud, le long du fleuve, on voit se succéder quelques villettes modernes, Mocoretä, Libertad, fondée par des paysans tiroliens, Federacion, Concordia. Cette dernière fait face à la ville uruguayenne de Salto, beaucoup plus populeuse, l'une des fortes agglomérations urbaines de l'Argentine et l’un de ses ports les plus animés. Cependant les grands bateaux à vapeur ne peuvent y remonter que lors des hautes crues. Le port de Colon, situé à plus d’une centaine de kilomètres au sud, sur la même rive, ne présente pas non plus un accès facile pendant les basses eaux.
Fondée en 1865, cette escale fait face à la cité uruguayenne de Paysandu, et sert d'embareadère à la colonie agricole de San José, qui fut le point de départ de la révolution pacifique accomplie dans la mésopotamie argenline par l’arrivée des laboureurs d'Europe. San José, établie en 1857 par des Suisses et des Savoyards sur un coin de l’immense domaine accaparé par Urquiza, le potentat de l'Entre-Rios, à magnifiquement prospéré, et de cette « ruche-mère » sont sortis de nombreux essaims, qui ont peu à peu transformé l'aspect de la contrée. La première culture fut celle du froment, que l'on remplace graduellement par des arbres fruitiers et par des vignobles, qui donnent en abondance un vin grossier, mais infiniment préférable aux horribles mixtures vendues dans l'Argentine sous le nom de « bordeaux ». On s’adonne aussi dans la colonie de San José à l'élève des poules, prolifiques pondeuses sous cet heureux elimat'.
Les navires ealant plus de 6 mètres s'arrêtent, en aval de Colon, au débarcadère de Concepcion del Uruguay. La ci-devant capitale de la province est située à quelque distance de la rive, sur un bras latéral du fleuve; mais les trains du chemin de fer travers entla coulée et l’île intermédiaire, pour s’avancer jusque dans le lit principal par une large jetée, où viennent accoster les bateaux chargeurs de bétail. A l’ouest de Concepeion, près d'un palais entouré de jardins et de vergers qui fut la résidence d'Urquiza, se trouve une des plus riches « colonies filles » de Son José, appelée Caseros en souvenir de la victoire gagnée en 1852 par l’ancien propriétaire de la contrée.
Gualeguaychü est bâtie sur la rive droite d'une rivière de ce nom, dont les eaux lentes arrivent de l'intérieur d’Entre-Rios. Le port n'a pas une grande profondeur d'eau, mais de nombreuses goélettes viennent y charger des denrées agricoles, surtout du bétail, des viandes et des cuirs : les habitants ont pour industrie l’abatage des bœufs, comme les résidents de Fray Bentos, la ville uruguayenne la plus rapprochée. De vastes paturages s'étendent entre l’Uruguay et le Paranä, au nord de la région marécageuse où se ramifient les coulées en un dédale connu des seuls chasseurs et coupeurs de bois. Fondée à la fin du dix-huitième sièele, sur le premier terrain ferme qui de ce côté du Paranä se présente en amont de Buenos Aires, Gualeguaychü est devenue le troisième port de la République et la cité la plus populeuse et la plus riche de la province d'Entre- Rios*; elle a de beaucoup dépassé son ancienne rivale Gualeguay, qui se
! Alexis Peyret, Une visile aux colonies de la République Argentine.
* Mouvement des échanges à Gualeguaychü en moyenne : 15 000 000 francs. » de la navigation en 1899 : 520 000 tonnes.
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GUALEGUAYCHÜ, POSADAS, CORRIENTES. 697
trouve à une centaine de kilomètres plus à l'ouest, sur la rivière du même nom, Un chemin de fer rattache Gualeguay à Tala, station centrale de la province, et à Villaguay, entourée de colonies très laborieuses où prédominent les Belges. Un embranchement relie Nogoya, centre d’estancias à bétail, au port de Victoria, situé sur un des bayous latéraux du Paranä.
Sur le Paranä, en amont de Corrientes, les bourgs argentins sont pour h plupart des villages que fondèrent les missionnaires. Candelaria fut pendant un temps la résidence des directeurs jésuites. Posadas, un de kurs établissements, a succédé à Yapeyü comme capitale du territoire, désormais civil, des Missions. On lui donna jadis le nom d’Itapuä, comme la ville d’outre-fleuve située sur la rive paraguayenne : un bac à vapeur x et vient de l’un à l'autre bord. Posadas, qui fut à partir de 1822 et jusqu'à la mort de Francia, la seule porte d'entrée du trafic paraguayen avec l'Argentine, a développé son commerce, bien qu'elle n'en ait plus le monopole; les bateaux à vapeur du Paranä y ont leur escale, la plus aimée en amont des rapides d’Apipé et de Yaciretä; là se trouver: bientôt la principale station intermédiaire sur la voie ferrée d’Asuneion au rio de la Plata. Presque toutes les stations qui se succèdent jusqu’au «wnfluent du Paraguay rappellent des faits de guerre ou de brigandage. la tranquera où « tranchée » de San Miguel, et plus bas celle de Loreto, avaient été creusées pour défendre le territoire des Jésuites contre les incursions des Correntinos, et en 1822 Francia fit construire sur la premère de ces tranchées un fort, que vinrent occuper quatre cents cavalus paraguayens'". Non loin de la jonction des deux fleuves, le village Flati, l’un des établissements les plus anciens de l'Argentine, datant ls premières années du dix-septième sièele, se trouve près des passages que les Paraguayens disputèrent aux Alliés avee tant d'acharnement, Tati à pour habitants des Guarani de race presque pure, mais à demi hispaniliés par la langue, et pratiquant encore leurs industries traditionnelles de poterie et de lissage.
Lorrientes, capitale de la province du même nom, et la ville principale entre Buenos Aires et Asuncion, peut être considérée géographiquement comme la cité du confluent fluvial, quoiqu'elle ait été construite à kilomètres en aval de Tres Bocas; elle doit son appellation de Correntes, — San Juan de los Siete Corrientes, — aux remous qui se produsent sur la rive gauche du fleuve, devant les pointes rocheuses de h berge : son ancien nom indien, Taragüy, signifie, dit-on, la « Lézar-
!Rengger et Longchamp, Essai historique sur la révolution du Paraguay.
AIX
dière ». On pourrait l'appeler la « cité des Orangers », tant elle possède de ces arbres aux fruits d’or : naguère, avant que de hautes et somplueuses maisons ne se fussent élevées en façade sur le quai, la ville disparaissait presque en entier sous la verdure : le palais du gouvernement esl
N° 149. — CONNIENTES ET LE CONFLUENT DHS FLEUVES,