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POPULATIONS DE L'ARGENTINE

Déjà, lors des premières migrations, les envahisseurs blanes des régions platéennes étaient de race fort mélangée, et maintenant les croisements augmentent plus qu’en tout autre pays. Certains mots arabes qu'a perdus l'espagnol se retrouvent dans le langage des Argeatins et se rapportent pour la plupart à la vie du désert : par exemple jaguel (puits sans margelle) et guadal (fondrière). Quelques noms de famille disparues, tel que celui des Albarracin, qui n'existe plus en Espagne, se retrouvent dans les plaines de l’Argentine. Il est probable qu'aux temps de la colonisation première, les chrétiens convertis de race mauresque, fuyant les espions des inquisiteurs, émigrèrent en plus grand nombre que les chrétiens de veille souche’. Quoi qu'il en soit, tout élément d'origine étrangère à l'Espagne, à l'exception des nègres esclaves achetés aux traitants, fut strictement exclu avant la guerre d'indépendance, et c'est en 1821 seulement que le gouvernement argentin commença de favoriser l’immigration : un traité avec l'Angleterre, conclu en 1825, proclama formellement la libre admission des Européens non castillans.

Les premiers qui en prolitèrent furent les Basques, ceux des Basses- Pyrénées françaises, aussi bien que ceux des provinces Vascongades et de la Navarre. À Montevideo, à Buenos Aires et dans toutes les villes de l’intérieur situées sur les bords de l’Uruguay et du Paranä, les Basques s'employérent au chargement des navires, au jardinage, à la fabrication des briques, à la surveillance des estancias, au service des abattoirs, à la salaison des peaux, à tous les travaux qui demandent de l'adresse, de la force et de la persévérance. En muints endroits de l'Argentine, ils s'étaient groupés en colonies assez compactes pour maintenir l’usage de leur langue ; mais l’activité industrielle du nouveau milieu à trop d'intensité et la popuhtion argentine est trop mèlée pour qu'ils n'aient pas été entrainés rapidement en dehors des coutumes antérieures et ne soient pas devenus Argentins par les mœurs et le langage : du moins ont-ils conservé leur jeu national de la paume. La multitude des noms de famille euskara que l'on rencontre dans toutes les parties de l’Argentine, plus encore que dans les autres républiques hispano-américaines, témoigne de l'importance prise par cet élément ethnique dans la formation du peuple argentin. Mème des chefs indiens portent des noms basques : la légende raconte encore les hauts faits du pampéen Baigorrita.

Les progrès de l'Argentine se mesurent à ceux de l'immigration, Pas une nation, pas une race d'Europe qui n'ait ses représentants dans la vaste

! Alfred Ebelot, Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1877.

Babel du Nouveau Monde. Français, Anglais, Allemands se sont rendus surtout dans les grandes villes pour y diriger l'industrie et prendre par! aux spéculations diverses; les Italiens se sont emparés de la navigation fluviale et, se pressant en foules de plus en plus nombreuses, se poussent aux premiers rangs dans toutes les branches de l’activité nationale: les Irlandais, — courant d'immigration maintenant presque tari, — débarquèrent jadis par milliers et se mêlèrent plus intimement que les Anglais à la population par le travail dans les champs et dans les chantiers. Les colonies agricoles de Santa Fé ont été fondées principalement par des Suisses, des Allemands, des Français, tandis que dans l'Entre-Rios, sur les rives du Paranä, la majorité des cultivateurs se compose de Russes et de Germains russifiés. Les Gallois se sont groupés à part, sur les bords du rio Chubut. Les Australiens eux-mêmes sont entraînés par le vertige de l’émigration, et, poursuivant vers l’est le voyage de cireumnavisation commencé par leurs ancêtres, quittent leur continent, qui offre pourtant de si grands avantages aux colons, et vont s'établir dans la république Argentine. En 1895, des centaines d’Australiens ont obtenu des concessions sur les bords du rio Negro. Enfin, depuis 1891, des milliers de Juifs, expulsés ou réfugiés de Russie, émigrés de Syrie et de Palestine, ont trouvé un asile sur les terres argentines, sans se mêler encore aux autres éléments de la population. Les Chiliens émigrent en masse dans les provinces occidentales, dites de Cuyo, et peuplent les nouveaux territoires andins. Enfin, Boliviens, Paraguayens, Brésiliens entrent pour une part considérable dans les communautés septentrionales et orientales. On ne retrouve que rarement en Argentine des types indiquant par les traits et la nuance de la peau la persistance du sang africain. En 1778, les hommes de couleur représentaient environ le tiers de la population.

La république Argentine, pays de peuplement rapide et de grand commerce, se distingue, comme l'Australie et les États-Unis du Nord, par une forte prépondérance des agglomérations urbaines et par la concentration des habitants dans les capitales. Le chef-lieu des régions platéennes contient plus du huitième de la population du pays entier ; mais, loin des ports d'arrivée, de vastes territoires dans l’intérieur sont encore presque déserts,

Dans le territoire des « Missions » argentines, les anciennes réductions des Indiens convertis se sont transformées en villages de travailleurs aux

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