BAHIA BLANCA, PATAGONES
marécages, notamment autour de Cuatrero, ont été drainés jusqu'à la mer et les eaux vaseuses remplacées par le flot pur des canaux d'irriation : des jardins, des cultures recouvrent maintenant ces étendues naguère stériles, La grande division territoriale dite de la Pampa, que traverse le Salado pour se perdre dans l'Urre Lafquen avant d'atteindre le Colorado, a le port de Bahia Blanca pour havre indispensable et pour métropole naturelle. On lui a donné pour chef-lieu, au milieu des laguets et des pâturages, un site dénommé General Acha, d'après un des chefs militaires de l'Argentine.
Une diligence, qui traverse le Colorado au fort General Paz, parcourt le désert entre Bahia Blanca et Carmen de Patagones, — ou simplement l'atagones, — que Viedma fonda en 1779 et qui fut pendant longtemps le poste d'avant-garde dans les redoutables solitudes du Midi. Cette ville est située sur la rive gauche du fleuve, à 54 kilomètres de la mer, à la base des escarpements en falaise qui limitent le plateau. Un fort construit au-dessus de la ville servait naguère de refuge, en cas d'alerte, aux rares familles de colons qui s'étaient aventurées dans le pays des Tehuel-che. Dans les premières années de l'indépendance, durant la gucrre qui sévit entre l'Argentine et le Brésil, trois navires montés par des Impériaux se présentèrent devant la barre de Patagones. Les hommes débarquèrent pour s'emparer du fortin, tandis que les vaisseaux remontaient le fleuve. Mais un bâtiment s'échoua sur l'ilot de l'entrée, un autre à moitié roule, et quand le troisième arriva en vue du fort, les cinq cents fantassins, mourant de soif et surpris par le choc d'un millier de chevaux à demi sauvages que poussaient devant eux les soixante-dix défenseurs de Carmen, avaient déjà demandé grâce. Le navire se rendit à son tour, et les riverains s'empressèrent de le dépecer'. Depuis, la ville s’est entourée de cultures, et les restes de la population tehuel-che, soumise désormais, sont venus s'établir en face, près de Viedma, sur la rive droite du fleuve. Des bateaux à vapeur de Buenos Aires touchent régulièrement à l’escale de Patagones, malgré ses dangers. Heureusement le port de San Blas, étudié en 1883 par une commission hydrographique, s'ouvre à moitié distance des deux embouchures, rio Negro et rio Colorado, ‘et paraît devoir suppléer un jour à l'insuffisance nautique de ces entrées. Si la contrée se peuple, San Blas deviendra le débouché naturel des deux vallées : le chenal balisé du port a 7 mètres de profondeur à marée basse et le flot y ajoute À mètre et demi à # mètres d'eau. Viedma, ainsi
‘ E, Aguirre, Petermann's Mitteilungen, Litteratur-Bericht, 1892,
nommée en mémoire du fondateur de Patagones, est aussi grande que Carmen et plus agréable à habiter : le gouvernement en à fait choix pour capitale du territoire de Rio Negro. Entre les deux villes, le fleuve, rapide et dangereux, a 250 mètres de largeur.
Le territoire du Neuquen, que le haut Colorado sépare de la provinee de Mendoza et dans lequel le courant du rio Negro reçoit presque toute sa masse liquide, ne peut guère se peupler que par les seuils chiliens de la cordillère Andine; car du côté des plaines désertes les communications sont trop longues et trop pénibles, tant que routes où chemins de fer ne seront pas construits du littoral aux montagnes. Pour aller de Buenos Aires au Neuquen, il faut se .‘ndre par chemin de fer jusqu'à Mendoza, au pied des Andes, puis gagner San Rafael par la diligence et cheminer ou chevaucher par monts, vallées, torrents et forêts, sur un espace d'environ 000 kilomètres. Ou bien, en quittant la station de Hucal, poste du désert qui communique avec Bahia Blanca par voie ferrée, on s'engage dans les solitudes pour rejoindre la vallée du rio Negro, jusqu’à ses affluents des Andes. Quelques petits postes militaires fondés dans le haut bassin du Neuquen ont servi de noyaux au peuplement, et des éleveurs de bestiaux se sont établis dans les alentours. De même, dans le bassin du Limay,
la zone des pâturages a déjà ses habitants, et des officiers de l'expédition et militaire qui la première occupa le pays, en 1865, s'y sont fait concéder pal de vastes domaines”. Le chef-lieu du territoire, Chos-Malal, groupe ses de: quelques maisonnettes au confluent du Neuquen et du Leubü, à l'endroit où le gave commence à porter barques. À une trentaine de kilomètres au du Q NA Q ‘ sud-ouest, une autre villette, Norquin, se montre sur les bords du rio di Agrio, issu d'un cratère échancré, et dans le voisinage immédiat les (it sources thermales et minérales de Copahué jaillissent à 5000 mètres 4 pi d'altitude, avec une température qui varie, suivant les sources, de 40 à se la 1 Buenos Aires et villes principales de la province, avec la population approximative ou recensée, p Buenos Aires. . . . . . . . . . . 80000 habitants. |: Province pk BuENos AEs. G La Plata (Ensenada et Tolosa). . 66000 hab. | Dolores, . . . . . . . . . . 71700 lab. San Nicolas. . . . . . . . . 15000 » Barracas (banlieue de B.-Aires.). 7000 » n Chivilcoy. . . . . . . . . . 12000 » Bahia Blanca... . . . . . . . 6500 » n Mercedes. . . . . . . . . . 10000 » Tandil. ,.......... 6300 » NO ER RP 8000 » |} Chascomus, . . . . . . . . 400 » Pergamino . . . . . . . . 7800 » | Carmen de Patagones, : . . . 2500 »
© # Bolelin del Instituto Geogräfico Argentino. umo VI, 1886,
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JUNIN DE LOS ANDES, ROCA, CHUBUT, 751
07 degrés centigrades, Plus au sud, Junin de los Andes, la Huinea Melleu des Indiens, a surgi à l'altitude de GO mètres, dans la vallée du Chemen Huin, en vue de magnifiques forêts, eyprès et hètres, que les bûcherons abattent, puis assemblent en radeaux pour les expédier à Carmen de Patagones, Junin a l'avantage de se trouver en vue d'un seuil peu élesé de la grande cordillère, d'où l'on peut redescendre directement à l'ouest vers Yaldivia, marché principal des colonies andines. Toute la région de San Rafael au Nahuel-Huapi est la Suisse de l'Argentine, à la fois par la majesté de ses monts, l'éclat et la fraîcheur de sa végétation, la pureté de ses eaux courantes, Près du volcan de Lonquimay, qui domine un des cols fréquentés entre les bassins du Neuquen et du Biobio, un geysir d'eau bleue, haut d'une quinzaine de mètres, s'élance hors d'un eratère, entouré, sur la margelle du puits, par une frange de glaçons.
ln aval de ce haut bassin, on ne trouve sur le Limay et, plus bas, sur le 10 Negro proprement dit, jusque dans le voisinage de l'embouchure, que des stations d'origine militaire : la colonisation libre n'a pu guère s'y porter, à cause du manque de pluies. Le village de Roca, fondé en aval du confluent, — Neuquen et Limay, — est situé dans une plaine alluviale, très féconde dès qu'elle reçoit l'humidité suffisante ; mais les canaux d'arrosage se dessèchent en été : on n'a pas encore pris dans le Neuquen une veine d’eau assez abondante pour entretenir la végétation toute l'année, et les sauterelles ravagent souvent les cultures’. Un bateau à vapeur, partant de Patagones, remonte le fleuve jusqu'à Roca pendant la saison des hautes eaux, de juillet en février.
La vallée du Chubut, qui succède à celle du rio Negro dans la direction du sud, n’a guère d'habitants policés que près de son embouchure. Cependant, depuis 1888, quelques éleveurs de bétail, Anglais, Chiliens, Argenins, se sont établis au pied des Andes dans la vallée du Corcovado, près de laquelle se trouvent des gisements aurifères. La colonie qui lance ses éclaireurs dans cette région presque déserte, quoique très fertile, de la cordillère Andine, se trouve à l’autre extrémité du bassin fluvial, tout près de l'Atlantique. En 1865, sur la foi d’un compatriote qui avait visité la Patagonie, 132 Gallois débarquèrent dans le vaste bassin circulaire de Golfo Nuevo, où se prolonge l'embarcadère de Port Madryn, puis, cheminant à travers les solitudes, atteignirent les bords du Chubut. Ils se mirent aussitôt à l’œuvre, bâtissant des cabanes, défonçant le sol, semant
1 Host, Boletin del Instituto Geogräfico Argentino, 1880-81. * Josef Siemiradzki, Petermann's Mitteilungen, 1893, Hett NT,
le grain. Tous étaient carriers ou mineurs de charbon, encore inhabiles aux travaux de la campagne. Les récoltes furent misérables; à peine | tombait-il quelques averses dans ces régions patagonienues, et parfois deux, trois années se passaient sans qu'une goutte d'eau mouillât le sol, Heureusement, ces travailleurs tenaces étaient aussi des hommes bons, et dès la première rencontre avec les Tehuel-che ils lièrent amitié avec les Indiens,
N° 459, — COLONIF GALLOISE DU CHUBUT.
de Oz Eimètres de L5m.etaudeli 1 : 1500 000
0 50 kil,
qui les nourrirent, leur apportant du gibier, du poisson, les fruits de la montagne, en échange de pain et de quelques petits objets de manufacture anglaise". Cependant la colonie galloise aurait fini par succomber, si quelques-uns de ces agriculteurs inexpérimentés n'avaient eu l'idée de barrer le courant du Chubut, gonflé par la fonte des neiges, et de distribuer cette eau par des canaux d'irrigation : la « Nouvelle Galles » était sauvée. La plaine, formant un long triangle de 77 kilomètres de l'est à
l'ouest et de 8 kilomètres en largeur moyenne, comprend une superficie
1 F, Machon, Bibliothèque universelle, novembre 1893,
, encore Inhabiles
isérables; à peine À
8, EU parfois deux, itle sol, Heureues bons, et dis la
: avec les Indiens,
les fruits de la de manufacture succomber, si it eu l'idée de s, et de distrià Galles » était dtres de l’est à une superficie
COLONIE DU CHUBUT, 709
d'environ 40 000 hectares, dont un tiers cultivé en froment : les concessions varient de 100 à 150 hectare: en superficie, Le sol, compost
| en grande partie de cendres volcaniques, où serpentent des canaux d'une
longueur totale de N° 100, —— COLONIES ANCIENNES ET MODERNES DE LA PATAGONIE,
578 kilomètres,
creusés par Îles
Quest de faris
propriétaires riverains proportionnellement à létendue de leurs champs, donne, malgré les eygnes etles canards sauvages, d'admira-
bles récoltes, sep-
tuples des an-
ciennes pour une
mème étendue de sol cultivé : elles nourrissent les quatre mille habitants de la colonie et subviennent
à une exportation de 4500 à 2000 tonnes vers Tiverpool. Le froment
du Chubut est ré-
put le meilleur
de l'Amérique du
Sud, Un chemin DueendeGreenvien Ù * Perri de fer, long de PE
19 kilomètres,