LES GUYANES
VUE GÉNÉRALE
Le sens géographique du mot Guyane s’est modifié diversement pendant es trois derniers siècles. Lorsque les premiers voyageurs, espagnols, glais, hollandais, visitèrent les bords de l'Orénoque, ils se trouvèrent en pntact avec des Indiens Guayanoas, Guayanas où Guayanazes, dont le nom ut employé, d'une manière vague, pour tout le territoire occupé au sud du grand fleuve. D'ailleurs, ce mot se reproduit sous différentes formes, ppliquées soit à des tribus indigènes, soit à des cours d’eau, en plusieurs fgions du continent : les Ouaraoun ou Guaraunos du delta de l’Orédoque ne seraient-ils pas des Guayanos, les Roucouyennes ne se disaientls pas des Ouayana, et cette appellation n'est-elle pas aussi celle d'un
and arbre, protecteur mythique de la tribu'? Enfin, le haut rio Negro,
1 Ilenri À. Coudreau, Notes manuscrites,
dans la partie supérieure de son cours, à la descente des contreforts andins, n'est-il pas connu sous le nom de Guainia, vocable indien identique à celui de Guyane? Une des coulées du littoral, entre l'Essequibo et le delta de l'Orénoque, est aussi dite Waini ou Guainia.
Dans son acception première, la dénomination de Guayana ne comprenait point les régions du littoral atlantique auxquelles on donne aujourd'hui spécialement le nom de Guyane. Correspondant à la région dite aujourd'hui Guayana Venezolana, la Guyane ne s'étendait pas au delà du vaste hémicyele formé par le haut Orénoque; mais peu à peu, dans la lerminologie géographique, le mot prit une plus grande extension, pour embrasser d'abord les terres brésiliennes que longent au sud le rio Negro et l'Amazone, puis les versants orientaux des montagnes connues jadis d'une manière générale comme la Serra de Parima et désignées d'abord sur les cartes sous le nom de Caribane, c'est-à-dire « pays des Caraïbes Ainsi comprise, la Guyane constitue une part bien déterminée de lAmcrique du Sud: tout l'espace ovalaire, d'une superficie d'environ 2 millions de kilomètres carrés, que le cours de l'Orénoque, ceux du £assiquiare, du rio Negro et du bas Amazone séparent de la masse continentale, On à donné le nom d'île à cette grande province de l'Amérique méridionale: mais il ne s’agit point ici d'une « île » véritable, dont les navires puissent faire le tour par escales régulières, Elle le deviendra probablement un jour, grâce aux canaux creusés par l'homme: actuellement, les rapides fameux d'Aitures et de Maipures sur l'Orénoque, ceux du Cassiquiare et du haut rio Negro, obligent les bateliers à débarquer leurs marchandises, et l'humble tralie de la région des seuils se fait par les portages. En usant des moyens de communication les plus rapides, le voyageur favorisé par les circonstances emploierait actuellement au moins trois où quatre mois pour faire la cireumnavigation de la Guyane‘. Au point de vue géologique, cette Guyane est aussi une ile, un massif distinet de granit el autres roches éruplives, émergé depuis l'époque des trias”,
L'ovale insulaire se diviserait naturellement en quatre parties à peu près égales, par deux lignes se coupant à angle droit, celle des arêtes de montagnes presque parallèles à l'équateur qui se dirigent du seuil de partage, près du Cassiquiare, vers le musoir septentrional de l'estuaire amazonien, et la dépression transversale, où coulent d'un côté l'Essequibo, de l'autre le rio Branco. Mais les puissances conquérantes du
Richard Schomburgk, Reisen in Brilisch Guiana : — Menri A. Coudreau, Notes manuseriles # Ch. Vélain, Bulletin de la Société Géologique de France, Séance du 5 mars 1879.
Portug:
“sur le
eucs en
con nat que mèl ave en tre end
baigna rubis :
ses trés
ke presen(
gne, à la Guy:
europée
contreforts adien idenl'Essequibo
ne comprene aujourrégion dite au delà du eu, dans la nsion, pour le rio Negro nuues jadis nées d'abord Caraïbes e de l'Amcn ? millions ssiquiare, du ntale. On à méridionale:
ires puissent ablement un les rapides assiquiare el tarchandises, portages. En ageur favoins trois où Au point de * distinct de trias”.
es à peu prés es arètes de du seuil de de l'estuaire côté l'Esse-
quérantes du
les manuseriles
ILE DES GUYANES. 3 continent américain ne pouvaient tenir compte de cette segmentation naturelle du territoire, les colons européens n'ayant eu d'accès facile que sur le littoral et les rives des grands fleuves. Déjà à quelques kilomètres des côtes, les terres de la Guyane restaient inconnues; des aventuriers pénétrèrent au loin dans les forêts et les savanes, mais sans
en rapporter de documents précis : des régions montagneuses du cen-
tre on ne sut rien que des mythes. Là aussi, comme en tant d'autres endroits de l'Amérique, était censé vivre un roi « Doré », el Dorado, se
rubis :
Quest de Greenwich C Perron 1: 20000 000 PEN TA 800 kil
mere
LU
baignant dans l'or liquide, vivant dans un palais d'émeraudes et de on tenta maintes fois d'aller à sa découverte pour enquérir ses trésors, mais l'exploration sérieuse n'a commencé que pendant le sièele présent. Le partage s'est done fait du pi irtour vers l'intérieur. L'Espage, à laquelle a succédé la république du Venezuela, s'empara de toute la Guyane du nord et de l'ouest, le long du croissant de l'Orénoque ; le Portugal, dont hérite le Brésil, s'attribua la partie des Guyanes situées
sur le versant de l'Amazone : il ne resta pour les autres puissances
européennes que le littoral maritime compris entre les deux régions Qdes embouchures, delta de l'Orénoque et estuaire de l'Amazone, Aux
établissements de la côte, les Anglais, Hollandais et Français, qui s'étaient déclarés maîtres et conquérants, ajoutèrent jusqu'aux arêtes inconnues des monts tous les bassins fluviaux dont ils possédaient les embouchures, et ces trois domaines coloniaux constituent le territoire désigné d’une manière spéciale sous le nom de Guyane.
Toutefois les frontières en sont encore flottantes. Au sud, les faites de partage n'ont pas été reconnus dans leur longueur et toute leur complexité; en outre, les voyages qui ont eu lieu ne se sont jamais faits sous la direction d’arbitres chargés de la délimitation précise des territoires entre les États. À l’ouest et à l’est, les incertitudes sont d'autre nature : à des districts d'étendue considérable restent encore terre débattue. La Grande-Bretagne prétend avoir droit, non seulement à tout le versant de l'Essequibo, mais en outre à une partie du bassin supérieur du rio Branco, que réclame aussi le Brésil. À l'égard du Venezuela, elle se montre plus exigeante. Ayant déjà poussé les frontières de sa colonie jusqu'à la lèvre méridionale d'une des grandes bouches de l'Orénoque, par la coulée de l’Amacuru, elle s’est également emparée d’une partie fort riche en alluvions aurifères de la vallée du Cuyuni : l’ensemble du territoire débattu, qu'ont parfois ensanglanté les conflits des nationaux respectifs, comprend une superficie supérieure à celle du domaine attribué sans contestations à l'Angleterre. A l’autre extrémité des Guyanes, la France dispute au Brésil une région évaluée en étendue à la moitié de la superlicie du territoire français : c’est une longue bande du versant atlantique amazonien, comprise entre l’Araguari et le rio Branco. Les pays contestés, à l'ouest, à l'est et au sud, forment autant de domaines politiques distincts dans l’ensemble de l’île guyanaise".
Les diverses Guyanes ont une grande ressemblance, une physionomie générale commune par la nature et l’étagement des roches, l'orientation et le régime des cours d'eau, les apports et érosions du littoral, la direction des courants maritimes, les phénomènes du elimat, la répartition des
‘ Superficie des diverses Guyanes :
Guyane contestée entre Venezuela et Grande-Bretagne. 130 000 kil. carrés,
Guyanc anglaise, y compris le «contesté » brésilien. 120 000 » Guyane hollandaise, , , . . , . re . « , 120 000 » Guyane française, . . , . . . , . . , . . , . . 81 000 » Guyane contestée entre Brésil et France. . . . . . . 260 000 »
Ensemble (d'après H, Coudreau). . . . . . . . 714000 kil. carrés.
Mo la € qu’ mêt VOy:
dep déb:
leur bor et l’ voya de espa, repr mon( noqu la Gt 0 quan l'Am Enco l'Essd À la vil se fir
les ti
‘Ce
ui s'étaient
inconnues bouchures, igné d'une
es faites de leur comfaits sous la toires entre nature : là ébattue. La e versant de rio Branco, montre plus qu'à la lèvre a coulée de rt riche en du territoire x respectifs, attribué sans s, la France de la supernt atlantique ys contestés, ues distincts
physionomie orientation et la direction partition des
arrés,
PE on Er
EXPLORATION DES GUYANES. ÿ
espèces végétales et animales, le groupement des tribus indiennes. C’est à l'intervention de l'homme que sont dus les principaux contrastes des divers États coloniaux soumis par l'action des gouvernements d'outre-mer à des conditions économiques et sociales différentes. De nombreux voyageurs, volontaires ou bien envoyés par la mère patrie, ont étudié spécialement telle ou telle vallée, tel district de culture ou de mines, et raccordé leurs itinéraires à ceux des explorateurs qui ont traversé la contrée de l'un à l’autre versant ou des bords de l'Orénoque à ceux de l'Amazone. Grâce à ces travaux collectifs, on peut déjà tracer un tableau général de la nature des Guyanes.
La première connaissance du littoral fut acquise au commencement du seizième siècle, en 1500, par le navigateur espagnol Vicente Yañez Pinzon, le compagnon de Christophe Colomb dans la découverte du Nouveau Monde. Ayant abordé les côtes du Brésil, à l’est de l'Amazone, il traversa la « mer douce » de l'estuaire et longea les côtes basses des Guyanes jusqu'à l'Orénoque. Diego de Lepe et autres marins cinglèrent dans la même partie de l'Océan, mais près d’un siècle se passa sans que des voyageurs ou colons européens pénétrassent dans l'intérieur des terres depuis longtemps aperçues du large. Sans doute quelques Espagnols débarquèrent sur les côtes voisines de l’Orénoque, puis des Hollandais leur succédèrent et, dès 1581, cherchèrent à s'établir solidement aux bords du Demerara pour traiter avec les indigènes. Le goût des aventures et l'espoir de découvrir les trésors de l'Homme Doré attirèrent aussi les voyageurs blancs, car, en 1596, l'Anglais Keymis, reprenant la tentative de son compatriote Raleigh dans | « empire de Guaya », la Guyane espagnole, essaya de découvrir le grand lac Manoa, que la carte de Raleigh représentait comme ayant à son extrémité orientale « la plus vaste cité du monde‘ ». Mais il prit une autre route : au lieu de suivre la voie de l'Orénoque, il remonta la rivière Oyapok, dans la contrée qui est devenue la Guyane française. En 1688, la Motte Aigron remonta l'Oyapok, à « cinquante lieues » de la mer, dans l'espoir déçu de gagner les rives de l'Amazone et peut-être de trouver en route la fameuse région de l'or.
} Encore en 1739, Nicolas Hortsmann, suivant un autre chemin, celui de l'Essequibo, pénétra fort loin dans l'intérieur, sollicité par le mirage de
la ville aux toits de métal précieux. Mais les origines de la colonisation se firent par le commerce. Une fois campés sur le littoral guyanais, les traitants de diverses nations se disputèrent les domaines conquis,
! Geographical Journal, February 1890.
et les gouvernements d'Europe se mélèrent à ces rivalités par des entreprises de guerre et de pillage : peu à peu on apprit à connaître quelques lieux privilégiés du littoral; le tracé géographique des côtes, des estuaires et des cours d'eau, jusqu'aux premiers rapides, prit forme graduellement, et l'on acquit de vagues notions sur les pays de l'intérieur, grâce aux rapports des Indiens et des nègres marrons. Des missionnaires contribuèrent aussi pour une certaine part à l'exploration de la contrée, les Jésuites en avant-garde des traitants français, et les Frères Moraves dans les colonies hollandaises. $ | En 1672, une grande découverte dans la physique du globe se fit à Cayenne : Richer y prouva l'aplatissement polaire de la planète par les observations du pendule, qu'il fallut diminuer d'un 552° pour lui faire battre les secondes comme à Paris'. Deux années plus tard, des physiciens, les jésuites Grillet et Béchamel, furent envoyés à Cayenne pour faire l'étude géographique de la contrée, et pénétrèrent chez les Indiens Nouragues et Acoqua ; mais ils succombèrent bientôt aux fatigues du voyage dans l'intérieur, et l'exploration sérieuse des Guyanes ne commença qu'au siècle suivant, en 1745 et en 1744, avec le passage de La Condamine, revenu de sa mémorable exploration des Andes équatoriales, et l’arrivée du médecin Barrère. Vingt ans après, Simon Mentelle débarquait à Cayenne : pendant trente-six années de séjour, dans les conditions les plus difficiles, il visita comme ingénieur tout le littoral de la Guyane française, et si ses conseils avaient été écoutés, mainte entreprise funeste eût été évitée. Le botaniste Fusée Aublet, dont l'ouvrage sur les Plantes de Guyane est resté classique, parcourut la contrée de 1762 à 1764. En 1769, un de ses confrères, Patris, remontait l'Oyapok et son affluent le Camopi. Un autre naturaliste, qui était aussi un homme de pensée et d'initiative, Leblond, suivit presque le même itinéraire en 1787, et revint par le Sinnamari; pendant plusieurs années il parcourut une grande partie du terriloire, étudiant toutes les plantes utiles, cherchant surtout le quinquina, qu'il ne trouva point, observant les Indiens et faisant des projets pour le peuplement du haut pays. L'ingénieur Guisan creusa de nombreux canaux d'égouttement et de navigation dans les deux Guyanes, hollandaise et française, et profita de ces travaux pour faire des recherches sur le sol, le climat, les productions locales. Ua capitaine anglais de l'armée néerlandaise, Stedman, utilisa un séjour de cinq années dans l'intérieur de la colonie de Suriname, de 1772
# La Condamine, Relation abrégée d'un voyage. : — Malte-Brun, Géographie Universelle.
ratio
D voya,
furer ment
® mais,
Hum dans parta mêèm lieues vingt
des entree quelques s estuaires uellement, grâce aux res contriontrée, les oraves dans
be se fit à ète par les ir lui faire des physte pour faire les Indiens fatigues du » commença » La Condailoriales, et elle débarns les conitoral de la e entreprise rage sur les de 1762 à it l'Oyapok it aussi un ème ilinérs années il les plantes t, observant haut pays.
et de navirofita de ces productions n, utilisa un e, de 1772
Universelle.
EXPLORATION DES GUYANES. 7 à 1777, en écrivant une relation de ses voyages et de ses observations sur la contrée. Plus tard, les convois d’exilés qui se succédèrent dans la Guyane française contribuèrent à faire connaître ce pays, mais en lui
77 donnant une horrible renommée, celle d'une contrée de pestilence et 2 de mort. Parmi les hommes instruits qui échappèrent aux contagions mor- “telles, aucun ne put ou ne sut employer les années d’exil à la rédaction
d'une œuvre durable consacrée à l'étude du pays de bannissement. Après les guerres de la Révolution et de l'Empire, les premières explo-