ENTRÉE DE LA BAIE DE RIO DE JANEIIO
Dessin de Tayior, d'après une phote
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HISTOIRE DU BRÉSIL, an
dement avec l'ensemble de la nation qui les accueillait. Après les Portugais, les Allemands furent les principaux colons du Brésil : en premier lieu comme « engagés », puis comme immigrants libres. Terrible fut la mortalité sur les malheureux faméliques importés par des compagnies de spéculateurs sur les bords de l'Amazone ou dans la vallée du Mucury, rivière de la zone tropicale qui descend des plateaux de Minas Geraes pour séparer dans son cours inférieur les provinces d'Espirito Santo et de Bahia; mais l'immigration allemande qui se porta vers les régions tempérées du sud, dans Santa Catharina et Rio Grande do Sul, fut beaucoup plus heureuse, et même prospéra si bien, que des patriotes ambitieux purent croire à la naissance d'une « Aflemagne nouvelle » entre l'Uruguay et le Brésil, destinée à servir un jour d’arbitre entre les États du Nouveau Monde. Il est vrai que les communautés germaniques de la région du Rio Grande située à l'ouest de Porto Alegre étaient devenues nombreuses et riches, ayant en même temps assez bien gardé leur groupement national pour constituer presque un petit État dans l'État; mais leur force de cohésion est désormais rompue par Pinvasion d'immigsants d'une autre race, les Italiens, qui se précipitent ca exode dans toutes les parties du Brésil, et principalement dans les provinces du sud. Ce nouvel élément, de langue latine comme les Brésiliens, et bien plus souple que les Allemands dans l'adaptation au milieu, l'emporte de beaucoup par le nombre sur tous les autres arrivants : ce sont incontestablement les Haliens qui, par leurs croisements, contribueront le plus à modifier la nation brésilienne, déjà si nettement caractérisée par le mélange des sangs entre Portugais et Africains. Quant à l'influence des blanes de provenances diverses, Français, Anglais, Américains du Nord, que le commerce et l'industrie ont appelés dans les cités du Brésil, elle s'exerce surlout par un travail d'initiation aux connaissances, aux procédés, aux conventions de 1 société moderne : après la guerre de Sécession, nombre de « Sudistes » ruinés vinrent chercher fortune dans le pays, qui avait le mérite à leurs yeux de maintenir l'esclavage des noirs. Toutes les races sont représentées dans les États-Unis brésiliens. Déjà sous la domination hollandaise les Juifs étaient puissants à Pernambuco, et si, plus tard, linquisition les poursuivit et les brûla par centaines, la plupart avaient
| abjuré et s'étaient mêlés au reste de la population; maintenant ils revien-
: nent plus nombreux qu'autrefois, surtout d'Allemagne et de Russie. Les à Triganes, descendants de ceux que le Portugal déporta au Brésil! au milieu
UF, Ad, de Varnhagen, Historia gerai do Brasil.
du dix-huitième siècle, errent un peu partout sur les plateaux; et les Chinois commencent à se montrer dans les villes et les plantations.
Sous l’action de ce milieu, les Brésiliens se distinguent par un caractère original. Physiquement ils ne sont point dégénérés, et sur les pla teaux ils se distinguent par la haute taille, la vigueur et l'adresse. On dit les Lusitaniens d'Amérique patients, résignés, longanimes, persévérants, doux et pacifiques, malgré les guerres fréquentes dans lesquelles ils ont élé entrainés. Leur génie naturel est peu ambitieux, mais ils ont une remarquable souplesse d'intelligence, une rare facilité d’élocution : comme les Hispano-Américains, ils sont un « peuple d'orateurs ». [a littérature brésilienne, disposant d’une langue qui ajoute au portugais un nombreux vocabulaire et quelques tournures locales, témoigne d'une imagination rapide et d’un sens très vif de l'harmonie. Avant la période de l'Indépendance le Brésil avait déjà donné au Portugal un grand nombre d'écrivains, entre autres Antonio José de Silva, qui fut brûlé à Lisbonne par l'Inquisition, en 1759. La première conspiration républicaine, celle de 1789, coûta également la vie aux plus célèbres écrivains du Brésil, l'un s'élant suicidé en prison, et deux de ses amis ayant succombé en exil, José de Lacerda, le voyageur fameux qui traversa l'Afrique en 1798, était un Brésilien, de même que Gusmäo, qui le premier parmi les physiciens modernes, en 1709, fit monter un aérostat'.
Une ère de progrès matériel illimité s'ouvre pour le Brésil. Qu'il égale seulement sa mère patrie, le Portugal, en densité de population, et déj quatre cents millions d'hommes en oceuperont le sol; qu'il soit peuplé comme les Îles Britanniques, il aura un milliard d'habitants. Et certes, le Brésil a tous les avantages naturels de la terre, du climat, des produits, pour qu'il puisse suffire amplement aux besoins des foules qui viendront s'y presser un jour. Grâce aux différences du relief et des latitudes, les gens de toute origine y trouvent le milieu parfait qui convient à leur plein développement. Sauf les régions arctiques, les États-Unis du Brésil résument la surface entière de la planète, toutes les formes végétales de h zone torride et des zones tenipérées y prospèrent. À la flore brésilienne, déjà si prodigieusement riche, s'ajoutent par l'acelimatement les flores de tout le reste du monde. Pour les hommes comme pour les plantes, le Brésil est une terre promise, et déjà plus qu’en aucune autre contrée de h
1 Eduardo Prado, dans le Brésil par E. Levasseur.
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