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CRUES DE L'AMAZONE, POROROCA

Santarem, à 1000 kilomètres du cap de Nord, considéré comme la borne terminale de l'embouchure; mais l’eau salée ne pénètre point dans le fleuve; le flux n'a d'autre effet que de ralentir le courant de l'Amazone et d'en accroître la hauteur. Même autour de l’île Mexiana, en plein golfe, l'eau est complètement douce, et les marins en boivent pendant toute l'année; cependant il se peut que le flot salé, plus lourd, glisse sur le fond du lit au-dessous des couches liquides plus légères apportées par le fleuve’. Le grand choc entre la masse d’eau fluviale et celle de la mer se fait dans la partie déjà large de l'estuaire, où l'Amazone, ayant perdu de sa profondeur, s'étale sur des bancs littoraux. Là, les vagues, poussées par le courant côtier et par la houle dans la direction de l’est à l’ouest el surtout du sud-est au nord-ouest, rencontrent les eaux fluviales sur un fond qui se relève rapidement. C’est la pororoca, mot qui, dans un idiome local, sous la forme de poroc poroc, aurait, d'après Barbosa Rodrigues, le sens de « destructeur ». Le mascaret qui se forme à ces lignes de rencontre, entre les masses opposées, dépasse en hauteur tous ceux de la Seine, du Gange et du Yangtze. À 8, à 10 kilomètres on entend le grondement terrible de la pororoca qui s’avance. Un premier rouleau se précipite comme une mer nouvelle et tempêtueuse sur la mer

paisible d'en bas; une deuxième, puis une troisième, ct parfois une

quatrième lame se suivent, renversant, détruisant les objets qui résistent. Les flots successifs, dont le premier à parfois jusqu’à trois mètres de haut, forment à travers l'embouchure une barre complète de rive à rive el sont accompagnés de remous, de déversements latéraux, de courants formidables qui couleraient les embarcations légères et causeraient même de graves avaries aux gros navires. En prévision du redoutable choc, les bâtiments se mettent à l'abri dans les « espères » ou criques du litoral. Macapä, sur la rive septentrionale de l'estuaire, est un des lieux menacés, mais les plages où les vagues de la pororoca s’écroulent avec le plus de violence sont celles du cap de Nord, vers les bouches de l’Araguary el les détroits de l’île Maraca”. Suivant les érosions et les dépôts, le régime du mascaret varie de marée à marée.

L'embouchure de l’Amazone, que traverse la ligne équatoriale, s’élargit en un bras de mer entre l’île de Marajé et la côte des Guyanes, puis, après avoir baigné tout un archipel d'îles et d'ilots groupés autour de Caviana,

constitue cette « mer douce » qui étonna Pinzon et après lui tous les autres

1 Alfred Russell Wallace, ouvrage cité.

* Henri À. Coudreau, France Équinoxiale.

navigateurs. Quand on vogue dans l'estuaire de l'embouchure, sur les eaux grises roulant rapidement vers l'Atlantique, « on se surprend à demander, dit Avé-Lallemant', si la mer elle-même ne doit pas son existence à ce fleuve qui lui apporte incessamment le tribut de ses flots? La différence de roulis produite par le mouvement des vagues ou par la pression du courant peut seule indiquer sur quel domaine on se trouve, celui des eaux douces ou celui des eaux salées ». Exactement au nord de l'embouchure, où le courant s’est reployé le long des côtes guyanaises, mais à 500 kilomètres déjà de l'estuaire proprement dit, Sabine a vu la ligne de séparation entre l’eau bleue, non mélangée, de l'Océan, et l'eau troublée par le courant du grand fleuve : il constatait une différence d'un cinquième environ dans la salinité des masses liquides*.

A l'ouest, au sud de l’île Maraj6, l'estuaire des Amazones se ramifie en un labyrinthe de rivières et de canaux qui vont rejoindre un autre estuaire, celui du rio Tocantins. Quelques-unes de ces routes navigables s'ouvrent largement aux navires; d'autres, fort étroites, paraissent plutôt des galeries de verdure : les bateaux qui s’y aventurent passent sous les branches entre-croisées; en maints endroits, on a dû, pour éviter les abordages, réserver un bayou pour la montée, un autre pour la descente. Il semble, à la vue de la carte, que tout cet ensemble d'eaux fluviales appartienne au système amazonien ; mais les courants de l’Amazone et du Tocantins ne se mêlent point, ou du moins, s’il y a mélange, ne s'unissent que pour une part infinitésimale de leur masse liquide. Cependant les bayous occidenlaux qui font communiquer le rio Amazonas avec le Parä sont emplis par les eaux du grand fleuve : ainsi une petite partie du courant majeur rejoindrait directement le courant du Tocantins, et la rivière de Pari pourrait, dans une certaine mesure, passer pour une des bouches de l'Amazone. Le bras oriental, le plus rapproché de l’île Marajô, ne reçoit point l’eau du grand courant, mais se trouve sous l'influenc: directe de la marée, qui le remonte avec force en venant de l'estuaire du Tocantins. En sondant un de ces canaux, Couto de Magalhäes a découvert un lit de tourbe épaisse qui s'étend au loin sous les alluvions vaseuses.

Dans l'intérieur des terres, les grès amazoniens se délitent sous le vent,

le soleil, la pluie, le travail des racines; mais sur le rivage de l'Océn

Reise durch Nord-Brasilien im Jahre 1859.

Salinité de l'eau pure de la mer. . . . 53,672 pour 1000 » mélangée. . . . . . 96,345 »

(Edw. Sabine, Experiments to determine the fiqure of the Earth.)

5 Henry Walter Bates, ouvrage cité.

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