ESTUAIRE DE L'AMAZONE
et dans les îles de l'estuaire, ils ont à subir un autre assaut, celui des vagues envahissantes. Bien différent de la plupart des autres fleuves et surtout du Mississippi, auquel on l'a souvent comparé, le courant des Amazones n'a pas de delta d'alluvions s’avançant au loin dans la mer, en dehors de la ligne normale des rivages : il ouvre un estuaire énorme, s'élargissant en « mer douce », et la géologie aussi bien que l'histoire
N° 31, — GOLFE AMAZONIEN,
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contemporaine prouvent que cette mer gagne peu à peu sur le littoral, engloutissant les îlots, rongeant le pourtour des îles et des péninsules. La mémoire s'est conservée de terres nombreuses qui ont disparu, dévorées par le flot, La côte de Macapä, sur la rive septentrionale de l'estuaire, a notablement reculé depuis le commencement du siècle; la pointe de Salinas, à l’est du rio Parä, s'amoindrit, de même que l’île Santa Anna, à l’est
de Maranhäo. L'ile Caviana, dans l'archipel que traverse la ligne équato- XIX,
riale au nord de Marajé, a été coupée par un détroit qu'a formé l'élar. gissement graduel de deux bayous des rivages opposés. Cet envahissement constant des eaux océaniques sur le littoral semble provenir d'un affaisse. ment général des côtes. Les phénomènes observés dans la Néerlande, que l'on peut considérer comme le delta commun du Rhin, de la Meuse, de l'Eseaut, s'accomplissent en grand dans les terres alluviales de l'Amivone et du bas Tocantins; mais ici il n'y a point encore de populations qui acceptent, comme l'ont fait les Bataves, la lutte avee l'Océan et qui défen. dent leurs terres contre l'assaut des vagues par un ensemble de digues et de contre-digues, « aussi coûteuses que si elles étaient construites en argent pur », D'ailleurs, le travail d'érosion est bien autrement aetif dans l'Amazonie, et l'on ne saurait y expliquer l'affaissement du sol comme en Hollande et en d'autres « pays bas » par un tassement naturel des terres de dépôts, car sur les bords du grand fleuve ce ne sont pas seulement les couches d'alluvions qui cèdent sous les pas de l'homme, ce sont les roches qui s'engouffrent et sur lesquelles gagne l'Atlantique par un mouvement séculaire.
Mais, puisque l'estuaire se creuse d'année en année plus avant, que deviennent les prodigieuses quantités de troubles qu'apporte le courant des Amazones et qui se dégagent de l'eau douce au contact de l'eau salée? En admettant que les matières en suspension contenues dans l'onde amazonienne soient d'un trois-millième seulement, ne représentent-elles pas déjà une masse de 40 mètres cubes par seconde, soit par jour un cube de 150 mètres de côté? Réparties dans le vaste estuaire et dans la mer qui s'élend au large jusqu'à 500 kilomètres du rivage, ces alluvions élèveraient rapidement le fond marin et viendraient affleurer çà et là en banes de vase si la masse mouvante du grand courant équatorial ne les reprenai et ne les emportait avec lui ou ne les faisait glisser sur le fond dans h direction du nord-ouest. Une part de ces matières ténues, rejetée latérale. ment, se dépose sur les côtes de Guyane, mais non toujours pour y rester,
car maint rivage, érodé par les flots, se désagrège et reprend n vers le nord-ouest sous forme d'alluvions marines. le minement s
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des Caraïbes, dans le golfe du Mexique, le long de ætites Antilles et ue iles Bahama, sur tous les chemins océaniques suivis par le courant. En parcours, nombreux sont les banes de sable et les cordons Httoraux que les matériaux apportés du golfe amazonien contribuent à élever au-dessus des flots; mais le champ de dépôt par excellence paraît être, à l'ouest du courant Golfier, le littoral de Ta Georgie et des Carolines, si remarquable
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