FLEUVE DES AMAZONES
par ses immenses plaines de sédiments et ses flèches côtières se recourbant de pointe en pointe, Les fleuves courts du versant appalachien ne sauraient expliquer la naissance de ces plages contemporaines, de proporlions plus grandes que toute formation analogue en aucune autre partie du monde : là serait le véritable delta de l'Amazone, là se déposeraient en une large zone continentale les débris arrachés incessamment par les pluies aux Andes écuadoriennes.
En comparaison de la part considérable qui revient à l'Amazone dans l'histoire de la Terre, son rôle dans l'histoire de l'homme peut sembler insigniliant, D'ailleurs, il nous est encore inconnu pour ainsi dire : on ne peut que présumer son influence de premier ordre dans la distribution des races et des tribus pendant la période de peuplement, et même depuis la découverte du Nouveau Monde, Jusqu'au milieu de ce siècle, le fleuve des Amazones n'avait guère été considéré par les civilisés que comme une merveille de la nature; on en parlait avec une admiration mêlée d’effroi, mais on ne lutilisait point. Les navires ne dépassaient guère les portes d'entrée de celte mer en mouvement, Avant l'introduction des bateaux à vapeur, une embarcation mettait cinq mois entiers pour remonter Îles canaux et le fleuve des Amazones, de la ville de Parä jusqu'à la « barre » du rio Negro; il lui fallait cinq autres mois pour atteindre la frontière du Pérou en luttant contre la force du courant. Un voyage autour de la Terre, sur les flots de la mer que soulèvent tour à tour des vents venus de tous les points de l'horizon, était alors plus court que la montée de l'Amazone, entreprise à la faveur du vent alizé qui souffle régulièrement dans la direction de l'ouest". La vapeur, aidée depuis 1867 par l'ouverture du lleuve à tous les pavillons, a fait dans le monde amazonien une révolution
! Statistique de l'Amazone et de ses principaux affluents brésiliens :
Bassin, Débit, Longueur Surface Métres cubes Navigabilité, en kil. en kil. carr, par see, Vapeurs. Barques, Marañon, , , rNteucot vi AUD 1 000 000 20 000 1450 1 800 tin. : . . , + 164 112 400 2 000 1 480 1 600 hate teR \énpuri. + + + 2800 510000 5000 1560 2500 | Rio Negro., , , 1 700 715 000 10 000 726 1 100 Trombetas, .… . . 570 193 500 1 500 50 500 Javary. . . . . 945 91 000 1 200 800 900 Jutahy. . . .. 650 38 500 500 000 600 Juvuñ . . . . . 2000 240 000 2 500 1 500 1 825 \luents du sud. € Purüs . . . . . 5650 387 000 4 000 1800 2500 Madeira,. . . . D 000 12449500 16000 1 060 1 700 Tapajoz.… . . . 1930 430 500 6 000 350 1 400 Xingü. . . . . 2100 395 000 4 000 120 1 500
Eeuve des Amazones. .
dont les conséquences se multiplient d'année en année. La région du haut Amazone, qui se trouvait si éloignée des centres de commerce dans l’intérieur du continent, a été pour ainsi dire reportée sur le littoral océanique, dont les rives du fleuve et celles de ses chenaux latéraux, de ses affluents et sous-affluents, sur plus de 50000 kilomètres, sont devenues le prolongement. En considérant le Brésil entier comme une ile entourée par des eaux océaniques et fluviales, son pourtour est d'environ 22 500 kilomètres, dont 5250 kilomètres, — soit un quart environ, — représentent la partie des eaux amazoniennes, depuis les sources du Guaporé.
Le climat de | Amazonie se révèle par le régime même du fleuve, par les vents qui en retardent le flot, par les oscillations périodiques de son débit, par les alternances de crues et de décrues dans ses affluents. « Équateur visible », comme on l’a souvent désigné à cause de l'orientation de son cours, parallèlement à la ligne équatoriale, qui passe au-dessus de son bassin, des Andes à son estuaire, le courant des Amazones ne sort pas de la zone où les vents alizés du nord-est et ceux du sud-est luttent pour la suprématie, déterminant par leur conflit un climat où se succèdent les phénomènes de l'un et l'autre hémisphère. Que les alizés soufflent du nord-est ou du sud-est dans leur balancement annuel à travers les régions équatoriales, ils prennent toujours le caractère de vent d'aval pour remonter le fleuve en sens inverse du courant, et se font ainsi sentir jusqu'à des centaines de kilomètres dans l'intérieur des terres, D'ordinaire la brise régulière ne pénètre pas au delà de Manaos dans le Solimôes et le rio Negro; plus loin, les vents présentent moins de régularité, détournés de leur voie normale par les foyers d'appel qui se produisent à droite et à gauche, surtout dans les Ilanos du Venezuela et dans les plaines de la Bolivie et du Matto Grosso, où les prairies alternent avec les bois. La rencontre du léger courant d'air qui suit les caux de l’Amazone et de la brise alizée qui passe au-dessus rafraichit l'atmosphère et contribue à donner aux régions amazoniennes une salubrité relative, très supérieure à celle de plusieurs contrées tropicales; les rives des affluents que ne purifie pas le souffle des alizés, sont presque toutes baignées par la malaria. On à constaté que les vents « généraux » ou alizés du sud-est subissent un certain trouble dans l'estuaire. En avril, au commencement de mai, ces vents prévalent du cap Säo Roque à Maranhäo et se propagent rapidement le long de la côte, à la suite du
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CLIMAT DE L'AMAZONIE. 149
soleil qui remonte vers le tropique septentrional. Mais, arrivés à l'embouchure du fleuve puissant, ils s'arrêtent pour un temps ou du moins se ralentissent beaucoup. Peut-être ce délai dans les progrès du vent alizé provient-il de l'obstacle que lui oppose le courant atmosphérique, superposé, pour ainsi dire, au courant fluvial et se prolongeant en mer jusqu’à 20 ou 500 kilomètres au large de l’Amazone. Mais dès qu'ils ont franchi ce mur transversal de la brise amazonienne, les vents « généraux » s'élablissent aussitôt sur toutes les côtes de la Guyane‘. Quelquefois trois mois se passent avant que l’alizé du sud-est ait progressé du cap Säo Roque jusqu'à l'Orénoqne.
Dans le rythme annuel des saisons, la prédominance régulière des vents aliés correspond à la période des sèchercises, dé septembre en. janvier, tandis que les calmes coineident surtout avec les pluies, de février en juillet ct en août. La précipitation aqueuse est très considérable et dépasse probablement 2 mètres dans l'ensemble du bassin: les puissantes averses que les nuées épanchent sur le versant oriental des Andes compensent la rareté des pluies dans les régions des savanes qu’un écran de montagnes défend contre les nues. Souvent des brouillards troublent l'atmosphère pendant la saison des sécheresses. Le soleil se lève dans un ciel pur, mais un voile léger se tend sur l'horizon; il s’épaissit dans l'après-midi et s'élève graduellement vers le zénith; puis il cache le soleil et se maintient pendant une ou deux heures de nuit; quelquefois, au commencement de février, il persiste même durant plusieurs jours sans se dissiper aux froids du matin*, présageant un changement prochain du temps. Du reste, on observe de grandes différences de climat entre les villes du bas Amazone et celles du rio Negro, du Solimôes et du Marañon. Celles-ci, moins exposées aux brises fraîches de la mer, ont une température plus inégale, aux extrêmes plus écartés ; sur le rio Negro, les bateliers ont fréquemment à souffrir des violents orages dits trovôados : pluies et beau temps s'y succèdent sans grande régularité pendant toute l’année. À Parä, les saisons sont beaucoup plus tranchées, et cependant les oscillations de température n'ont qu'un très faible jeu de mois en mois, tandis que sous les climats de l'Europe occidentale elles comportent un écart très considérable®.
Les terres amazoniennes, chaudes et humides, rivalisent par l’immensité
! Lartigue, Instruction nautique sur les côtes de la Guyane française. * Conditions météorologiques de Par, dans l'Amazonie brésilienne :
Températures : Chute Latitude, maximale. minimale, moyenne,” de pluie, ÿ 1 Part, , , , 19,988. 900 220,8 270,29 9"
5 Alfred R, Wallace, ouvrage cité,