‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 69 sur 401 · AS · texte numérisé non relu

AS

D pe on witent “aim:

FLORE DE L'AMAZONIE. 151

l'ile Marajô est aussi occupée par des savanes. À l'ouest, la selve s'agrandit à travers le bassin du haut Orénoque et de ses affluents andins. Les versants orientaux de la Colombie méridionale, de l'Ecuador, du Pérou, de la Bolivie appartiennent aussi à cette mer de végétation arborescente, ainsi que les terres basses parcourues par tous les affluents méridionaux de l’Amazone en aval de leurs cascades, même à une certaine distance en amont, vers les plateaux brésiliens; les grands arbres bordent le courant en rideaux épais, puis les pentes, de part et d'autre, sont recouvertes de prairies, et les hautes terres latérales n'ont d'autre végétation que des arbustes elairsemés'. Le fond de la vallée du Tocantins se rattache également par la continuité des forêts à l’ancien lac où se ramilient les eaux de l’Amazone. Telle région de la selve n’est encore connue du civilisé que par les chemins naturels des rivières et des bayous : le colon ne s’est point encore hasardé sur les pistes des indigènes et des animaux sauvages.

Cependant ce n’est pas du bord des rivières que l’on peut le mieux voir et comprendre la forêt. Les voyageurs qui remontent l’Amazone n'apercoivent guère qu'une muraille uniforms de trones pressés, enchevètrés de lianes, surmontés d’une masse verdoyante continue, dressant en palissade, des deux côtés du fleuve, ses fûts rapprochés et droits comme des jones, engloutis par la base dans l'obscurité, tandis que le feuillage épanoui des cimes s'étale à la lumière. Des bateaux qui voguent au milieu du courant on ne peut distinguer aucune forme précise dans ce rempart de végétation; pour se faire une idée de l'immense variété des arbres et des arbustes que gonfle la sève intarisable de la nature tropicale, il faut pénéter dans un des igarapé lortueux qui se ramifient entre les îlots des mille archipels semés sur Amazone. Penchés au-dessus de la rive se succèdent les arbres les plus divers, dressant leurs panaches, déployant leurs éventails, développant leurs ombelles de feuilles, balançant audessus des flots leurs guirlandes de lianes fleuries.

Dans son ensemble, la flore amazonienne est très distincte de celle du

Brésil proprement dit. Sans doute lune et l'autre possèdent beaucoup

d'espèces en commun, mais les contrastes sont nombreux; malgré le large estuaire de Amazone et le labyrinthe de marécages qui le prolonge au nord, Parä et Cayenne offrent pour leur flore et leur faune de si grandes ressemblances, qu'on peut les considérer comme constituant une même aire naturelle, bien distincte de l’aire brésilienne méridionale,

1 Otto Clauss, Verhandlungen des fünften Geographentages zu Hamburg, 1885.

Ce fait remarquable paraît confirmer l'hypothèse des géologues qui admet tent l’existence antérieure d’un verrou transversal aux eaux de l’Amazone, retenues jadis en une vaste mer intérieure : les espèces provenant des montagnes guyanaises et de leurs pentes se seraient propagées du nord au sud par les terres de Marajé et autres îles qui font aujourd’hui partie d’un archipel et de là auraient pénétré dans l’Amazonie méridionale, Des formes andines, descendant le long des fleuves, se sont entremélées avec celles qui provenaient des monts guyanais'.

Ce monde floral de si vaste étendue présente d’infinies diversités locales suivant la nature du sol, alluvial ou rocheux, de sable ou d'argile, sec ou inondé. Ainsi les berges fluviales de l’Amazone, du Purüs, du Madeira el autres affluents montrent par la différence de leurs végétaux le degré d'ancienneté des apports. Les plages ou igapds les plus modernes, dont la hauteur ne dépasse pas quatre ou cinq mètres au-dessus du niveau des maigres et qui occupent en maints endroits des fonds lacustres de plusieurs milliers de kilomètres carrés, se recouvrent de hautes herbes, de saules et de charmantes cecropias, « arbres à trompettes », aux éventails de feuilles découpées dressées en candélabres. La zone des igapôs anciens se fait reconnaitre de loin par d'autres arbres, dont l’un est le caoutchouquier, siphonia elastica. Plus haut, la bande des argiles et des hautes alluvions, varzea ou vargem, inondée seulement lors des fortes crues, se distingue par des fourrés d'espèces nombreuses, parmi lesquelles divers palmiers. Puis vient la « terre ferme », ancien lit argileux des mers intérieures qui se vidèrent pendant la période moderne : c'es! là que croissent la plupart de ces grands arbres dont le bois dépasse en durée et en beauté celui des premières essences d’Europe*. De même, la végétation des terres défrichées, puis rendues à la nature, contraste toujours avec celles de la forêt vierge.

Les arbres qui se dressent en un mur frémissant au bord de l’Amazone surprennent le voyageur par leur faible hauteur, car, nés sur des rives de formation nouvelle, ils n'ont pas encore eu le temps de grandir comme les géants séculaires de la forêt croissant depuis des siècles. Sur les terres non remaniées par les courants on ne rencontre point, il est vrai, d'arbres atteignant ou même dépassant une centaine de mètres comme en Australie et dans les vallées californiennes, mais on voit des fûts de 90 et de 60 mètres, étalant leur branchage au-dessus de la forêt inférieure,

Von Martius: — Il, Walter Bates, ouvrages cités, 8 Keller-Leuzinger, vom Amazonas und Madeira ; — Bates, ouvrage cité, etc.

99 9p 190$ vç «ed aanbmmuuwos onpdea$ojoud oun saide p oipog op a4narin

"SOVAVK 44 S4Ud4 ‘VUIHOHDVD — “AXKAINOZYKV NOIOAUN VIT AA 49VSAVAd

« comme di blanc » ou 1 des Guyanes «arbre à lai rait être dang mager géant, une circonféi hectares ei de pressant il es choisit souven

zone, se disling complète de ses de brouillard, e mins jonchés di souvenir de là p:

k plupart des gr trelorts extérieur autour de la tige

aient tenir à |

l'ombre entre les parasites à l’écort

branches, projeta,

FLORE DE L'AMAZONIE. 155

«comme dans un autre monde ». Tels sont le moiratinga, | « arbre blanc » ou l « arbre-roi », probablement une variété du mora excelsu des Guyanes; le samauma (eriodendron samauma) et le massaranduba ou <arbre à lait », dont on boit la liqueur, mêlée au café, mais qu'il pourait être dangereux de prendre en grande quantité. Le branchage d’un fromager géant, découvert par Wallis sur les bords du rio Branco, présentait une circonférence de 158 mètres, recouvrant un espace d’environ deux hectares et demi, où vingt-cinq mille individus trouveraient place, en se pressant il est vrai. Une autre espèce de bombax, le monguba, que l'on choisit souvent comme arbre d’avenue dans les villes riveraines de l’Ama-

Page 1