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N° 53. — SELVE AMAZONIENNE

Quest de Paris

Catnges

tone, se distingue de la plupart des essences tropicales par la perte complète de ses feuilles avant le bourgeonnement nouveau. Par les jours de brouillard, ces arbres aux branches nues, s’élevant au-dessus de chemins jonchés de feuilles jaunies, éveillent dans l’Européen du nord le souvenir de la patrie lointaine. Un des traits les plus caractéristiques de la plupart des grands arbres de la selve consiste dans les puissants contreforts extérieurs qui soutiennent le tronc, vrais murs de bois divergeant autour de la tige et formant des réduits où plusieurs personnes pourraient tenir à l'aise. Outre les multitudes de plantes qui croissent à l'ombre entre les piliers massifs, d'innombrables espèces s'attachent en parasites à l'écorce pour monter jusqu'à la lumière, ou croissent sur les branches, projetant vers le sol de longues racines aériennes qui se balan-

cent et s’entremélent avec les lianes montantes, tendant leur réseau infini à travers la forêt sans bornes.

Les palmiers, étudiés surtout par Martius, « leur ami », et par Barbosa Rodrigues, constituent une forte proportion des espèces arborescentes, — plusieurs centaines, — et même en quelques districts sableux et sur le bord des savanes ils composent toute la forêt. En maints endroits une seule forme domine : la gracieuse euterpe oleracea, V'assaï des Brésiliens, abrite toutes les cabanes autour de Pari; sur les bords du Japuri et de l’Iça, un des palmiers les plus communs est le paxiuba (iriarter exhoryza), haut monté sur ses racines divergentes comme des fusils en faisceaux, et dont la chevelure fournit une des matières textiles les plus appréciées pour les étoffes et les cordages; sur le haut Amazone, le barrigoto (iriartea ventricosa) dresse son gros tronc ventru. Le piassaha, qui croit en abondance dans le bassin du rio Negro, fournit des fibres très appréciées par les Anglais pour la fabrication des câbles, et celles du palmier tucum (astrocaryum vulgare), sur le Purüs et le Juruä, s'emploient pour des liens moins grossiers. Les formes diffèrent singulièrement suivant les espèces : les bactris ressemblent plutôt à des jones, et, quoique s'élevant à # ou 5 mètres, ont des tigelles qui ne dépassent pas la gros seur d’un doigt. Un autre palmier se change méme en une plante grimpante : c'est le desmoncus, aux pampres armés de petits crocs qui s'attachent à l'écorce des arbres. Il n’est pas de famille florale qui n'ait des lianes parmi ses représentants. Quant aux fougères arborescentes, il n’en existe pas dans les régions basses de l’Amazonie : on n’en voi que sur les pentes andines ou parimiennes.

La selve élonne le voyageur européen par le manque de fleurs échtantes. Les orchidées à la somptueuse floraison sont rares dans les forêts amazoniennes; pour les trouver, il faut remonter les pentes des monlagnes dans l’Ecuador et la Colombie. Les riches guirlandes de fleurs aux larges corolles, aux couleurs flamboyantes, au pénétrant parfum, ne se rencontrent guère que sur les lisières des forêts, sur les arbres épars au milieu des campos ou sur la pelouse des savanes. Certaines parties de selve manquent aussi de fruits, tandis qu’en d’autres endroits l'Indien égaré les recueille en abondance. Les berges sablonneuses des rivières, bien exposées au soleil, sont garnies de cajous (anacardium oceidentale) dont le fruit casqué, bizarrement désigné par les Français des Antilles sous le nom de « pomme d'acajou », passe pour fort délicat: c'est par le souvenir des récoltes annuelles que l’indigène compte ses pro pres années. Le guajerû (chrysobalanus icaco) des plages maritimes

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