BASSINS DE L'AMAZONE ET DU TOCANTINS
d'affaissements continus du lit marin, les eaux de l'Atlantique aient envahi les terres occupées actuellement par le golfe amazonien, il fut un temps où le Tocantins, communiquant aujourd'hui avec le « Fleuve-Mer » par des bayous de marée, unissait directement son courant au sien par un confluent situé à l’est de l’île Marajé : il était alors un simple tributaire de l'Amazone. D'ailleurs il s'écoule du même versant que les autres affluents méridionaux du grand fleuve, le Xingü, le Tapajoz, et son cours se développe parallèlement au leur. Mais par la région des sources, le Tocantins, naissant au centre même du massif orographique brésilien, confine à d'autres provinces naturelles, les deux bassins du Säo Francisco et du Paranä. Aussi le Brésil, reconstitué sous forme de république fédérale, a-t-il eu l'idée de se donner un nouveau chef-lieu, situé précisément dans cette région faitière, près du lieu de divergence de trois fleuves principaux. Au point de vue purement géométrique, le site choisi coïncide bien avec le centre du territoire; mais, si l’on avait voulu prendre le véritable milieu, c’est-à-dire l'endroit du Brésil autour duquel les populations s'équilibrent numériquement, il aurait fallu le chercher beaucoup plus à l’est, dans l'État de Minas Geraes. On a pensé que dans l'avenir le centre, se déplaçant graduellement vers le Grand Ouest, finirait par occuper le site préparé pour la capitale future, C'est ainsi qu'aux États- Unis du Nord le lieu d'équilibre pour tous les habitants du pays n'a cessé de cheminer de l'est à l’ouest, avec le flot d'immigration, des cités du littoral aux solitudes de l'intérieur.
Ï n'y a point coïncidence entre les limites du Goyaz et celles du bassin dont le Tocantins porte les eaux au golfe de Parä. L'État de Goyaz, dont la superficie est très diversement évaluée, oceupe au sud du faîte des monts Pyreneos une partie du versant méridional ineliné vers le Paranä, et du côté de l’ouest il n'embrasse qu'une moitié de la vallée de l'Araguaya; sa frontière est formée par le fleuve lui-même’, Quant aux contours du bassin d'écoulement, ils sont d’une remarquable précision. Un cirque de forme ovalaire se développe autour des deux branches maîtresses, le Tocantins et l'Araguaya, et se ferme au nord par les seuils de rochers d'où plongent les dernières cataractes du fleuve; sinon des chaînes de montagnes, du moins les escarpements d'un plateau, les renflements du sol, constituent les
! Superficie et population du Goyaz :
Superficie approximative, d'après Wagner et Supan. 747511 kilomètres carrés, Population recensée en 1872. . . . . . . . . . 180000 habitants. » probable en 1897. . . . , . . . , . 250000 ) Densité kilométrique. : . 4... . . . . . 0,35 habitants par kil, carré:
parois extérieures de ce grand amphithéâtre, À l'est surtout, le bord du bassin se redresse en escarpements d’un vigoureux relief auxquels on donne le nom de serras, d'après l'apparence qu'ils offrent vus de l: vallée : serra das Mangabeiras, serra do Douro, serra da Tabatinga, serra do Paranan. En réalité, les hauteurs consistent en chapadôes, fragments d'un plateau de grès, étendues monotones, ayant une élévation moyenne de 400 mètres, auxquelles se superposent de distance en distance des masses cubiques, plus hautes de 80 mètres, et où se creusent quelques dépressions d'égale profondeur, Toute la contrée fut une plaine uniforme, dont les inégalités actuelles sont dues au travail érosif des eaux'. Seulement par une faible partie de son cours inférieur le Tocantins entre dans la plaine alluviale qui prolonge à l'est celle de l'Amazonie. Les régions complètement inconnues de ce bassin oceupent encore une très grande superficie, car les explorateurs, parmi lesquels on doit citer Francis de Castelnau, Couto de Magalhäes, Hassler, Ehrenreich, ne se sont guère écartés du fleuve ou de son voisinage immédiat. Pohl et Natterer ont aussi visité le Goyaz. Au siècle dernier quelques voyages de découvertes avaient eu lieu également, quoique le gouvernement portugais les eût interdits en haine de tout changement. Tavares Lisbao, coupable d'avoir descendu le Tocantins jusqu'à Parä, fut incarcéré avec ses compagnons et n'échappa qu'avec peine à la mort*.
Deux rivières, égales par la longueur du cours et peu différentes par l'abondance des eaux, s'unissent pour former le fleuve inférieur, le Tocantins proprement dit, et l'Araguaya : en France, la Loire et l'Allier présentent un exemple analogue. Entre les deux cours d'eau brésiliens, comme entre les deux rivières françaises, se profilent des hauteurs assez élévées pour prendre en certains endroits un aspect de montagnes cl constituant une île géologique distinete : dans le Goyaz, cette île se compose de roches métamorphiques entourées de grès. Les premières eaux qui alimentent la rivière orientale ou Tocantins, s'échappent d'une vallée d'angle formée par l'arête transversale des Pyreneos et s’assemblent dans un lac paisible, le Formosa, dont l’effluent, coulant d'abord au nord-ouest sous le nom de Maranhäo, se reploie ensuite à angle droit vers le nord-est. Uni au gave des Montes Claros, il prend l'appellation de Tocantins, qu'il gardera jusqu'à la mer, et se mêle à une rivière de force égale, le Parani ou Paranä-Tinga, « Fleuve Blane », qui recueille tous les ruisseaux descendus
1 Otto Clauss, Verhandlungen des fünften Geographentages zu Hamburg, 1885; — Orville A. Derby, À Geographia physica do Brazil.
2 Fr. de Castelnau, Expeditions dans les parties centrales de l'Amérique du Sud.
du v prodt d'eau, vapeu
Marañou : Hum} l'astaza : Maldona Coca-Napo : Gonz (1686); Villavic Muallaga : Maw ( Veayali : Casteln:
davary : Black et Putunayo-tes
(884); Crevaux Purüs : Urbano ({ Elrenreich (1 Rio Negro tupè (800); Spix et
Divers afflu sint orienta verse (652
même la car formant Ja vs le Somninho
dl ol la M'A ns inc des ues me, ulelans ions inde s de uère aussi aient ts en du le ha ppa
ss par ar, le Allier liens, assez nes el comeaux vallée dans ouest d-est.
qu'il arani endus
Ovville
BASSIN DU TOCANTINS.
du versant occidental des monts de Paranan et de Tabatinga. Le courant produit par toute cette ramure de rivières abondantes roulerait assez d'eau, dans un lit assez profond, pour la grande navigation par bateaux à vapeur, si des seuils de rochers ne l'interrompaient de distance en distance.
N° 44, — PRINCIPAUX VOYAGES D'EXPLORATION DANS LES BASSINS DE L'AMAZONIE ET DU TOCANTINS.
Ouest de Paris
Marañou : Humboldt (1802).
l'astaza : Maldonado (1743) ; M° Godin (1769).
Coca-Napo : Gonzalo Pizarro (1540); Texeira (1657); Fritz (1686) ; Villavicencio (1858).
Muallaga : Maw (1827); Herndon (1852).
Ueayali : Castelnau (1846) ; Gibhon (1852).
Javary : Black et Hoonholtz (1874).
Putumayo-lça : Juan de Sosa (1609); Reyes (1874); Simson (1876) ; Crevaux (1878).
Juruä : Chandless (1867).
Caquetä-Japurd : Spix et Martius (1820); Silva Coutiuho (1884); Crevaux (1878).
Purüs : Urbano (1860); Chandiess (1864); Labre (1887); Elrenreich (1889).
Rio Negro-Uaupès-Branco : Santos (1770); Humboldt (800); Spix et Martius (1820); de Bauve (1853);
1000 kil.
BE. Schomburgk (1838); Wallace (1861): Stradelli (1881); Coudreau (1885).
Madeira : Palheta (1723) ; d'Orbigny (1826-1833) ; Castelnau (1845); Keller-Leuzinger (1867); Selfridge (1878).
Trombetas : Barbosa Rodrigues (1867); Coudreau (1884).
Tapujoz : LangsdoriT (1827); Castelnau (1844); Chandless (1862); Barbosa Rodrigues (1872).
Part : Crevaux (1878-79).
Xingü : Adalbert de Prusse (1842); von den Steinen (1884- 1887).
Jary : Crevaux (1878-79).
Amazones : Orellana (1540); Texcira (1637); Fritz (1690) : Condamine (1744); Spix et Martius (1820); Montravsl (1846) ; Azevedo (1862); Agassiz, Hartt (1865).
Tocantins : Castelnau (1844) ; Couto de Magalhäes (1884); Hassler (1886); Ehrenreich (1888).
Divers affluents considérables se succèdent, venus presque tous du ver-
sant oriental, et l’un d’eux, le rio do Somno, provient d’un faîte d’aigueverse (652 mètres) dont les eaux s'épanchent des deux côtés à la fois; même la carte d'Homem de Mello, publiée en 1885, attribue au laguet formant la vasque suprème un triple épanchement, vers le Tocantins par le Somninho et par le Novo, et vers le Säo Francisco par le Sapäo. Après
MAR Die pures
Er7reee
er
eV Eh PE
RPM
la jonction du Manoel Alves Grande, le Tocantins s'ouvre un passage à travers des barrières de rochers, C'est la partie héroïque de son cours par ses brusques changements de direction, ses rapides et ses chutes, Enfin, trouvant au nord un seuil infranchissable, il doit se rejeter à l'ouest et s'unir à l'Araguaya, qui, par l'axe de sa vallée aussi bien que par un débit légèrement supérieur, paraît être la plus importante des rivières jumelles, L'Araguaya naît plus au sud que le Tocantins. Sous le nom de rio Grande, si commun dans la nomenclature américaine, il s'épanche de la serra Cayapé, non loin d'autres sources qui descendent à l'ouest vers le 'araguay. Gonflé par le rio Claro et d'autres affluents considérables, il est déjà de navigation facile avant de recevoir, du côté de l'ouest, son tributaire le plus abondant, le rio das Mortes, appelé Roncador dans son cours supérieur, sur un plateau sans faîte marqué, où les eaux hésitantes serpentent d'un côté vers le bassin du Tocantins, de l'autre vers celui du Paraguay. À l'endroit où le rio das Mortes s'unit à l'Araguaya, ce fleuve s'est déjà dédoublé pour embrasser entre ses deux lits l’île allongée dite du Bananal, qui comprend une Superficie évaluée à vingt mille kilomètres carrés. Cette île des « Bananeraies », qui n’a pas moins de 400 kilomètres du sud au nord, — 510 kilomètres avec les sinuosités de la rive occidentale, — parait être une nappe d'alluvions lacustres : elle à gardé sa parfaite horizontalité, et dans sa partie septentrionale se trouve encore parsemée de marais; même elle est occupée, dit-on, par une vaste nappe d'eau dont l'effluent se déverse dans le bras oriental de l’Araguaya, généralement désigné sous le nom de Braço Menor, à cause de la moindre abondance de sa masse liquide. Au nord de l'ile Bananal, deux autres îles, qui comblèrent
également des bassins de l’ancienne mer intérieure, se succèdent jusque vers le 8* degré de latitude, longeant la serra dos Cayapos, qui se rap-
proche peu à peu et projette des travessôes (entapaivas) ou saillies de rocs éruptifs ou de gneiss à travers le courant. Ce sont les arêtes d’où le fleuve s'épanche en rapides ou en cascades : là commence la descente des plaleaux intérieurs vers les campagnes amazoniennes. Les premières éclusées ne sont point dangereuses pour la navigation, mais le courant devient plus rapide et plus accidenté de cataractes et de remous sur une longueur d'environ 29 kilomètres jusqu'à la Carreira Comprida; dans cet espace l'Araguaya tombe d'une hauteur totale de 25 mètres et demi, soit d'environ mètre par kilomètre. Ici le fleuve tourne au nord-est, formant de moindres bouillons ; puis, très profond, très rapide, resserré à 150 mètres, il passe dans un étranglement de rochers, percés de puits et couverts de sculptures indiennes, dans lesquelles les bateliers brésiliens ont cru
reconn:
tyrios € de la ( égale à longue d'une t emploi ''eprent contre ouest, | Tocanti impose Barras En a rocheus passage par unc uées, ne mars et les hale ayant pi fluvial :
du Toca roche, € où le fl En cet d
voies né
le fleuv total, I le littor:
qu'il lu
cours d
1 Franci
ep à par fin, el ébit rio e la s le est aire
tale, ‘faite
mée dont ment
rent sque l'apr'ocs
euve
space d'en-
ARAGUAYA, 207
reconnaître l'image du supplice de Jésus-Christ : d'où le nom de Martyrios donné à ce passage', La masse liquide est entrainée dans l'étroit de la Cachoeira Grande ou de la « Grande Cataracte », dont la déclivité égale à peu près celle de la Carreira Comprida, soit 16 mètres sur une longueur de 19 kilomètres, Ehrenreich descendit ces rapides dans l'espace d'une heure, tandis que pour en remonter le courant les grandes barques emploient quinze jours et les petites de six à huit. Au delà, les eaux reprennent leur tranquillité, jusqu'à l'endroit où la rivière, se heurtant contre un obstacle de rochers, se rejette brusquement vers le nordouest, et par de nouveaux rapides va rejoindre l'autre grande rivière, le Tocantins : celle-ci, malgré la moindre abondance de sa masse liquide, impose son nom aux courants unis’, Le confluent a pris le nom de « Duas Barras » ou des « Deux Barres », synonyme de « Bec d'Ambez ».
En aval du confluent, le fleuve n’a pas encore fini de traverser la zone rocheuse. De nombreuses travessdes barrent le courant de rive à rive. Au passage des rochers de Tauiry, les eaux descendent de plusieurs mètres par une succession de gradins, que les barques, même faiblement chargées, ne peuvent franchir sans accident, sauf dans la période des crues, en mars et en avril; pendant le reste de l'année, il faut vider les bateaux et les haler de la rive pour surmonter les rapides. Plus loin, d'autres sauts, ayant près de 2 mètres en hauteur totale, interrompent encore le cours fluvial : ce sont les chutes d'Itabôca, les dernières dénivellations brusques du Tocantins. Mais plus bas le chenal reste obstrué par des fonds de roche, et la navigation ordinaire s'arrête devant le fort ruiné d'Alcobaça, où le fleuve n'a plus, en eau basse, que L mètre 10 de profondeur. En cet endroit on ne se trouve plus qu’à 210 kilomètres du carrefour de voies navigables où se joignent le Tocantins et l'estuaire de Parä. Ainsi le fleuve n'offre à la grande batellerie que la dixième partie de son cours lotal, Le Goyaz est donc dépourvu de toute communication naturelle avec le littoral, et c'est par des moyens artificiels, canaux et chemins de fer,
qu'il lui faudra transformer en routes de commerce ses deux puissants cours d'eau, le Tocantins et l’Araguaya. De mème qu'à l’ouest, dans les
! Francis de Castelnau, ouvrage cité, * Paul Ehrenreich, Zeitschrift der Gesellschaft für Erdkunde zu Berlin, 1891. 5 Système hydrographique des deux rivières :
Longueur du cours Superticie du bassin Débit en kilomètres. en kil, carrés, en mèt, cubes par seconde,
Tocantins . . . . . 2 500 475 000 ?
Araguaya . . . . . 2 000 407 750 ?
Fleuves réunis . . . 2 800 882 750 10 000 (?)
régions que parcourent les affluents de l'Amazone, les civilisés brésiliens ne connaissent que le bord immédiat des fleuves : les plateaux intermédiaires sont « terre ignorée » dans presque toute leur étendue.
L'orientation du Tocantins, dans le sens du sud au nord et sur une pente fortement inclinée, donne au Goyaz une grande variété de climat. Des sources de l'Araguaya à l'estuaire de Parä les eaux parcourent dans l'hémisphère méridional 17 degrés de latitude, et l'ensemble de la déclivité comporte environ 800 mètres, entre les seuils les plus bas du plateau et les alluvions de la côte; il dépasse 1200 mètres si l'on prend comme point de départ les rebords abrupts du cirque de montagnes dans la serra Goyana, Tandis que la partie inférieure du bassin reste comprise dans la zone amazonienne et jouit par conséquent d'un elimat maritime, chaud et humide, mais avec de très faibles oscillations diurnes et saisonnières, la région des hauts, formant une espèce de cirque au centre même du continent, présente du froid au chaud des variations beaucoup plus considérables. Les froidures, amenées surtout pendant le mois d'août par les vents du sud, soit l'alizé normal du sud-est, soit le vent du sud-ouest, descendent parfois à plusieurs degrés au-dessous du point de congélation; d'autre part, les ardeurs de l'été atteignent et dépassent même 40 degrés centigrades. L'amplitude des oscillations, très forte d’une saison à l'autre, l’est aussi du jour à la nuit, quand le vent saute brusquement d'un point à l’autre de l'horizon; en moins de vingt-quatre heures on peut observer des écarts de 20, mème de 24 degrés. D'ailleurs, les saisons sont rythmées comme dans les parties moins élevées de la zone tropicale du sud; les pluies, qui commencent à tomber en septembre, inaugurent l'été, qui est en même temps lhivernage de l'hémisphère méridional. La quantité d’eau que reçoivent les hautes vallées du Tocantins ne paraît avoir été mesurée jusqu'à maintenant en aucune station du Goyaz'. On l'évalue à près d’un mètre par an. Pendant la saison sèche les pluies sont remplacées par des rosées très abondantes, qui sufüsent pour entretenir les sources,
La flore, la faune, présentent des variations correspondantes à celles du climat dans la région déclive qui s'étend du plateau central aux plaines basses de l'estuaire amazonien. De ce côté, la selve se développe en une mer continue, sans autre interruption que les rivières et les coulées, tandis qu'en amont, sur les hautes terres, les forêts se font rares; presque
1H. Morize, Esbogo de uma climatologia do Brazil.
loute n'est nomb r'esser misér' abande la for lines sants € les pla resque l'evôtus des fib de trois fleuve, ( une esp grand v ventre, Goyaz,
Les Ir
du pays se sont
groupe il par d'aut de Sûo
l'écart de entre l'A Leur Jan ethnique des noms elassait p on les a :
devoir co autres Gè
! Du tupi brousses perd Hilaire, Voyas
Otto Clau: