CLIMAT, FLORE ET FAUNE DU GOYAZ, INDIENS CAYAPO
toute la contrée s'étale en campos étagés, dont la végétation arborescente n'est représentée que par des toufles isolées, et en catingas où bois aux nombreuses elairières' : dans les terrains les plus fertiles, ces catingas ressemblent à des pares de plaisance; ailleurs elles présentent un aspect misérable et les blanes trouvent qu'elles rappellent de loin des vergers abandonnés, Les pentes qui descendent des plateaux maigrement boisés à la forêt touflue se recouvrent d'une végétation de grandes herbes", Cerlaines espèces du midi indiquent déjà la transition entre les deux versants de l'Amazone et de la Plata, Au sud des hautes croupes ou chapadôes les plateaux sont recouverts par diverses formes d'une plante très pittoresque, la canella de ema (vellosia maritima), monocotylédone aux ramsaux revôtus d'écailles et aux belles fleurs blanches terminales, que protègent des fibres tombantes comme les feuilles de saules pleureurs. Des eaïmans de trois espèces différentes, ainsi que des dauphins, peuplent les eaux du fleuve, et dans ses hauts affluents vivrait, d'après Auguste de Saint-Hilaire, une espèce prodigieuse de lepidosiren, le minhoceo, qui ressemble à un grand ver et qui noierait les grosses bêtes en les saisissant par-dessous le ventre, Les « autruches » de l'Argentine pénètrent jusque dans le sud du Goyaz.
Les Indiens Goyazes ou Guayazes, dont le nom se perpétue dans celui du pays, se sont éteints comme nation distinete et leurs descendants se sont fondus avec des tribus d'origine différente. Actuellement, le groupe indigène le plus considérable est celui des Cayapé, que l'on connaît par d'autres appellations en dehors du Goyaz, dans le Matto Grosso et l'État de Sûo Paulo. Ils seraient au nombre de 12000 individus, vivant à l'écart des villes dans les montagnes, principalement à l'ouest du Goyaz, entre l'Araguaya et le Xingü, et au nord-est sur les confins du Maranhäo. Leur langue, leurs mœurs les ont fait classer dans la grande famille ethnique des Gès, ainsi nommés par Martius à cause de la terminaison des noms appliqués à la plupart des peuplades; cependant ce voyageur classait précisément les Cayap6 dans un groupe différent de celui auquel on les a rattachés depuis. Ils sembleraient, par la forme de leur crâne, devoir constituer une famille à part, car ils se distinguent de tous les autres Gès par une très forte brachycéphalie : en outre, peu d'Indiens
‘ Du tupi caa-tinga ou « bois blanc », ainsi nommé sans doute parce que les arbres de ces brousses perdent pour la plupart leurs feuilles pendant une partie de l'année. (Auguste de Saint- Ililaire, Voyage aux sources du rio San Francisco et dans la vrovince de Goyaz.)
2 Otto Clauss, mémoire cité,
D ee ST en
présentent un type mongoloïde aussi frappant. Frères des Botocudos, les
Cayapô restés indépendants portent le disque de bois ou botoque dans leur
lèvre inférieure; ils ignorent l'usage du hamac et ne se servent point de bateaux pour la traversée des rivières; toutefois ils sont beaucoup plus industrieux que les Botocudos et se montrent fort habiles pour la fabrication de divers petits objets, armes, instruments et parures. Très belliqueux, ils ont souvent guerroyé contre les envahisseurs blancs; mais quelques-unes de leurs tribus, « eivilisées » de force et campées en des villages sous la surveillance immédiate des vainqueurs, ont graduellement dépéri. Le gros de la nation, resté libre, presque ignoré des Brésiliens, ne pourra se soustraire longtemps aux recherches des voyageurs.
D'autres Indiens de mème race, connus par les Brésiliens sous les noms de Chavantes, vivent dans le bassin de lAraguaya, surtout dans les régions que traverse le rio das Mortes : ils se désignent eux-mêmes par l'appeilation d'Akuë, Les Chikriabä des faîtes de partage entre le Paranatinga et le ’aranahyba, les Akroa et les Cherentes du rio de Somno et du Tocantins en amont des « Deux Barres », les Apinagés, sauvages complètement nus qui vivent dans la région des collines entre l'Araguaya et le Tocantins, doivent être considérés comme appartenant également à cette famille, Ce sont des hommes de belle stature, fort bien proportionnés, mais de figure un peu mongole, avec pommettes saillantes, nez aplati, paupières obliques, Ils vivent de pêche et de chasse. Les pacifiques Cherentes du rio de Somno maintiennent de bonnes relations avec les blancs et même ont envoyé plusieurs fois des mandataires à Rio de Janeiro: mais c’est en vain que l'on a essayé “'apprivoiser les Chavantes de l'Araguaya. Ceux d'entre eux qui habitaient les rives de ce fleuve ont disparu, et la colonie que Couto Magalhäes, le savant auteur de l « Homme Sauvage », avait mis tous ses soins à fonder, en 1865, pour en faire un centre d'agriculture et de commerce, ne dura pas longtemps. Les Chavantes se sont cantonnés sur les bords du rio das Mortes, et en 1887 ils ont assailli une troupe brésilienne qui avait tenté l'exploration de la vallée. Couto de Magalhäes affirme, mais sans l'avoir constaté d'une manière positive, que les Chavaates mangent leurs enfants morts, pour se les assimiler de nouveau; c'est aussi pour rester unis avec leurs parents défunts qu'ils les enterrent dans la cabane habitée : ils attendent la nuit l'apparition de ceux qu'ils ont aimés. Dans leurs guerres contre les blanes, Chavantes et Cherentes ont été souvent très dangereux. Castelnau vit à Goyaz un prisonnier cherente qui portait sur sa poitrine près de deux cents cicatrices indiquant le nombre des hommes qu'il avait tués et man-
LRAVA,