‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 101 sur 186 · FLEUVES DE CILICIE. 5S · texte numérisé non relu

FLEUVES DE CILICIE. 5S

laquelle le Pyramus échappe à la région des montagnes. « Les saillants d'une paroi correspondent exactement aux rentrants de l'autre, si bien que, rapprochés, ils se rajusteraient aussitôt ; vers le milieu de la gorge, la fissure se rétrécit tellement, qu'un chien ou un lièvre pourrait la Franchir d'un bond'.» Le Pyramus réunit dans son lit inférieur les torrents de tout le district montagneux qui s'étend à l'orient de l'Anti-Taurus ; mais

ces hauteurs, moins exposées aux vents pluvieux que celles de la Cilicie occidentale, reçoivent une moindre quantité d'eau; aussi le Djihoun, quoique ayant un bassin plus étendu que celui du Seïhoun, lui est bien inférieur par le débit moyen. D'après les ingénieurs qui ont fait les études du chemin de fer projeté entre Mersina et Âdana, il n'aurait guère que le tiers de la portée du Seïhoun*. Cependant le Djihoun est navigable dans sa partie inférieure ; d'après Ainsworth, une barque pourrait le remonter à plus de cent kilomètres de l'embouchure.

vro XU, chapitre 4, édition Amédée Tardîou.

euvcs de la Cilicie :

Longueur àc toan.

Surfute do baitia.

Débit raoTen par MModa.

Cydnu* (Tarsooï-lchaï).

130 kilo[nètrcs.

ilOO kU. carrés

30 mèlres cnbw.

Sarut (Sclhoun). . . .

il 400 M

Piramiu (Djiboun) . .

Depuis les commencements de l'ère historique, les deux fleuves n*ont cessé d'errer dans les plaines d'alluvions qu'ils ont formées à l'ouest du golfe d'Âlexandrette. Actuellement, les bouches du Sarus et du Pyramus sont distantes en droite ligne de 72 kilomètres, mais il ressort des documents anciens que souvent leurs courants se sont unis par une embouchure commune. Depuis vingt-trois siècles, sept grands changements de cours ont eu lieu : trois fois les fleuves se confondirent en un seul lit ; quatre fois ils se séparèrent*; une faible coupure latérale suffirait pour les réunir encore. En errant ainsi à travers la plaine, ils ne cessaient d'ajouter des terres nouvelles au continent. La « plaine des Turcs », Tchoukour ova, et la plus grande partie de l'espace qui se prolonge de Tarse à Sis, à la base orientale du Taurus, sur plus de 100 kilomètres de distance, est leur « présent ». Le promontoire de Kara tach ou la « Pierre Noire », qui sert de point d'appui méridional aux alluvions apportées, est une ancienne île rattachée à la terre ferme ; de même « le jour viendra », nous dit un oracle rapporté par Strabon, « le jour viendra où le Pyramus aux flots d'argent atteindra les bords sacrés de Chypre. » Les vases qui bordent les deux embouchures sont encore indécises entre la terre et la mer; flore et faune rappellent le séjour récent de la vague marine ; les eaux sont remplies de poissons, dont les mouvements incessants se révèlent par les frémissements de la surface liquide ; des myriades d'oiseaux aquatiques, pélicans, cygnes, oies et canards, couvrent les bancs de sable, et d'énormes tortues che-^ minent dans les vases\

Considérée dans son ensemble, l'Asie Mineure est plus froide que les^ presqu'îles de l'Europe sous la même latitude et les températures y sont plus extrêmes. Le contraste s'explique : tandis que l'Espagne, l'Italie, la Thrace et la Grèce sont protégées contre les vents polaires par les Pyrénées, les Alpes, les Balkans, l'Anatolie est partiellement exposée à ces courants aériens, qui ne rencontrent aucun obstacle à travers les plaines de la Russie et l'étendue de la mer Noire. La partie même du littoral de l'Asio Mineure que baignent les eaux du Pont-Euxin fournit un exemple frappant du changement que l'abri d'une chaîne de montagnes produit dans le climat. Ainsi la zone occidentale de la côte comprise entre Constantinople et Sinopc est exposée aux froids rigoureux de l'hiver, aux fortes chaleurs

> P» de Tchihatcheff, ouvrage cité; — V. Langlois, Voyage dans la Cilicie, ' Fr. fieaufort, Caramania ; ^ Burckbardt Barker, Lares and Pénates,

Page 1