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GRECS DE LA CÂPPADOCE ET DU LITTORAL

chants grecs ne sont répétés que par les Tieillards; en mainte famille, les enfants ne parlent plus Tidiome national'; même au commencement du siècle, des communes grecques, ayant perdu leur langue, perdirent aussi leur religion ; M. Karolidis a traversé des villages, jadis de culte et d'idiome helléniques, devenus mahométans aujourd'hui. Il est probable que des conversions du même genre se sont faites antérieurement depuis les premiers temps de l'invasion turque. M. Karolidis ne semble pas même éloigné de croire que les Afchar de la Cappadoce, très différents des Afchar de la Perse, sont en réalité les descendants des indigènes jadis hellénisés; ils ne diffèrent pas des autres mahométans par le langage, mais leurs mœurs rappellent par mille détails celles des anciens Grecs. La décadence de Thellénisme dans les villages de l'intérieur est probablement arrivée à son terme, car ceux des Grecs qui ont gardé leur nom gardent aussi la conscience et la fierté de leur origine réelle ou supposée, et maintenant ils se trouvent en relations directes avec leurs frères, qui les soutiendront dans la lutte pour l'existence.

Quoi qu'il en soit, les progrès de la nationalité grecque dans les régions du littoral sont tellement rapides, que l'on pourrait être tenté de calculer par une règle de proportion en combien de décades l'ancienne Asie grecque, jusqu'à la région des plateaux, sera reconquise sans effusion de sang par la substitution graduelle d'une race à l'autre. La dénomination religieuse est le cadre extérieur de l'envahissante société grecque, mais la propagande dogmatique n'est pas le mobile de cette conquête ; au contraire, les Grecs de l'Asie Mineure, naguère désignés sous le nom général de « Chrétiens », se distinguent rarement par la' ferveur de leur orthodoxie; les prêtres n'ont qu'une faible influence et, sauf dans les villages, ils ne sont guère consultés sur les affaires civiles de la communauté. Le lien des sociétés helléniques est le patriotisme; ils se sentent solidaires des autres Grecs du bassin.de la Méditerranée, indépendamment des limites conventionnelles; s'ils regardent vers Athènes plus que vers Constantinople, on peut dire néanmoins qu'ils voient la patrie, non dans une ville quelconque, mais dans ce flot mobile qui baigne les îles de l'Archipel et qui, d'Alexandrie à Odessa, mouille les plages de tant de colonies grecques. Tous les Hellènes de l'Anatolie sont pénétrés de la « grande idée » et tous connaissent le moyen de l'accomplir. Nul peuple ne sait mieux assurer l'avenir par l'éducation des enfants; à cet égard, leur initiative égale même celle des Armé-

■ G. Perrot, Souvenirs d'un voyage dam F Asie Mineure; — Karolidis, mémoire cité.

niens. Dans chaque ville, les écoles sont la grande affaire. Les négociants, après s*être entretenus du prix et de Texpédition des denrées, discutent les méthodes pédagogiques, apprécient le mérite des professeurs, encouragent le zèle des élèves. Quand un étranger les visite, ils s'empressent de lui faire les honneurs des établissements scolaires et des salles d'asile, ils le prient d'examiner les enfants, de donner son avis sur toutes les questions d'éducation, desquelles dépend l'avenir de leur race. Un point sur lequel tous sont d'accord, c'est qu'il s'agit avant tout de développer dans la jeunesse l'amour de leur nation et l'ambition de sa prééminence. Tous les élèves apprennent le grec ancien et lisent les classiques pour connaître ces temps de grandeur et de gloire qui firent de leurs ancêtres les éducateurs du monde; tous étudient leur histoire moderne et surtout les hauts faits de la guerre de l'Indépendance ; sous l'œil complaisant du Turc qui les gouverne, ils s'exaltent à la pensée de le chasser un jour ; le travail de la reconquête se prépare sur les bancs de l'école. C'est ainsi que s'accomplit peu à peu, pacifiquement, la révolution politique. Pour doter et entretenir les écoles, espoir de la nation, il n'est sacrifice que ne fassent les communautés. De son vivant, maint riche particulier construit des collèges à ses frais et dans les testaments des patriotes l'instruction des jeunes Hellènes n'est jamais oubliée.

Dans ce mouvement de transformation graduelle, les Grecs se sont emparés déjà, au détriment des Turcs, de nombreuses industries et de toutes les professions dites libérales. Dans les villes, ils se font médecins, avocats, professeurs ; comme drogmans et journalistes, ils sont les seuls informateurs des Européens et font l'opinion publique de l'Occident. Pour chaque métier, c'est à leur nationalité qu'appartiennent les meilleurs artisans, et dans leurs demeures on peut voir du premier coup d'œil qu'ils ont conservé de leurs ancêtres le sens parfait de la mesure et du rythme des formes. Malgré les siècles de barbarie et d'oppression qu'a traversés la race, nombreux sont les produits de leur industrie qui pourraient servir de modèles aux objets similaires de l'Europe. Dans les maisons grecques, les boiseries, les plafonds, les parquets sont ajustés avec une précision étonnante et charment les yeux par la discrète opposition des couleurs et le goût des ornements. Dans le port de Smyrne, le bateau du plus humble rameur est un chef-d'œuvre par la solidité de la construction, l'élégance des formes, l'heureuse répartition de tout l'appareil ; à l'enroulement de la corde autour de la proue, on reconnaît que le batelier appartient à un peuple artiste. Ce qu'il faut craindre, c'est que, par amour du changement, l'imitation des Occidentaux ne les entraîne à des écarts de

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