‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 134 sur 186 · GHOR, MER MORTE · texte numérisé non relu

GHOR, MER MORTE

Réglées par le lac de Tibériade, les eaux du Jourdain, que traverse un seul pont, à 10 kilomètres au sud de la mer de Galilée, descendent en serpentines dans une vallée à berges abruptes, elle-même creusée dans une autre vallée, la large dépression du Ghor. En deux endroits seulement, des rapides interrompent le cours du fleuve; mais les barques des explorateurs, tenues par des escouades de Bédouins, ont pu les franchir; l'ensemble de la déclivité fluviale est d'une grande régularité ; la pente, d'environ 200 mètres, se répartit uniformément sur la longueur du cours, qui est de 105 kilomètres. Mais, avant d'entrer dans la mer Morte, le courant s'élargit et se retarde sur les bas-fonds ; il n'a pas même 1 mètre de profondeur sur 75 de large, et son débit moyen est évalué diversement, et sans aucune précision dans les calculs S de 30 à 70 mètres cubes par seconde. A une petite distance en amont de la bouche fluviale, les pèlerins passent à gué le Jourdain et se baignent dans l'eau sacrée, où Jean le Précurseur baptisait les néophytes; mais la tradition diffère pour les Grecs et les Latins : ils ne se font pas ondoyer au même endroit. D'après la tradition, les eaux du Jourdain, comme celles du Gange, étaient tenues pour « incorruptibles »; pour se guérir, les lépreux se jetaient sept fois dans ses eaux. Quelle transformation de la Palestine si le courant de ce fleuve, qui se perd sans utilité dans un lac sans issue, était capté en amont du lac de Génézareth et se ramifiait en canaux d'irrigation au-dessus de la dépression du Ghor !

La mer Morte, ainsi nommée dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, probablement par allusion aux villes que la légende dit être englouties dans ses profondeurs, mérite bien ce nom par l'aridité de ses rivages, par le manque presque complet de vie animale, par la lourdeur de ses vagues, que soulève difficilement la brise, par l'aspect morne de sa vaste étendue, sur laquelle pèse souvent une brume épaisse. Néanmoins l'ensemble du paysage que l'on contemple de ses rives n'a pas l'apparence funèbre que lui prête l'imagination : les escarpements, se di^ssant à pic hors de l'eau bleue en s'élevant par gradins successifs, la forme hardie des crêtes qui se profilent dans le ciel à 1000 ou 1200 mètres au-dessus du lac, la variété de coloris que présentent les roches, du rouge sombre à la blancheur éclatante, donnent au tableau un caractère grandiose, adouci çà et là par le contraste de petits massifs de verdure, saules, tamaris, acacias, qui se pressent autour des fontaines.

La superficie du lac, qui change suivant l'abondance d'eau que lui

* Voir Eugcnio Falcucci, // mar Morto e la Peniapoli del Giordano.

apporte le Jourdain, peut être évaluée en moyenne à 926 kilomètres carres et son altitude oscille entre 392 et 595 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée; depuis le milieu du siècle, le niveau s'est élevé : Tilot de Ridjm-el-Bahr, près de la côte septentrionale, était naguère un promontoire; le chemin qui l'unissait à la rive est maintenant sous ^ea8^ La plus grande profondeur marine, non loin de Tembouchure du torrent de Zerka *Maîn, près de la rive nord-orientale, est de 599 mètres*; l'épaisseur moyenne de la couche liquide est d*environ 350 mètres dans la partie du bassin que limite au sud la péninsule de Lisan, petite chaîne rocheuse qu'un isthme de sable pur rattache à la côte de Moab. Quand les eaux sont fort basses, on peut passer à gué de la péninsule à la rive occidentale; nulle part, le golfe circulaire qui forme Textrémité méridionale du lac n*a plus de 4 mètres de profondeur; ce n'est qu'une nappe d'inondation, prolongeant au sud la cavité qui seule mérite le nom de mer par ses abîmes, par les mouvements de ses ondes et même par ses courants, qui se portent du nord au sud, en suivant le milieu du bassin, et par ses contre-courants, qui refluent à droite et à gauche, parallèlement au littoral'. Au sud, la dépression du Ghor se continue par d'anciens fonds inondés que recouvrent en partie des fourrés de roseaux ; à la base occidentale des monts s'étend une forêt de minces troncs d'arbres serrés les uns contre les autres, « comme les bâtons d'un fagot », s'entrelaçant même et s'entortillant de leurs branches épineuses : dans les clairières, la terre humide et grasse porte des moissons de céréales ^.

La contenance totale de la cavité lacustre peut être évaluée approximativement à 130 milliards de mètres cubes, soit environ deux fois le lac de Genève, bassin auquel la plupart des voyageurs comparent la mer fermée de la Palestine. De même que le lac de Tibériade, celui qu'alimente le Joui^dain s'élevait autrefois à un niveau bien supérieur. Sur tout le pourtour se prolongent à diverses hauteurs des sidd ou des terrasses de galets qui furent évidemment d'anciennes rives et qui renferment des coquillages d'espèces vivant actuellement dans la Méditerranée ; sur les escarpements occidentaux on ne compte pas moins de neuf rivages successifs, dont le principal, en partie composé de strates bitumineuses, continue la plaine du Ghor; le plus haut coirespond exactement au

* Conder, Teni^wark m Palestine.

' Lynch, Expédition to the Dead Sea. D'après Molpeux, la profondeur serait de 411 mètres en cet endroit.

> Vignes, Voffoge d^exploraUon à la mer MorU,

* De Saulcy, Voyage en Terre Sainte

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