‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 146 sur 186 · HAMAH, ANTIOCHE · texte numérisé non relu

HAMAH, ANTIOCHE

sud-ouest (le Hamahy sont les centres religieux de la secte des « Assassins î>.

Au nord de Hamah, la population s'éclaircit dans la vallée, où les marais insalubres alternent avec les gorges d'accès difficile. Les routes d'Alep passent à lest des montagnes bordières de TOronte, sur un plateau faiblement accidenté, dont l'élévation varie de 550 à 400 mètres; les bourgs, entourés de champs de céréales, se sont élevés aux lieux d'étape. Maaralien-Noaman, Sermin, Riha, méritent même le nom de villes; Ediip ou Idlib est une cité prospère, entourée de riches cultures et possédant de grandes savonneries et des ateliers de tissage. Cette région de la Syrie est des plus remarquables par ses restes de l'architecture chrétienne aux premiers siècles. £1-Barah, situé dans le cœur des montagnes, au sud-ouest de Riha, est une Pompéi pour l'étonnante conservation de ses édifices, églises, villas et tombeaux; quelques-unes des maisons particulières ont encore chambres, fenêtres, plafonds et toits, et les inscriptions sont d'une parfaite netteté; les portes sont des dalles d'un seul bloc tournant sur des gonds de pierre*. Dana, sur la roule d'Alep à Antioche, a gardé le plus gracieux tombeau légué par les Romains de Syrie; M. de Vogué a pu en déchifl'rer la date : il fut élevé en l'an 324 de l'ère moderne. Dans le vaste triangle compris entre Alep, Hamah et Antioche, se voient, sinon ce trois cent soixanlecinq cités », comme disent les Arabes, du moins plus de cent villes chrétiennes du quatrième au septième siècle, presque intactes ; sans les secousses des tremblements de terre qui çà et là ont lézardé les murs et fait crouler les voûtes, il ne manquerait aux édifices cpie les charpentes, précieux héritage dont les bâtisseurs des cités modernes ne pouvaient manquer de se saisir. Les autres matériaux, basaltes très durs, qu'on trouve facilement dans les carrières de la contrée, auraient été trop coûteux à enlever.

En aval de la grande percée de l'Oronte et de son détour au nord du Djebel-Kosseïr, une puissante cité gardait autrefois la porte de la Syrie intérieure : Antioche « la belle », la « troisième ville du monde », qui n'était dépassée que par Rome et Alexandrie. Le site était admirablement choisi pour l'emplacement d'une grande capitale. Près de là, à l'angle nord-oriental de la Méditerranée, le golfe de Cilicie avance le plus profondément dans l'intérieur des terres; là se trouve l'endroit précis où se rejoignent trois voies des nations. L'une se dirige vers Constantinople en traversant obliquement la péninsule de l'Asie Mineure; l'autre gagne

' De Vogtié cl Waddington, Syrie centrale, Architeciure civile et religieuse: — Selah Mcriil, Eagt of the Jordan.

rÉgypte el l'Arabie par le liltoral de la Syrie et de la Palestine; la troisième enfin pénètre dans la Mésopotamie par la vallée de TEuphratc, qui, par le travers d'Antioche, décrit un énorme circuit du côté de la Méditerranée. La nature même indiquait en cet endroit la position d'un grand centre de commerce. Antioche fut en effet à deux époques différentes Tune des cités les plus actives pour le mouvement des échanges, pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne et sous la domination des Croisés : alors les caravanes y apportaient les denrées précieuses de l'Inde et des multitudes d'ouvriers y fabriquaient les riches étoffes connues en Occident sous le nom de drap d'Antioche; des marchands italiens s'y étaient établis en colonies. Mais le sol y frémit souvent : nulle cité n'eut plus à souffrir des vibrations terrestres. En l'an 115» le nombre des personnes écrasées par la chute des édifices aurait été de 260 000 : c'est probablement la catastrophe de ce genre la plus meurtrière dont l'humanité ait eu jamais à souffrir. En 585, un autre tremblement renversa la ville, et les survivants essayaient vainement de reconnaître la place de leurs demeures au milieu des décombres. Encore récemment, en 1822, en 1872, des secousses soudaines jetèrent bas une moitié des maisons. Les sièges, entre autres celui de 1098, qui la fit tomber au pouvoir de Bohémond, contribuèrent à changer Taspect de la cité. Aussi la capitale des Séleucides ne garde-t-elle que de bien faibles restes des périodes antérieures; elle n'a guère que son enceinte élevée par les Croisés, — des Normands d'Italie, — et celle-ci même a été partiellement détruite par les Égyptiens d'Ibrahimpacha, qui en exploitaient les matériaux en carrière pour la construction de leurs casernes. La muraille, jadis flanquée de cent trente tours, se développe au bord de la rive gauche de l'Oronle, puis escalade au sud les premières pentes des montagnes où s'élevait une puissante citadelle; l'immense quadrilatère de murs représente un « sépulcre vide; c'est le tombeau d'Antioche, tout ce qu'il renfermait est devenu poussière' w. \jes tours de l'enceinte sont désignées par leurs anciens noms du temps des Croisades, qui rappellent la part considérable que prit Antioche dans l'histoire du Christianisme : c'est là que la religion nouvelle- se constitua en religion distincte. Jean Chrysostomc y naquit; un des quatre grands patriarches de l'église grecque y a sa résidence.

La ville d'Antakieh, située dans l'angle nord-occidental de l'enceinte, au bord de l'Oronte, est comme perdue au milieu des jardins et des vergers : du haut des collines qui la dominent au nord et au sud, elle res-

' Michaud et Poujoulat^ Correspondance dOrient.

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