ALEXANDRETTE, ALEP
pliers*, lui font une atmosphère empestée, mortelle pour les Européens : durant la saison des chaleurs, ceux-ci se réfugient dans la ville pittoresque de Beîlan, bâtie à 500 mètres d'altitude, à mi-pente d'une montagne, que contourne ' une pittoresque vallée franchie par un aqueduc à double rang d'arcades. Un travail urgent serait d'assainir le port d'Alexandrctte, le plus favorablement situé pour devenir le point de départ d'un chemin de fer unissant l'Euphrate à la mer de Cypre; les vents descendus des montagnes voisines s'engouffrent parfois avec fureur dans la rade ; néanmoins elle offre l'abri le moins périlleux de la côte syrienne et les négociants en ont fait choix pour l'exportation des blés provenant des fertiles campagnes comprises entre le Taurus, l'Euphrate et TOronte : dix mille chameaux vont et viennent constamment entre Alcp et Alexandrelte\ Il est vrai que le rempart de l'Amanus sépare la plage d'Alexandrctte des plaines de rOronte, mais le chemin de fer d'Alcp, passant en tunnel au-dessous du col de Beïlan (686 mètres), aurait sur la ligne de Séleucie l'avantage d'être plus court. Un des viaducs de la voie projetée franchirait le « ravin du Diable » à 167 mètres de hauteur au-dessus du torrent. Dans la plaine de l'Amk, la voie se bifurquerait pour aller rejoindre Aïntab par la ville de Killis, entourée d'oliviers.
Alep ou Haleb, la station intermédiaire des caravanes entre le golfe d'Alexandrctte et l'Euphrate, est l'une des grandes villes de l'Asie turque, grâce à sa position au centre de convergence des routes ; elle a do plus le privilège de posséder des eaux courantes ; une large zone de cultures borde les deux rives du Kovcïk ; les jardiniers aleppins avaient jadis presque le monopole de l'exportation des pistaches'. Alcp, l'antique Bérée, qui succéda elle-même à une cité plus ancienne, dont le nom, Khalebon ou Khalebo, se retrouve dans celui de la ville actuelle, eut toujours de l'importance comme entrepôt des marchandises : avant la découverte du cap de Bonne-Espérance et de la route maritime vers les Indes, elle était parmi les cités les plus commerçantes de la Terre. Encore très populeuse au commencement du siècle, elle perdit en un jour, lors du tremblement de 1822, plus de la moitié des habitants. Depuis cette époque la ville ne s'est pas complètement relevée; même elle a décliné après l'ouverture du canal de Suez, qui lui a pris une partie de son trafic. Alcp la « Bariolée » a reçu des immigrants de toutes races et de toutes religions : les deux tiers de la population
* Kotschy, Pelermann^s MiHheHungeriy i865, n* XL
> Valeur de Teiportation d'Alexandrctte en 1882 : 31 250 000 fi-ancs. Mouvement du port : 15000Q tonnes.
* Olivier, Voyage dans V Empire OUioman; — Yolney, Voyage en Êgyple et en Syrie.
700 NOUVELLE GÉOGRAPUIE UNIVERSELLE.
sont musulmans de langue arabe, mais les chrétiens, haîkanes et autres, les Juifs, les Ânsarieh, les Druzes y sont nombreux, surtout dans les fau* bourgs; des centaines de Tcherkesses expulsés de Bulgarie y ont trouvé un refuge. La ville proprement dite, enfermée dans une enceinte de 5 kilomètres, est percée de rues étroites, dont quelques-unes entièrement voûtées par les saillies des maisons opposées qui se rejoignent. Au centre de toutes les constructions, khans des marchands et des chameliers, mosquées h coupoles et à minarets, demeures à fenêtres grillées et à moucharabiés surplombants, se dresse une butte artificielle, haute d'environ 60 mètres, dont les talus très inclinés sont revêtus d'un perré régulier de gros blocs : cette butte porte la forteresse qui résista aux Croisés en 1124. Ruinée par le temps et par les secousses du sol, la citadelle d'Âlep n*a plus aucune valeur militaire, mais elle a toujours grand aspect avec ses larges tours carrées, ses poternes, ses tourelles d'angle et ses bastions. Les casernes fortifiées, construites en dehors de la ville par Ibrahim-pacha, le vainqueur de Nizib, ont remplacé le château d'Âlep comme ouvrage de défense : on peut y loger jusqu'à 10 000 hommes. Dans l'histoire médicale, la cité syrienne est bien connue par la maladie cutanée appelée « bouton d'Âlep ». Ce mal, auquel peu d'habitants échappent, indigènes ou étrangers, et qui attaque même les^ chiens et les chats, n'est point spécial à la ville qui lui a donné son nom; on le retrouve à Orfa, à Bagdad, en beaucoup d'autres villes de l'Orient et surtout au midi de la Perse.
La cité principale dans le haut bassin de l'Oronte est l'ancienne Emesse, dont le nom a été modifié en celui de Homs. De même qu'Âlep, elle naquit du commerce ; en cet endroit se croisent les voies naturelles du trafic, celle qui longe le cours de l'Oronte et la route transversale qui rejoint la Méditerranée à l'oasis de Palmyre et à l'Ëuphrate par la vallée du Nahr-el- Kebir; la brèche que forme la vallée de cette rivière entre les massifs de l'Amanus et la chaîne du Liban indique le tracé d'un futur chemin de fer entre le port de Tripoli et le bassin de l'Ëuphrate*. Pendant le mois d'automne, après la récolte, plus de 10000 chameaux passent sur la route de Tripoli *. Iloms, comme Alep et presque toutes les autres villes de la Syrie situées entre les montagnes et l'Ëuphrate, est dominée par une butte artificielle qui porte d'anciennes fortifications, presque entièrement ruinées. Située à 4 kilomètres à l'orient du fleuve, la cité n'a plus que de faibles restes de ses édifices du moyen âge ; de l'antiquité païenne, elle n'a gardé
< V. Lovett Cameron, Our future Highway,
* SAYOje, Bulletin consulaire français, 8* fascicule» i88ô.
IIOMS, KADECH.
s* IM. — BONS.
Zeïda*
que des fragments de colonnes et n'a pas un seul débris du temple somptueux consacré au Soleil, dont les prêtres étaient rois et qui montèrent avec Héliogabale sur le trône impérial. Homs n'était qu'une petite ville au commencement du siècle*; elle a pris récemment de l'importance comme ville industrielle; elle fabrique, comme autrefois, de belles soies brochées d'or; en outre, elle tisse des colonnades et des étoffes grossières pour la consommation de la Syrie et des Bédouins; les soies grèges qu'elle importait pour ses métiers du Djebel-Ansarieh ne lui suffisant plus, elle en demande à des pays plus éloignés : c'est à l'Egypte, à l'Arabie et à l'Asie Mineure qu'elle envoie presque tous ses produits*. Située sur les confîns du désert de Syrie, Homs est envahie par les Bédouins pendant les jours de marché : nulle ville de Syrie n'est plus intéressante à étudier par la réunion de gens de races et de religions diverses. Aux tribus arabes qui campent dans le voisinage, sont venus s'ajouter récemment des clans circassiens. Au sud-ouest de Homs, et en amont du lac que traverse l'Oronte, l'explorateur Conder a découvert, sur la butte insulaire du Tell-Nebi-Mendeh, de vastes ruines qu'il identifie avec Kadech, la « ville Sainte » des anciens Hittites, où Ramsès U remporta, en loGl de l'ère ancienne, la grande victoire représentée dans le Ramesseum de Thèbes ; le nom de Kadech est encore appliqué à un moulin voisin de la butte. Les marbres ^es temples et des sarcophages ont été récemment brisés
usi de GreenwicH
f : SWOM
10 lui.
* Sectzen, Reiien durch Syrien, Palâslina, etc.
' Population industrielle de Uoms en 1885 : 12 000 personnes.
Wéliei-s 4000
Valeur dc3 produits en francs 9 000000
(Savoye. Bulletin consulaire français.)
764 NOLYËLLE GËOGRAPUIE l'MYEHSELLE.
pour servir à la construction d'une fabrique de sucre*. Près de là s'ouvre un abimc d*où s'échappe Teau jaillissante : d'après la tradition musulmane, c'est de là que s*élancèrent les eaux du déluge ; un tertre quadrilatéral qui se trouve au boni du lac est désigné comme l'arche de Noé'.
ilamah, bâtie à 46 kilomètres au nord de Homs, sur les deux rives de l'Oronte, est aussi d'origine antique; son nom actuel diffère à peine de celui qu'elle portait, il y a quatre mille ans, à l'époque où les Hébreux entrèrent dans la Terre Promise. C'est une ville charmante; vue des hauteurs, elle semble divisée en plusieurs bourgs par des jardins et des vergers, qui serpentent en détroits verdoyants entre les maisons blanches; des bords de l'Oronte, elle apparaît plus curieuse encore, grâce aux terrasses fleuries du rivage et aux énormes roues des norias, dont quelques-unes ont 68 mètres de circonférence; le Nahr-el-Asi coulant entre deux berges élevées, il a fallu recourir à ces lourdes machines pour amener l'eau du « fleuve Rebelle )> au niveau des jardins. En amont et en aval, la hauteur moyenne des rives au-dessus du lit fluvial est de 60 à 70 mètres; aussi l'irrigation est-elle très difficile et les riverains se bornent pour la plupart à cultiver les zhor ou « étroits », c'est-à-<lire les lisières de sol bas qui longent le courant au-dessous des falaises et qui ont, en certains endroits, jusqu'à 500 mètres de largeur : ces terrains d'alluvion, d'une extrême fertilité, produisent des légumes de toute espèce, surtout des oignons, le cotonnier, le sésame ; les terrains de la haute plaine, jusqu'au désert, sont cultivés en orges et en froments, d'une excellente qualité et très recherchés pour l'exportation. L'industrie de Hamah, inférieure à celle de Homs, consiste principalement dans la fabrication d'étoffes de soie et de coton; environ 7)000 tisseurs s'occupent à ce travail, qui représente une valeur annuelle d'un million de francs'. Hamah est devenue célèbre dans l'histoire de l'êpigraphie par des inscriptions que découvrit Burckhardt en 1812, sur des blocs de basalte encastrés dans les murs du bazar; elles sont maintenant au musée de Gonstantinople. Des trouvailles postérieures faites en diverses parties de la Syrie et de l'Asie Mineure ont permis de reconnaître que ces inscriptions hiéroglyphiques, encore indéchiffrées, étaient ducs à ce peuple des Hittites dont la ville sacrée se trouvait au sud, près du lac de Kadès\ Les deux bourgs naguère fortiflés de Massiad et de Kadmous, qui s'élèvent sur des promontoires de la montagne des Ansaryeh, au
* Tawnslcy, Paleniine Exploration Fundy april 188i.
* Condcr, Ueth an'l Moab.
* Savoye. mémoire cité.
* Richard BurUm and Tymhitt Drake, Unexplored Syria,