‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 148 sur 186 · È ^^^MM · texte numérisé non relu

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colonne de 30 coudées de hauteur sur laquelle il mourut se trouvait au

nord d'Anlioche, près des ruines de Kala t-Seman , ou « cliàteaudeSiméon ».

Le porl actuel d'Antakieh est le charmant village de Souedich, situe sur

les pentes méridionales et à la base d'une colline que contourne au sud la

SOUEDIEH, LATAKIEH. 76$>

bouche de l*Oronte; les bateaux, arabes abordent sur la plage à une dizaine de kilomètres au sud du port comblé de Séleucie. La rade, au sud du Rasel-Khanzir, a l'avantage d*étre voisine de TOronte; elle serait le lieu d'exportation naturel pour toute la riche vallée fluviale si la côte y offrait un abri contre les vents. A la base du promontoire calcaire qui limite au nord la plaine basse de TOronte, les anciens avaient creusé un bassin dans la plage de Séleucie, et Ton voit encore les blocs disjoints du môle^; on pourrait déblayer ce petit port, très insuffisant pour le commerce actuel, mais, pour les gros bâtiments que Ton construit de nos jours, il faudrait prolonger les jetées jusqu'à plus d'un kilomètre en mer, et les abords en seraient toujours périlleux. Le port projeté doit se construire en face du hameau de Souedieh, près de la bouche fluviale, et se rattacher à Anlioche par un chemin de fer, récemment concédé. La colline de Séleucie est percée de tombeaux, et l'un des chemins qui se dirigent vers l'intérieur traverse la roche en tranchées et en tunnels : c'est l'un des plus grands travaux de ce genre qu'aient laissés les anciens.

A l'époque où des centaines de milliers d'habitants se pressaient dans les murs d'Antioche, son port le plus actif n'était pas le bassin de Séleucie, aux abords trop dangereux : les navires se dirigeaient surtout vers Laodicée, située pourtant à une centaine de kilomètres vers le sud, près d'un petit golfe tout dentelé de criques : l'une d'elles, partiellement comblœ depuis, était assez vaste et assez profonde pour recevoir de nombreux bâtiments, et du côté du large des môles et des écueils la protégeaient contre la houle. Malgré la difficulté des communications avec l'intérieur, à travers la montagne des Ansarieh, l'ancienne Laodicée, appelée maintenant Latakieh, est l'une des « échelles » d' Alep, et une petite colonie européenne s'y est établie. La ville est bâtie sur une terrasse, à un kilomètre de la ce marine », dont les maisons bordent la plage circulaire. Latakieh fait un grand commerce des tabacs très forts que produisent les campagnes environnantes; ils se distinguent des autres par une couleur noire et une odeur particulière, dues à des fumigations sur des brasiers de bois de cèdre'. Elle expédie aussi des fruits, des huiles, des céréales et du coton. Latakieh est un des ports de la côte que l'on a proposés comme points de départ du chemin de fer de l'Euphrate. Le tracé proposé franchirait à 500 mètres environ le seuil de l'Amanus et traverserait l'Oronte devant la riche bourgade d'Ech-Chougr.

* Ernest Renan, Orif/ineê du ChritlianUme, Saint Paul. ' Léon Metchnikov, Actes manutcriteê.

770 NOUVELLE GËOGRAPUIR UNIVERSELLE.

A peu près à moitié chcmiu de Latakieh k Tripoli, au lar|[e de la cdlc des Ânsarich, s'élève un écucil de 800 mètres de long sur uae largeur de SOO mètres, où se pressent les maisons. C'est l'îlot de Ruad, l'ancienne Arad ou Arvad, qui commandait, il y a quatre mille ans, à tout un

^S5»50 ^S0»/00 n^/OÛM/^Ui

royaume s'étendanl par delà les montagnes jusque dans la vallée de rOronte. Tandis que tant d'autres capitales d'empire ont disparu, Arad existe encore, à peine moins populeuse qu'elle ne l'était aux temps de sa gloire, mais elle n'a d'autre industrie que la pêche des éponges et ne possède point de monuments, si ce n'est les dcbiis de ses murs phéniciens.

LATAKIEH, RUAD, TOitTOSE. 771

com]>osés d'énormes blocs reposant sur des roches taillées'. Autrefois, la ville, trop à l'étroit sur son rocher, avait dû prolonger au loin ses quartiers sur le littoral, et l'on voit encore. les ruines de ces « filles d'Arad » sur un espace continu de plus r* m. — >»d r tmiom.

de quinze kilomètres ^

Le quartier du nord prit le nom d'Antaradus ou « Contr'Arad » c'est la ville devenue célèbre au moyen âge sous le nom deTortose, la forteresse qui résista victorieusement à Saladin en H88 et qui fut la dernière place du continent évacuée par les Croise<: en i29i, quand ils se retirèrent à Cypie La puissante forteresse et les murailles de Tortose sont construites en gros blocs ayant sans doute appartenu à des monuments phéniciens. Mais tous les restes de l'architecture aradile n'ont pas complètement disparu. Dans l'un des quartiers méridionaux de la Ruad continentale, é^^ ^^ ^^

Marathus, désignée de ûra^s^ ^,^^^~, ^/o^ar/i

nos jours sous le nom > '■ ■

d'Amrit, se trouve un

monument que l'on croit être te plus ancien de toute la terre de Canaan el le seul temple sémitique encore facile à reconnaître : les gens du pays l'appellent fort justement El-Maabcd, c'est-à-dire le « Sanctuaire ». Ce temple s'élève en forme de cube sur une cour carrée taillée dans le roc

\ Renan, Miuion en Phinicie.

T,i NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

et jadis partiellcmeot emplie par les eaux d'un étang sacre oh dottaîl une «arche » semblable à celle des Hébreux*. D'autres débris phéniciens se voient dans la plaine aradite ; sur les hautcui-s, les routes sont commandées par de fières citadelles, telles que Safila ou le Chastel Blanc, que se disputèrent les Croises et les Sarrasins. Une des terrasses de cette région des montagnes porte les restes gigantesques de Hosn-Souliman, l'enceinte

sacre'e la mieux conservée de la Syrie ; c'élaît un liaram comme celui du « Sanctuaire Auguste >> de Jérusalem; le lemple qu'il enfermait éuit consacré à Jupiter BaotccélienV La puissante forteresse de Kalal-el-Hosn, appelée le Krak par les historiens des croisades, commandait !es passages de Nahr-cl-Kcbir à l'occident de Iloms. Au nord de Tortosc, le chemin du rivage était commandé par le cliàlcau de Margat, le Margab de nos jours, qui appartint aux Francs de 1140 à 1285. Tous ces châteaux ont été en

' Villes princijntcs de la Syrie soplenlrionalc, a

Alep. on 187*

Ilainah (Savoyc) .......'

Aiibkivhou Aniioche (Séjourné).

EJlip (Cameron) .

64 000 hall 30 000 >^ SOOOO I sa 000 »

SOOOO j.

rec leur population iipproiimativc :

Latakieli (Lorlcl) liOOOhib.

Alcundretlo 10000 >

Killis . 9 000 I

Riha 5000 *

Ruad (Rcn

' G. Rey, Ettai géographique tur le nord de la Si/rie; Nota manmcriUt,

TRIPOLI. 7tt

grande partie construits par des maçons d'Europe; les marques pour l'appareillage des pierres sont presque toutes des lettres latines'.

Taraboulous ou Tripoli, une de ces n triples cités « qui s'élevèrent en

ZV^-J""J a^SJ'/O'" t^i-iSiPS-" i/reS*50n. ^rSOt„.^e't

diverses parties du monde ancien, est le port du Liban scplenErional, en même temps que l'échelle de Iloms et de llamali, sur le haut Oronte. A l'époque phénicienne, elle fut le comptoir commun des trois villes Tyr, Sidon, Arad ; de là son nom, qu'elle mérite actuellement d'une autre manière. Elle se compose de trois parties distinctes : le château de Sandjil

* G. Rev, MoniiiueiiU de l airhilccttire

776 NOUVELLE GËOGHAPHIE UNIVERSELLE.

OU « Saint Gilles »\ ancien palais des comtes de Tripoli, qui se dresse sur la colline au-dessus de la sinueuse et verdoyante vallée du Nahr-Kadicha; la ville haute, le ce Mont Pèlerin des Croisés », qui occupe, sur la rive gauche du torrent, la terrasse la plus avancée des contreforts du Liban ; la ce Marine » ou El-Mina, bâtie à â kilomètres au nord-ouest, sur une étroite péninsule où se voient des restes de fortifications du moyen âge. Quelques écueils, à 500 mètres de la côte, sont les débris d'un môle, le Bakar, qui protégeait autrefois le port contre les vents redoutables de l'ouest et du nord : rompu sur plusieurs points, ce brise-lames ne défend plus le mouillage, et des naufrages ont fréquemment lieu dans la rade quand souflle Faquilon. Au temps des Croisés, Tripoli, qu'occupaient des Languedociens et des Provençaux, était le centre principal du commerce de l'Occident sur les côtes syriennes ; quatre mille métiers y battaient pour la fabrication des étoffes de soie et des camelots ou tissus en poil de chameau; on y coulait le verre, on y entreposait les denrées précieuses qui rendirent le nom d'Orient synonyme de ce région des Trésors » : c'est de là que la canne à sucre fut transportée en Sicile, d'où elle se propagea en Andalousie et dans le Nouveau Monde. Tripoli, ville savante, dont les Croisés, dès leur arrivée, avaient commencé par brûler la bibliothèque, devint une grande école de science pour les Occidentaux; Arabes, Nestoriens, Jacobitcs y enseignaient la philosophie, l'histoire, la médecine. De nos jours, la ville syrienne n'a plus d'université, mais comme place de trafic elle s'accroît rapidement. Désignée comme terminus futur de la voie ferrée qui franchira la crête de partage à 555 mètres d'altitude et se dirigera vers Alep par Homs et Hamah, Tripoli reçoit déjà de ces deux dernières villes, par convois de chameaux, plus de vingt mille tonnes de marchandises*. Elle expédie des soies grèges et des étoffes grossières, des oranges exquises, du tabac, des vins renommés qui proviennent des campagnes d'El-Mardj, entre les deux cités, et fabrique des savons, qui sont expédiés principalement à Cypre et dans l'Asie Mineure. Tripoli et le petit port de Batroun, au sud-ouest, recueillent les éponges les plus fines de la côte syrienne, et la pêche y prend d'année en année une plus grande extension. Les initiateurs de cette industrie nouvelle étaient des Grecs de l'Archipel, mais leur nombre est réduit actuellement à quelques équipages : les pécheurs syriens sont devenus aussi habiles que leurs maîtres et ont sur eux le privilège de se trouver dans le voisinage immédiat des lieux de

' G. Rey, Les Colonies franquci de Syrie aux douzième et treizième siècles. ' Savoye, Recueil consulaire français y 8' fascicule, 1885.

TRIPOLI, BATROUN, DJEBAÏL, BEIROLT. 777

pêche ^ La situation de Tripoli, à proximité de la (c vallée Sainte », des bourgs maronites d'Ehden et de Bcharreh, et du plateau des Cèdres, augmente aussi le mouvement des voyageurs étrangers. Jadis ils traversaient rapidement la plaine de jardins qui sépare la Marine du « Mont Pèlerin », craignant les miasmes des marécages, mais une meilleure distribution des eaux a rendu la campagne moins dangereuse.

L'ancienne Botrys, Tel-Batroun de nos jours, n*est plus qu'une pauvre bourgade de pêche. Djebaïl, qui fut le Gebal des Hébreux et le Byblos des Grecs, est aussi bien déchue, et ne remplit qu'une faible partie de l'enceinte carrée qu'avaient construite les Croisés. Byblos, la « Ville Sainte», où l'on adorait Baalat, c'est-à-dire la <c Dame » et où naquit le dieu Tammouz, le «Fils de la Vie », l'Adonis des Grecs, est l'une des plu3 an- <;iennes villes du monde; elle avait précédé Tyr et Sidon, et son antiquité même en fit la sainteté. Un petit havre, n'ayant guère qu'un hectare de superficie, s'arrondit au devant de la ville, protégé des vents et de la houle par un môle dégradé. Djebaïl, dont tous les monuments antiques furent méthodiquement détruits par les chrétiens, n'a plus que des ruines du moyen âge, mais les rochers des environs sont taillés à vif en vastes né- -cropoles; quelques sépultures sont des caveTnes naturelles, fermées par de larges dalles sans inscriptions ni ornements. On voit encore dans le rocher l'ancien lit creusé pour amener à Byblos les eaux du fleuve sacré d'Adonis, le Nahr-Ibrahim des Arabes*. Les campagnes de Djebaïl produisent un tabac renommé, que l'on envoie à Latakieh pour lui faire subir la dernière préparation. Au sud, les riches vallées maronites du Kesrouan expédient une partie de leurs denrées par la baie de Djouni.

Beïrout, la cité la plus commerçante et la plus populeuse du littoral syrien, et l'une des belles par son admirable panorama, « qu'il faudrait citer à côté de ceux de Naples et de Constantinople', est aussi d'une haute antiquité : c'est la Béryte des Phéniciens, fondée par le dieu El le même jour que Byblos. Elle fut la première que le Temps, créé avec elle, ait vu paraître sur la terre; c'est la racine de la vie, la nourrice des cités, la reine primitive du monde*.... » La ville phénicienne et romaine se trou- Tait plus à l'orient, près de la rivière appelée de nos jours Nahr-Beïrout ;

* Industrie des éponges à Tripoli et k Batroun en 1874 :

300 bateaux ; yaleur des produits : 600 000 francs. Valeur des éponges apportées à Beïrout en 1880 : â 000 000 de fr.

(Lortet, La Syrie (TauJotmThuiJ) ' Renan, Mmion en Phénicie, ^ Fr. Lenormant, Exploration, 15 juin 1885. -^ Nonnos, Dyonisiaqnes, chant 41 .

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