‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 31 sur 186 · IX · texte numérisé non relu

IX

Des traditions unanimes donnent à d'autres tribus baloutches. — de même qu'à des familles brahoui *, — l'occident de l'Asie pour lieu d'origine; elles seraient venues de la Syrie ou de la péninsule Arabique, vers le temps du Prophète, disent les uns, beaucoup plus tard, suivant d'autres; diverses tribus ai*abes des environs de Damas et d'Alep porteraient les mêmes noms que des clans baloutches du Mekran et de Katchi-Gandava^. D'ailleurs la plupart des Baloutches ne paraîtraient nullement dépaysés au milieu d*Arabes. Si ce n'est sur les plateaux, presque tous sont très bruns; ils ont le regard perçant, le front haut, la figure allongée, la chevelure et la barbe abondantes; maigres et vifs dans leurs mouvements, habiles à tous les exercices du corps, ils seraient de parfaits Bédouins dans les déserts de Syrie ; nombre d'entre eux se livrent aussi au brigandage. La langue des Baloutches est un dialecte très rapproché du persan moderne, mais dont tous les mots sont altérés par une prononciation bizarre, bien différente de celle des Iraniens ; les expressions relatives à la religion sont empruntées à l'arabe et celles du commerce et des métiers viennent des idiomes hindous. Quelques chants, des récits d'exploits, répétés de mémoire par des chanteurs itinérants, composent toute la littérature nationale ; l'idiome usuel de la cour est le leur, mais la langue écrite est le persan.

La religion des Baloutches est le mahométisme sunnite; seulement sur la frontière persane, quelques clans, devenus chiites, sont les âpres ennemis du gros de leur nation. Autrefois il eût été plus dangereux à uù Persan chiite qu'à un chrétien de traverser le Baloutchistan'. Gomme les Afghans, les Baloutches se divisent en un grand nombre de kheil, qui parfois changent de nom aussi bien que de résidence : on les désigne soit d'après leurs ancêtres, soit d'après la province qu'ils habitent, soit aussi d'après leurs mœurs ou quelque trait saillant de leiir histoire. La nomenclature des tribus diffère chez presque tous les voyageurs, mais les grandes divisions naturelles correspondent au milieu géographique. I^s Baloutches des terres hautes sont désignés en masse sous le nom de Nharoui, tandis que ceux de la plaine basse, dans le Katchi-fiandava, sont des Bind ou « Braves» et des Maglisi ou Moghasi ; mais ceux-ci peuvent être déjà considérés comme appartenant à une nation distincte par l'effet des croisements et des mœurs. Ils ne parlent plus haloutche, leur idiome est le djatki, forme du sindi employée par la grande niasse des Djat cultivateurs. Tandis que, parmi les Baloutches, les uns habitent des ghedan ou tentes de feutre noir, les

* Hart, Journal of the Àsiatic Society of Bemjai, 1841.

« Kiiiil Sohlajîinlwiil, AusiamL 1870 ; — II. Green, Journal Officiel, 25 février 1877.

^ II. Pottiii^'er, Travelê in Beloochittan and Sinde,

In lia 1. Sirouy, d'iprte une pholognphlt de U. Burke,

BÀLOUTGHES ET BRAHOUI. i25

autres se bâtissent des cabanes ou même habitent des espèces de forts en pisé. En maints endroits un même groupe de familles possède les trois espèces de demeures.

Dans certaines régions du plateau, les alliances et les croisements ont confondu les races, et de nombreuses familles, même des tribus, forment une classe médiaire entre les Baloutches et les Brahoui. Ceu^-ci sont à l'état le plus pur dans la région centrale du Baloutchistan, surtout dans les provinces de Sarawan et de Djalawan; le territoire occupé par les Baloutches se développe en demi-cercle à l'ouest, au nord et au nord-est du pays qu'on pourrait appeler le « Brahouistan. » D'après Masson, les Brahoui auraient pénétré dans le pays par la direction de l'ouest, et leur nom même, Ba-roh-i, « Venus du Désert », indiquerait leur origine occidentale* ; les plus purs sont les Mirvari, sur les confms du désert de Karan. Cependant, à en juger par la situation centrale qu'ils occupent sur le plateau, il est à croire qu'ils sont indigènes ou du moins les habitants les plus anciennement établis dans cette région du plateau iranien : ce sont probablement les descendants des Gédrosiens rencontrés par Alexandre. Leur langue, très différente de celle de toutes les populations qui les entourent, a bien reçu dans son vocabulaire un très grand nombre de mots persans et quelques termes hindous et pouchtou, mais le fond de l'idiome offre de si frappantes ressemblances avec les parlers dravidiens qu'on doit les classer dans la même famille : l'analogie se retrouve surtout entre le brahoui et le langage des Gond, dans les régions montagneuses du centre de l'Inde. D'après la langue, qui d'ailleurs ne possède aucun monument écrit', il est donc probable que les Brahoui sont un reste de ces antiques populations dravidiennes qui, avant l'arrivée des Aryens, occupaient toute la péninsule Gangétique, une partie de l'Iran, et se rattachaient peut-être aux populations ouralo-altaîques : l'invasion des conquérants iraniens les refoula dans les régions montagneuses et les isola les uns des autres'.

L'aspect physique des Brahoui justifie cette hypothèse des philologues. Ne ressemblant ni aux Persans ni aux Arabes, ils ont en général le visage beaucoup plus rond et plus aplati que les Baloutches, la taille plus ramassée, les os plus gros et plus courts; ils ont surtout la peau plus noire; on ne voit point de blonds parmi eux comme parmi les Baloutches. Non moins hospitaliers que les autres habitants du plateau, ils sont plus véridiques, moins portés à la vengeance, à la cruauté, à cette avarice, qui est le vice

* Jaumey to Kalai,

* Bellew, From the Indiu to ihe Tigrit.

* Chr. LAssen, Induche AUerîhunuittndê.

196 NOUVELLE GÉOGRAPUIE UNI.VERSELLE.

dominant des Baloutchcs, ayant toujours Tair « bcsoigneux et aflamé ». Très laborieux, les Brahoui se détournent rarement de leur travail pour se livrer à des guerres de clan, et quand les disputes éclatent, ils se laissent aisément persuader par leurs femmes à conclure la paix. Celles-ci sont très respectées, et si Tune d'entre elles venait à être tuée dans un combat, les Brahoui des deux partis opposés y verraient une calamité publique. Ces tribus laissent aussi à leurs fils et à leurs filles quelque initiative dans la recherche de Tépouse et de Tépoux, tandis que chez les nobles Baloutches le fils, fiancé d'avance par ses parents, n'a pas même le droit de voir sa future. Chez eux, la simple promesse faite par les familles est réputée engagement d'honneur. Le fiancé qui meurt avant la célébration des épousailles est immédiatement remplacé par son frère cadet*. Dans le pays brahoui, des buttes ou tcheda sont érigées sur les tombeaux des morts au bord des routes, et des cercles de pierre ou tchap rappellent les mariages célébrés dans les tribus nomades ; un bloc dressé au milieu du rond indique l'emplacement où se tenait le musicien de la noce*.

Subordonnés politiquement aux Baloutches et aux Brahoui, dominateurs du pays, les habitants des villages et des bourgs, connus d'ordinaire sous le nom de Dehvar ou Dekhan, c'est-à-dire ce Paysans », sont en réalité des Tadjik, comme ceux des villes afghanes et du Turkestan : ils parlent le persan et leur type physique ne diffère point de celui que présentent leurs frères de race. Très pacifiques, ne protestant jamais contre les violences et les abus d'autorité dont ils ont à souifrir de la part des conquérants du pays, ils ne demandent qu'à vivre tranquilles, à s'occuper en paix de leurs métiers ou de la culture du sol ; leur race s'est maintenue pure dans la plupart des provinces, les mariages entre Dehvar et femmes des tribus conquérantes étant interdits par la coutume. Dans le voisinage du littoral, notamment dans la province de Las, limitrophe du Sind, ^e sont des Noumri ou Loumri, parents des Djat de THindoustan, qui exploitent le sol et exercent les industries. Comme les Baloutches, ils se divisent en un grand nombre de klieil, provenant des diflereilces de l'occupation et du séjour, mais on reconnaît facilement qu'ils appartiennent tous à la même famille ethnique et les dialectes qu'ils parlent se rattachent à l'idiome djatki : ils représentent un groupe intermédiaire des Iraniens aux Hindous. Même pour la religion on remarque de l'une à l'autre nation des transitions bizarres ; c'est ainsi que dans certaines tribus Mahomet est Ténéré comme

< H. Pottinger, ouvrage cité.

* Bellew, ouvrage cité.

POPULATIONS Dl) BALOUTCHISTàN.

la dixième incarnation de Vichnou. En outre, des Hindous proprement dits, Baniah du Goudzerat et de Bombay, ou bien Moultani, Chikarpouri, Marwari, forment une part considérable de la population des villes et

- MMUTNaa vu ■lunTGitBTin.

E^ un M

c'est par leur entremise que se fait presque tout le commerce du pays. Quelques tribus d'Afghans sur la frontière, dans le voisinage de Kwatah, des communautés d'Arabes sur le littoral du Mekran, des groupes de guerriers kourdes amenés à cinq cents lieues de leur pays par les aventures de la guerre, enfin des esclaves importés de Hascale et pour la plu-

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part nègres ou croisés de sang noir, sont également au nombre des résidents de diverses races vivant sur le territoire baloutchc. Mais il s'y trouve aussi de purs nomades, parlant une langue spéciale, les Louri, qui ne diffèrent en rien des Tsiganes de l'Eiiropc danubienne. Grands musiciens, ils parcourent le pays en faisant danser des ours «t des singes, dressés à de grotesques gambades. Chaque bande, commandée par un c< roi », a son diseur de bonne aventure qui prétend connaître les secrets de la magie et qui prédit le sort par l'étude des mains, par la combinaison des nombres et la disposition des figures que le sable dessine sur une plaque vibrante : c'est grâce à cette divination que les Louri réussissent le plus souvent à s'introduire dans les familles, pour y voler, dit-on, soit des objets précieux, soit des enfants; car, au Baloutchistan comme en Europe, l'opinion populaire accuse ces nomades de toute espèce de crimes aussi bien que de maléfices \

Quant aux dominateurs politiques de la contrée, les Anglais, ils ne sont représentés dans le territoire de leur vassal, le khan de Kalat, que par un bien petit nombre de personnes. Leurs sujets et protégés de diverses nations sont nombreux dans le pays, mais les maîtres eux-mêmes ne se montrent que rarement sur le plateau, en dehors de la capitale et de leurs places fortes de Kwatah et de Khozdar. On ne les voit guère que dans les terres basses du Katchi-Gandava, aux abords des cantonnements militaires et de la voie ferrée, et dans les bourgs du littoral où se trouvent des stations du télégraphe continental.

Plusieurs des provinces dans lesquelles se divise le Baloutchistan ne sont habitées que de nomades et les « villes » n'y sont que des groupes de tentes. Les villages et les bourgs composés de véritables maisons ne se trouvent que dans la partie orientale et dans les districts méridionaux.

Les Anglais n'ont pas daigné établir leur place .de guerre dans le voisinage de la résidence. Sûrs de leur pensionnaire de Kalat, qui n'a point d'armées à ses ordres et ne commande qu'à des tribus sans cohésion politique, ils tenaient surtout à surveiller la frontière afghane et la route qui mène de Ghikarpour à Kandahar. La ville de Kwatah (Quettah, Kot, Ghal, Chal-kot), occupée par un détachement de l'armée des Indes, est

« II. Pollinger, ouvrage cité.

KWATAH, KâLâT. iSO

située dans un bassin appartenant autrefois à l'Afghanistan et qui se trouve actuellement à trente kilomètres à peine du ruisseau formant la limite oflicicUe du territoire baloutche ; c'est au pied de la citadelle qu'aboutissent les deux routes de l'Inde par le défilé de Bolan et de Tchapar, et celle qui vient de Kandahar par le col de Khodjak; en outre, des chemins faciles mènent au sud vers la capitale du khanat. Il est donc naturel que le khan de Kalat, puis ses protecteurs les Anglais, aient fait choix de ce point stratégique, le Chai des Brahoui, pour y établir un kot ou kwatah^ c'est-à-dire une forteresse : des tours, qui se voient çà et là, à l'entrée des cluses de montagnes, témoignent de l'importance que les anciens conquérants du pays attachaient à la possession de ce district. Une ville, relativement considérable, puisqu'elle se compose de plus d'un millier de maisons, s'est fondée sous la protection du fort. Kwatah, peuplée principalement d'Afghans, de Brahoui et d'Hindous, offre aux Anglais des avantages spéciaux comme station sanitaire : située à 1700 mètres d'altitude, elle se trouve, pour ainsi dire, ramenée vers une zone tempérée correspondante à celle de l'Europe occidentale ; sur les prairies herbeuses qui s'étendent à perte de vue autour de Kwatah, les soldats ont tout l'espace nécessaire pour se livrer à leurs jeux athlétiques. Mastang, la ville d'étape entre Kwatah et Kalat, a le même climat que la place forte anglaise, et les eaux d'irrigation dont elle dispose sont mieux utilisées. Elle est complètement entourée de jardins et de vergers, produisant les meilleurs fruits du haut Baloutchistan ; ses raisins surtout ont une grande réputation.

Kalat, c'est-à-dire le ce Château » par excellence, doit au choix qu'en a fait le khan comme capitale de son royaume, d'être devenue la ville la plus populeuse de tout le pays baloutche. Elle possède en eflet de très grands avantages, puisque sa position sur le versant d'un faite élevé lui permet de commander les routes de l'Inde, de la mer, des frontières persanes et de l'Afghanistan; mais ces privilèges militaires sont achetés par un climat beaucoup plus rude que celui des vallées environnantes. Bâtie à l'extrémité d'une chaîne de ifnontagnes rocheuses, Kalat est exposée à toute la violence des vents du nord et la neige y recouvre le sol pendant plus de deux mois ; le froment et l'orge y mûrissent plus tard que dans les Iles Britanniques, quoique à 25 degrés plus près de l'équateur. Dans la plaine qui s'ouvre au nord-ouest et dont les eaux s'écoulent vers la Lora de Pichin, une source d'eau pure et très abondante, qui jaillit près de la nécropole royale, arrose les jardins de la cité et met en mouvement les aubes de ses moulins. D'après Pottinger, qui vante la source de Kalat comme la o. M

ISO NOUVELLE GËOGRA.PUIE UNIVERSELLE.

plus forte qu'il ait jamais vue, l'eau en serait plus froide pendant le jour que pendant la nuit. Dans le voisinage de la capitale actuelle du Baloutchistan se voient les ruines informes de trois antres cités considérables,

prouvant que depuis un temps immémorial cette région du plateau eut toujours une grande importance.

Au sud-est de Kalat commence une autre vallée qui deviendait tributaire de E'Indus, par le délîlé de Moula, si les eaui y coulaient en abondance; les ruines d'une cité, comme on en rencontre si fréquemment 4ans le khanat, s'élèvent près de l'origine du ravin et la paroi d'une roche

ZEHR, GAIfDAVA. 135

voisine porte une inscripUon grecque. Une YÎIIe moderne, Zchr ou Zcrhi, entourée d'un rempart de terre et construite, comme Kalal, en briques à demi cuites retenues par un cadre en charpente, donne son nom à l'une des vallées latérales de la Moula et à la tribu dcfirahoui qui l'habite. C'est

la ville principale que traversent les voyageurs sur la roule de l'Inde. A l'issue de la gorge, là où les eaui du torrent se ramiGent en canaux d'irrigation au milieu des jardins, s'élève Gandava, le chef-lieu de la province de Katchi-Gandava; elle a pris une certaine importance comme lieu de garnison anglaise et comme résidence d'hiver du khan. Autrefois la ville la plus populeuse de la plaine était la cité de fiagh ou « Jardin », au

nord-est de Gandava, dans une oasis de palmiers limitée à Test par le désert. Bagh possédait le monopole des mines de soufre exploitées dans les montagnes voisines^ non loin du bourg de Ghoran. Au nord de la plaine, Dadar et Sibi sont les stations terminales du chemin de fer de Tlndus aux monts afghans.

Grâce à la voie ferrée de Tlndus et à son embranchement dans la plaine de Katchi-Gandava, Kalat et tout le Baloutchistan du nord communiquent maintenant avec la mer par le port de Karatchi. La route directe de Kalat à Sonmiani est délaissée comme trop pénible, à cause du manque d'eau ; dans cette longue descente d'environ 550 kilomètres, les caravanes ne trouvent que six endroits où les sources coulent avec assez d'abondance pour qu'elles ne les tarissent pas au passage ^ Khozdar, une de ces stations, où les Anglais entretiennent une petite garnison de cipayes pour commander la descente du seuil de Moula, n'a déjà plus le climat du plateau; située à 1200 mètres d'altitude, elle est entourée de jardins où croissent des palmiers et d'autres plantes du littoral, et sa population, composée en grande partie d'Hindous, est aussi d'origine méridionale. Les mines de plomb et d'antimoine qui se trouvent à l'ouest de Khozdar, près de Sekran, ne sont plus exploitées. De vastes ruines, des amas de décombres, des restes de tours ghar-bastas ou « palais d'infidèles » *, prouvent que le pays, sans doute mieux arrosé qu'il ne l'est de nos jours, était aussi beaucoup plus populeux, et maint fragment d'architecture témoigne de la civilisation des anciens habitants de la contrée. Au nord-ouest de Bêla, dans la province de Las, une de ces villes ruinées a conservé son nom, Chchr-i-Rogan. Elle couronne le sommet d'une falaise de conglomérat au pied de laquelle coule un des affluents de la rivière Pourali, l'Arabis des marins grecs; en bas se groupent des maisonnettes qu'habitaient les pauvres de la ville et la roche est percée de galeries qui servaient d'entrepôts et de demeures.

Sonmiani, le port de la province de Las ou de la « Plaine » et jadis celui de tout le Baloutchistan oriental, eut une certaine importance, et les Anglais l'auraient peut-être choisi pour en faire un lieu de transit pour leur commerce, si Karatchi n'avait pas eu sur l'ancien « port d'Alexandre » l'avantage décisif de se trouver dans le voisinage du delta de l'Indus. Dépourvu d'abri artificiel, le port de Sonmiani, où ne peuvent ancrer les navires ayant un tirant d'eau de plus de 5 mètres, est expose à toute la violence

* Pottinger ; — Carless ; — Hughes.

* Mac Gregor, ouvrage cité.

KHOZDAR, SONMIANI, UINGLÂDJ, GWADAR. 135

de la mousson du sud-ouest, et Teau du Pourali, qui se jette en temps de crue dans la baie voisine, après avoir arrosé les jardins de Bêla, de Dreh, de Layari, est trop corrompue d'ordinaire pour que les marins puissent l'utiliser : il leur faut parfois se faire approvisionner d'eau par des embarcations de Karatchi. Les habitants se procurent de l'eau fraîche en creusant dans le sable au-dessus du niveau de marée; mais si l'on tarde à la puiser, elle devient graduellement saumâtre\ Dépendance commerciale de l'Hindoustan, cette partie du khanat se rattache également à la Péninsule par l'origine et le culte d'un grand nombre de ses habitants. Une montagne qui s'élève dans la région occidentale de la province, près de la rivière Aghor ou Hinghol, porte le temple fameux de Hingladj, où se rendent des milliers de pèlerins hindous. On y sacrifie encore des animaux à la déesse Kali et les parois d'une caverne sacrée sont badigeonnées du sang des victimes. Les pèlerins zélés ne quittent pas le temple de Hingladj sans visiter l'ilot d'Achtola ou Satadip, situé au large de la côte entre les ports d'Ormara et de Pasni : un sanctuaire vénéré s'élève sur ce rocher sans eau, l'a Ile Enchantée » de Néarque.

Les petits ports de la côte, à l'ouest de Sonmiani, fréquentés jadis par les traitants portugais, dont quelques forts existent encore sur la côte', ne sont que des groupes de cabanes, simples nattes tendues sur des perches : Ormara, possédant deux havres, Pasni, dominée par un <c palais du télégraphe » qu'habitent des employés anglais, sont d'insignifiants villages; mais Gwadar, le chef-lieu du Mekran baloutche, est une véritable cité pour les tribus à demi sauvages des alentours, une capitale, fameuse à plus de cent lieues à la ronde par la magnificence de ses édifices. Bâtie dans une situation très pittoresque, sur la langue de sable qui joint une île rocheuse à la terre ferme et aux montagnes de Mehdi découpées en dômes et en aiguilles, la ville groupe ses maisonnettes en nattes autour d'une forteresse carrée, d'où l'on voit à ses pieds les demicercles presque tangents des deux baies, avec leurs barques et leurs navires de toutes formes. Aux Baloutches, qui constituent le gros de la population, sont venus se joindre des gens de toutes les nations commerçantes de l'Orient, Persans, Baniah de l'Inde et de Zanzibar, Juifs et Malais; les Arabes sont peu nombreux, mais ce sont eux qui commandent. La grande industrie de Gwadar est la pèche : d'après Mac Gregor, les indigènes auraient des centaines de bateaux et une trentaine de gros bâtiments pour

> Mich. Btddulph, Proceedingi of the Geographical Society, april 1880. * Massoo, Varions Journeyi in Bt^lochislatij Afghanislçm, etc.

156 NOUVELLE GË06RÂPHIE UNIVERSELLE.

les voyages de Mascate, de Karatchi, de Bombay et du Malabar. Les paquebots britanniques touchent deux fois par mois à l'escale de Gwadar et la mettent en relations directes de commerce avec le monde civilisé; elle importe surtout des cotonnades et d'autres étoffes, des bois de construction, du riz, du sucre, tandis que pour l'exportation les caravanes de l'intérieur lui apportent des laines, du coton brut, du beurre de la vallée de Kedj et les excellentes dattes de Djalk et du Pandjgour ; elle expédie aussi de grandes quantités de poissons salés et des ailerons de requins pour les gourmets chinois. Dans les flancs de la colline qui domine la presqu'île de Gwadar se voient les restes d'un vaste réservoir, de construction portugaise \

On cite fréquemment Kedj comme ville principale du Mekran baloutche, mais il n'y a point de cité de ce nom : le Kedj est un ensemble d'oasis ayant chacune son village distinct*. De même Tamp, Mand, Niger, Sami, Dacht, Parom, Pandjgour sont des confédérations de hameaux épars au milieu d'oasis. Les jardins de Pandjgour, arrosés par des karez dont on attribue la construction aux génies, produisent dix-sept espèces de dattes \

Le khan appartient à la famille baloutche des Kambarani, qui se prétend d'origine arabe et ne donne point ses filles en mariage à 'des hommes de tribus différentes. Résidant alternativement à Kalat et à Gandava, il étend nominalement son empire sur un vaste territoire, mais parmi les vassaux du vice-roi des Indes il est l'un des moins puissants et des moins riches; son principal revenu est la pension que lui servent ses protecteurs. D'après le premier traité de 1841, qu'une armée anglaise de 1260 hommes, apparaissant devant Kalat, obligea le souverain à signer, celui-ci dut se déclarer vassal soumis, jurer de se laisser toujours guider par les bons offices du militaire anglais résidant à sa cour, concéder au gouvernement britannique le droit de placer des garnisons dans toutes les villes du Balou-

t Green; Goldsmid, Journal of ihe Geographical Society , 4865.

* Hajee Abdun Nubee of Kabul, translated by Robert Leech, Journal of the Asiatic Society o Bengal, n« 155.

> Villes principales du Baloutchistan, avec leur population approximative :

Kalat, d*apràs Bellew 14 000hab.

Zerhi, d*après Cook 10 000 »

Gandava 5 000 »

Bêla, d'après Carless 4500 »

Chai ou Kwatah, d'après Bellew . 4 000 »

Sonmiani 1 500 hab.

Mastang 4 000 hab.

Bagh 5000 »

Gwadar, d'après Mac Gregor. . S 500 »

Khozdar 2 500 »

Ormara, d'après Miles 2 000 »

VILLES ET GOUVERNEMENT DU BALOUT€HISTÂN.

tchistan où il serait jugé convenable, promettre sa « coopération subordonnée » en toute circonstance, enfin accepter le subside annuel qui le transformait en un simple fonctionnaire de l'État voisin. Des brouilles pnt eu lieu, et dans ce cas les allocations ordinaires ont été retenues à Calcutta ; mais aussi la bonne conduite a été récompensée et le traitement du khan de Kalat a été porté de 125 000 à 250 000 francs. D'ailleurs les traités dictés par l'Angleterre ont eu pour conséquence de consolider le pouvoir du khan sur ses propres vassaux, en transformant à son profit la constitution de l'État. Naguère le Baloutchistan était, comme le pays des Afghans, en plein régime féodal et fédératif : certains kheil, complètement indépendants pour la gérance de leurs affaires intérieures, ne se rattachaient aux autres clans que par des conventions de bonne amitié ; d'autres tribus étaient gouvernées par des chefs ou sardar qui se disaient les égaux du khan ou se tenaient quittes de soumission après avoir payé leur tribut ou rendu leur hommage. Mais le gouvernement anglais, puissance souveraine, ignore ces chefs secondaires : il ne traite qu'avec le khan ; c'est lui qu'il rend responsable de la tranquillité du pays et qu'il aide au besoin contre les feudataires trop remuants ou les tribus insoumises. Les deux plus grands personnages de l'État après le khan sont toujours les deux chefs brahoui, les sardar de Djhalawan et de Sarawan; son vizir héréditaire appartient à la communauté des Dehwar ou Tadjik, ceux qui, par l'acquittement régulier des impôts, contribuent presque exclusivement à l'entretien de l'État. Quant aux petites tribus du Mekran, elles sont réellement indépendantes du pouvoir central, et le port de Gwadar, loué à l'imam de Mascate, est gouverné par un de ses officiers. La force armée dont le khan dispose est d'environ 3000 hommes. Le budget annuel n'atteint pas un million de francs.

Les divisions politiques du Baloutchistan proprement dit, sans la région des déserts et les districts revendiqués par la Perse, sont les suivantes :

FaOTTHCES.

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