DÉSERTS DE LÀ PERSE
auteurs, aurait le sens de « Solitude », et qui, suivant d'autres, rappellei-ait Tcxistencc d'anciennes villes disparues, de Sodomes et de Gomorrhcs. Le Lout est revêtu dans presque toute son étendue d'une couche de gros sable cimenté par le sel ; une arène plus fine que soulève le vent recouvre ce plancher solide. Séparant les montagnes de Kirman et celles du Khoi*assan méridional, il est complètement inhabité et n'a qu'un petit nombre de puits; pour le traverser dans sa partie la moins large, les caravanes doivent fournir une marche de trois jours et de quatre nuits. Cette « terre maudite » n'a point d'égale en aridité sur toute la surface du continent asiatique, du moins au nord de l'Arabie; le Gobi et le Kizil-koum des Kirghiz, comparés au Lout, sont des terres fertiles. Au dixième siècle déjà, Istakhri disait que le « Sahara persan », qu'il ne connaissait pas sous son nom actuel, était le plus morne désert parmi toutes les contrées soumises à l'Islam. Quand on le contemple du haut de quelque colline des alentours, on le voit s*étendre à perte de vue, semblable à une « masse de métal incandescent d'un rouge pâle » : aucune ombre ne raie l'immense surface éclairée d'une lumière intense depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Cependant l'aspect du I^out est un peu moins désolant que ne l'est celui de mainte steppe dans le Turkestan russe, car la courbe de l'horizon n'y forme nulle part un cercle absolument régulier; des montagnes bleuâtres ou violettes, pareilles à de légers nuages, rompent la monotonie de l'espace et montrent aux voyageurs la direction à suivre*.
En général, les parties les plus creuses des bassins persans sont occupées par des marécages salins qui contrastent avec les sahara sablonneux; on leur donne dans les régions de l'Iran septentrional le nom de kewir^ et dans l'Iran méridional ceux de kefih et kafah : le plus vaste est celui qui se prolonge dans le désert au nord des montagnes de Tebbes. Un autre kcwir, que l'on dit avoir 75 kilomètres de circonférence, se voit du haut de la (c montagne Noire », dans la direction de Kachan; mais le mirage trompeur en double peut être la surface réelle, de même que près de Kom il change incessamment la forme du Kouh Telismah ou « mont du Talisman ' » : au fort de l'été, l'étang n'existe plus, ses eaux boueuses sont remplacées par une terre rouge striée par les blanches efflorescences salines. D'autres grands kewir, restes de lacs, sont épars dans les vallées parallèles du pays de Kirman, affectant, comme les arêtes de montagnes, la direction du nord-ouest au sud-est. La plupart des fonds salins offrent un
■ Dupré; — Nicolas de KhanikoT, Mémoire sur la partie tnéridionale de F Asie Ceniraie,
« Chardin, Votjage en Perse; — Olivier, Voyage dans l Empire Ottoman; — Cari Ritlor, Asien,
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sol très inégal, percé en divers endroits de petites cavités qui rendent la marche très difficile aux chameaux ; cependant les fondrières sont rares sur le pourtour du marais proprement dit. En hiver, la terre humide est noire, raboteuse, comme si elle avait été retournée par la charrue; mais en été elle se recouvre d'une pellicule de sel cristallin, sous laquelle les boues se maintiennent longtemps; en certains endroits il y a danger à traverser ces fonds au sol trompeur. La partie la plus basse de kewir, au nord de Yezd, ne dépasse probablement pas 600 mètres d'altitude^; mais plus au sud-est, dans le sahara de Lout, la cavité du plateau se creuse de plus en plus; àDihi-Seïf, au nord-est de Kirman, de Khanikov a trouvé le sol à 380 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer; d'après lui le point le plus bas serait probablement à 120 ou 150 mètres d'élévation absolue.
Il est difficile d'évaluer, même approximativement, quelle est, comparée à ces bassins sans issue, la proportion des versants extérieurs de la Perse qui s'inclinent soit au nord vers la Caspienne, soit au sud vers le golfe Persique ou la mer d'Arabie. D'ailleurs les superficies respectives des aires ont certainement changé pendant les époques géologiques : tel fleuve, lorsqu'il roulait une masse d'eau considérable, atteignait la mer, tandis qu'il se perd aujourd'hui dans un marais de l'intérieur; tel lac, enfermé de tous les côtés par un cercle de hauteurs, se déversait autrefois sur le versant maritime par une brèche de son enceinte. Des changements du même genre s'accomplissent encore de nos jours de saison en saison : la plupart des cours d'eau qui atteignent la mer dans leur période de crue s'arrêtent en route pendant la saison des sécheresses; alors quelques centaines de litres par seconde représentent le volume total des eaux qui de cette partie du continent font retour vers la mer. Mais si les rivières périodiquement tributaires de la Caspienne ou de l'océan Indien étaient considérées comme indiquant d'une manière permanente le versant extérieur de l'Iran, c'est à un peu plus du tiers de la superficie du territoire qu'il faudrait évaluer ces régions d'écoulement. Les deux autres tiers de la Perse se composent de bassins fermés, sans communication avec la Caspienne ou l'Océan*.
Les petits cours d'eau qui descendent de l'Elbourz pour aller se jeter dans
^ Mac Gregor, Narrative of a Journey through Khorauah. ^ Versants de la Perse, d*après Oliver Saiut-John :
Pente océanique 350 000 kil. carr.
• Caspienne. ..... 260000 »
Bassin du Hamoun. . . . 105 000 kil. carr. » d*Ourmiah. ... 55000 »
Autres bassins fermés. . • • . 850 000 kil. carrée