RIVIÈRES DE LÀ PERSE
la Caspienne sont les seuls qui, à égalité de bassin, puissent se comparer aux rivièFCS de l'Europe occidentale. L'Atrek et le Gurgen n'ont plus que des eaux traînantes et marécageuses lorsqu'ils atteignent la mer. Quant au Sefid roud, qui roule une masse d'eau plus considérable, il n'est cependant pas assez profond pour servir à une navigation sérieuse et diverses tentatives faites pour transporter des marchandises par cette voie n'ont eu aucun succès. Le golfe Persique ne reçoit aucun fleuve qui ne soit guéablc en toute saison et qu'une flèche de sable ne sépare de la mer pendant l'été ; ses principaux afQuents, le Djerrahi, le Hindiyan ou Zohreh, la Chems-i- Arab, et plus au sud le torrent qui porte le nom de Sefid roud ou « rivière Blanche », comme le cours d'eau de l'Azerbeïdjan, ne sont que de simples ouadi. Cependant la Perse possède un fleuve navigable jusqu'à la mer, le Karoun ou Kouran, formé des torrents de la Susiane du nord et du Ia)uristan méridional ; mais ce courant ne roule plus qu'une faible partie de sçs eaux directement au golfe : un canal artificiel l'a détourné vers le Chat el Arab, et maintenant il n'est plus guère qu'un affluent du grand fleuve comme les rivières d'amont, la Diyala et la Kerkha, nées dans la Perse occidentale. Le Karoun devrait être la grande voie d'accès du plateau pour le transport des marchandises expédiées par le golfe Persique, car il a plus d'un mètre de profondeur en tout temps et les bateaux à vapeur peuvent le remonter à 250 kilomètres de son embouchure. Sur toute cette longueur de cours, il n'existe qu'un seul obstacle, formé par un seuil de roches gréyeuses, près de l'ancienne ville forte d'Ahwaz. En cet endroit, des collines, ou plutôt des blocs de grès d'une centaine de mètres de hauteur, qu'on prendrait de loin pour des édifices élevés de main d'homme, rétrécissent la vallée; le fleuve s'engage dans une cluse et descend en rapides entre les saillies de rochers, tous alignés en arêtes parallèles à l'axe des montagnes persanes. Il y a plus d'un demi-siècle déjà, en 1836, l'Anglais Estcourl remontait le Karoun en bateau à vapeur jusqu'aux rochers d'Ahwaz; six ans plus tard, Selby franchissait l'obstacle el ne s'arrêtait qu'à 2 kilomètres en aval de Chouster*. Le canal d'Ab-i-Gargar, à l'ouest du fleuve principal, entre Chouster et le confluent du Dizfoul, offre encore plus de facilités à la navigation et, pendant deux mois de l'année, le Dizfoul porte bateau jusqu'à la ville du même nom. Ainsi tout un réseau de voies fluviales pourrait exister dans cette région de la Perse, surtout si l'on creusait, ainsi qu'il a été proposé par des ingénieurs, un canal d'environ 2 kilomètres de long pour contourner Ahwaz. D'après H. Dieulafoy, il
* Journal of ihe Geographical Socieiy of London^ 1844.
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suffirait de réparer le barrage et les écluses d'Ahwaz pour que des bateaux à vapeur de 600 tonneaux et de 120 cheveaux de force pussent monter jusqu'à Choustcr.
Les eaux qui descendent vers les bassins intérieurs sont en proportion beaucoup moins abondantes encore que celles des versants maritimes : la preuve en est dans Tassèchement de ces innombrables dépressions du plateau, dont toute l'humidité s'est évaporée ou bien se perd dans les vases des marais salins. (In lit de rivière, qui descend des montagnes de Khouz, entre au sud dans le désert de Lout et traverse dans toute sa longueur la région des solitudes; mais, de mémoire d'homme, on ne Ta jamais vu rempli d'eau; même dans les années pluvieuses, le courant ne dépasse pas la région des cultures, et pourtant ce lit est profondément creusé dans le sol par l'action longue et constante d'un ancien courant; ce serait là une des nombreuses preuves d'un changement de climat dans le plateau d'Iran'; d'après la tradition, la mer du grand désert s'écoula en un jour, lors de la naissance de Mahomet*. Actuellement, la quantité des pluies, très faible dans toute la Perse, si ce n'est sur les pentes septentrionales de l'Elbourz, est moindre encore sur les régions du plateau ; en moyenne, elle ne saurait être évaluée à une tranche annuelle dépassant 25 centimètres, et dans la Perse centrale, de même que sur les confms du Baloutchistan, elle est encore de moitié moins forte*. La cause de cette pauvreté du ciel de la Perse en nuages et en pluies est la même que dans les régions situées plus à l'est : l'origine des vents est franchement continentale. Tandis que les deux grands bassins maritimes d'où proviennent les averses, d'un côté l'océan Indien, de l'autre la Méditerranée, sont situés au sudouest et à l'ouest, les courants aériens qui luttent pour la prépondérance et qui se succèdent sur le territoire persan sont le vent du sud-est, qui vient de passer sur l'Afrique et l'Arabie, et le vent du nord-est, qui a dû traverser le continent dans presque tout son diamètre, de la Sibérie polaire aux steppes du Turkestan : c'est ce vent redouté des « cent vingt jours », qui souffle dans certaines parties de la Perse, notamment dans le Seïslan, avec une telle violence, que les arbres ne peuvent prendre racine dans le sol * : c'est dans cette contrée venteuse que s'est faite, paraît-il, l'invention des moulins à vent*. Aussitôt après la récolte, des ailes en jonc
I N. de Khanikov, Mémoire sur la partie méridionale de VÂsie centrale.
* Khanikov; — Stewart, Proceedings ofthe Geographical Society^ i88i.
s Oliver Saint-John, Eastem Pertia; — MUtheilungen von Petermann, i877.
* Bellew, From the Indus to the Tigris; — Mac Gregor, Journey through Kkorassan,
B Barbier de Meynard, Dictionnaire de la Perse, par Yacoul; — fieinanà, Géographie d*Aboulféda,