‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 42 sur 186 · LAC NIRIS, FLORE DE LA PERSE · texte numérisé non relu

LAC NIRIS, FLORE DE LA PERSE

un fait remai^quable, que les auteurs anciens ne parlent pas de ce lac,, pourtant situé dans une des régions les plus célèbres et les plus commerçantes du monde antique. Ibn Haukal est le premier qui le mentionne, au dixième siècle, et depuis cette époque tous les géographes en ont pai*lé*. H est probable qu'autrefois, lorsque le pays était couvert de cités et de cultures, les eaux qui s'échappent des gorges de montagnes étaient utilisées jusqu'à la dernière goutte : il n'en restait plus pour s'étaler en marécage dans la plaine maintenant inondée. D'ailleurs, quand même un cours d'eau eût serpenté dans le fond de la vallée, il suffisait d'un léger exhaussement du sol, d'un ébouiis ou de la formation d'un talus de terres alluviales dans la partie inférieure du bassin pour faire naître le lac.

Comme lieu de passage entre l'orienl de l'Asie et le monde occidental, la Perse présente naturellement, suivant l'altilude, l'humidité, le climat spécial de ses différentes régions, froid sur les plateaux, brûlant sur le littoral de l'océan des Indes, les plantes et les animaux appartenant à l'aire turkmène, à celles de l'Afghanistan, de l'Arabie ou du Caucase. La Perse est le pays des contrastes. Les forêts du Ghilan et du Mazanderan avec leurs arbres entourés de lianes et les gazons fleuris de leurs clairières semblent appartenir à un autre monde que les plateaux salins, où se montre de distance en distance quelque broussaille grise. Là, même dans les temps préhistoriques, il n'y eut point de forêts ; le cultivateur n'a point eu à déboiser le sol, comme en tant d'autres contrées : c'est au contraire à son industrie que sont dus les vergers entourant les villes de leur ceinture verdoyante*. Même en ne considérant que les régions fertiles de la Perse, celles-ci offrent une singulière différence dans l'aspect de leurs flores, car toutes ces contrées à sol fécond sont en même temps des pays montueux et les aires végétales s'y entrecroisent en mille détours, causés en même temps par la succession des cotes d'altitude et des lignes de latitude. Toutes les hauteurs sont comme autant d'îles dont le sommet est habité par les espèces des régions plus froides; l'inégalité du relief parsème la contrée de flores insulaiit^s et l'on ne peut indiquer que d'une manière toute générale les limites des aires comme formées par des lignes continues. Dans le nord de la Perse, le blé se cultive jusqu'à 2720 mètres sur les pentes des montagnes; les rizières occupent des bas-fonds, dans le voisinage du lac d'Ourmiah, à plus de 1250 mètres ; dans cette partie de l'Azerbeîdjan, les figuiers sont rares et ne croissent que dans les endroits abrités, tandis que la vigne prospère

* Ouseley, Traveh in ihe Ea$t; — Garl Ritter, Aêien, voL YIIL

* y. DieuIafoT, Noies manuscrites.

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sur les pentes de l'Elvend jusqu'à 2278 mètres ; en revanche les magnolias et les camelliasy qui vivent sous le climat humide des Iles Britanniques, ne se voient point en Perse à température égale*. Les palmiers ne se cultivent que dans les basses vallées des chaînes bordières et au sud-est du plateau, jusqu'au nord de Tebbes, sur les confins du désert; mais on les retrouve au nord, sur les rivages de la Caspienne, et principalement dans les jardins de Sari; d'après la tradition locale, tout le littoral caspiende Mazanderan aurait été naguère ombragé de palmiers, remplacés maintenant par d'autres espèces végétales. En moyenne, la flore de la Perse, si l'on considère le littoral de la Caspienne comme un pays distinct, est beaucoup plus pauvre que celles de la Transcaucasie et de l'Europe occidentale. C'est une exagération poétique de répéter avec le proverbe : « Dans le Fare on no peut faire un pas sans marcher sur les fleurs ! »

Le remarquable caractère d'unité que présente le plateau de l'Iran, si bien limité de trois côtés par des chaînes bordières, pourrait faire croire que par sa faune la Perse se distingue nettement des contrées avoisinantes. Il n'en est rien. La faune persane diffère si peu de celle des pays limitrophes, qu'on pourrait la croire d'immigration récente. La cause en est sans doute à l'assèchement récent de la contrée ; le pourtour seul était émergé et c'est de \h que peu à peu les espèces se sont répandues vers le centre à mesure que se retiraient les eaux*. Les montagnes, les plateaux, les solitudes de l'Iran, continuant à l'ouest le Pouchtoun-khwa, ont aussi leurs bandes de gazelles et d'ânes sauvages, des léopards, des sangliei's, des ours, des loups et des renards; le Baloutchistan iranien ressemble à celui de Kalat, et, des deux côtés de la frontière, le Mekran offre les mêmes espèces, d'ailleurs bien peu nombreuses; la Perse occidentale a sur ses pentes extérieures la faune de la Mésopotamie, celle du Kourdistan dans ses vallées, celle des plateaux sur ses rochers et dans ses kewir; enfin, les régions arrosées du nord-ouest, les plaines de l'Azerbeïdjan et surtout les pentes septentrionales de l'EIbourz appartiennent à l'aire de l'Arménie et du bas Caucase par les animaux qui les habitent aussi bien que par l'aspect de leur végétation. Les sommets des monts isolés, tels que le Sehend et le Savalan, ont non seulement la flore caucasienne, mais aussi mainte espèce animale qu'on ne retrouve qu'au delà de l'Araxe, notamment diverses espèces de papillons'. D'après une légende, qui se rattache peut-être à un

* Moritz Wagner, Reise nach Pemen und dem Lande der KurJen; — N. de KhanikoT, Mémoire sur la partie méridionale de VAêie centrale.

* De Filippi, fiote di un Viaggio in Penia; — O'Doaovan, Road io Merv, ' MoriU Wagner, ouvrage cité.

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