POPULATIONS DE LA PERSE
depuis le commencement du siècle par l'efTet des pestes, des famines et des invasions turkmènes, kourdes et baloutchcs. En Perse, le nombre des maladies est moins grand que dans l'Europe occidentale, et quelques-unes de celles qui font le plus de victimes en Occident, telles que la tuberculose, le
racbilisme, sont assez rares, mais les aiTections épidcmiques sont toujours meurtrières ' ; là où elles ont passé, les vides se font pour des géaérations entières ; à cet égard, l'Iran présente les mêmes phénomènes que l'Europe du moyen âge. La lèpre existe encore dans le Khamseh, entre Kasvin et Tabriz; dans le Larisian, presque tous les habitants, à l'exception des esclaves nègres, ont à souffrir du bouton d'Alep ou du ver de Hédine, et dans le Dar-
' Polik, Penitn, dat Land tmd uine Bewohner.
distan, il est au moins une personne sur trois qui souffre d'ophthalmte. Le pesle a fréquemment sévi en Perse et môme c'est dans les montagnes des Kourdcs de TAzerbeïdjan qu'elle parait avoir un de ses foyers d'éruption ; en 1870, en 1878, elle éclata dans le district de Soudj-boulak et près de la ville de Bana, pourtant si charmante et si salubre à tous autres points de vue *• Le fléau frappe d'abord les tribus nomades avant de s'attaquer aux populations sédentaires, puis du pays kourde se propage vers le sud, se dirigeant constamment vers l'embouchure des fleuves*. Mais aucune maladie n'est plus redoutable dans l'Iran que celle de la faim. Nul doute que, lors des grandes disettes, la mortalité n'ait surtout frappé les Persans qui habitent les villes et les régions du plateau insuffisamment arrosées ; elle a fait proportionnellement moins de victimes parmi les autres races. Turcs, Kourdes, Louri, Bakhtyari, Kachkai, qui vivent dans les pays montagneux, au bord des sources et des torrents, et parmi les tribus nomades, errant de pâturage en pâturage avec leurs bestiaux. Avant de reconquérir son influence à l'extérieur, la nation persane doit se reconstituer elle-même, puis reprendre son travail d'assimilation sur les autres éléments ethniques de l'Iran.
Un deuxième fait, plus considérable dans ses résultats, devait diminuer l'influence de la Perse sur les nations de l'Asie Antérieure : son isolement presque complet au point de vue des communications internationales. Tout l'espace compris entre Tabriz et Bampour, entre Chouster et Heched, disparaîtrait soudain, que le nombre des voyageurs entre l'occident et l'orient de l'Asie ne diminuerait pas d'un seul. Quoique, par la configuration du continent, le plateau iranien semble être le lieu de passage obligé des Indes en Europe, et qu'en effet les grandes migrations d'hommes et d'idées s'accomplirent autrefois par cet « isthme médique », resserré entre le bassin de l'Euphrate et la Caspienne, ce mouvement s'est entièrement arrêté. Les expéditions et les conquêtes de Nadir-chah, puis le reflux des Afghans et l'expulsion de ces étrangers sont les derniers conflits qui rappellent l'ancienne importance de la contrée comme terre de passage. De nos jours, la Perse, loin d'être l'intermédiaire des Indes et de l'Occident, est enfermée, pour ainsi dire, entre deux voies nouvelles, au nord celle que les annexions russes ont ouverte à travers les steppes kirghizes et turkmènes, et au sud le chemin de la mer, suivi régulièrement par les paquebots côtiers. La question capitale pour la Perse est, sinon de redevenir la
1 Arnaud ; — Mahé, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales* * Thoiozan, Histoire de la peste en Perse et en Mésopotamie.