CLIMAT DE L'ARMÉNIE
lard adoucit les contours des monts et nuance le paysage de teintes délicates^ Sur le versant septentrional, l'excédent d'humidité que reçoivent les Alpes arméniennes forme des rivières, telles que le Tchorouk et le Kharchout, dont la masse est très considérable en proportion du bassin, et sur le versant méridional il alimente TËuphrate et le Tigre, dont les flots réunis dans le Ghat-el-Arab dépassent tout autre courant compris entre rindus et le Danube et même sont près de deux fois supérieurs au Nil. Dans le circuit atmosphérique et fluvial, c'est la mer Noire qui par les pluies et le lit de l'Euphrate se déverse incessamment dans le golfe Persique.
Au bord du Pont-Euxin les villes jouissent d'une température moyenne assez douce. Rarement les froids de la côte descendent à 6 degrés audessous du point de glace, et l'influence modératrice de la mer empêche les chaleurs estivales de dépasser 25 degrés ^ Loin de la mer, qui rapproche les extrêmes du climat annuel, les populations de l'Arménie turque souffrent alternativement de froids intenses et de violentes chaleurs. H n'y a guère de printemps à Erzeroum ; on y voit les neiges de l'hiver fondre en quelques jours, changeant soudain les torrents en larges fleuves ; les extrêmes observés, du jour le plus froid au jour le plus chaud de l'année, sont de — 25 et de 4-44 degrés. Des séries d'observations prolongées seront nécessaires avant que l'on puisse comparer sûrement ce climat h celui des contrées d'Europe et d'Asie qui sont déjà bien connues au point de vue météoix)logique ' : on a vu des différences de 35 degrés entre l'aurore et midi '. Les froidures hivernales, les gelées de printemps retardent la végétation, mais en été les plantes se hâtent de croître et de mûrir; la nature fait explosion, pour ainsi dire, aux mois de mai et de juin. Le froment parcourt toutes les phases de sa végétation entre la foliation et la maturité dans l'espace de deux mois, mais le soleil de l'été le brûlerait dans sa fleur si des canaux d'irrigation ne lui fournissaient l'humidité nécessaire. Jusqu'à 1800 mètres on cultive le froment, et à 2100 mèti^es d'altitude on voit encore des orges; mais à ces hauteurs les récoltes
' Qimat de Trébizonde, dans les diverses saisons, d'après 6 années d'obsenration : 6% janvier; 24*3, août; ib^b, année. Extrême des mois, 29<>9 k — 2«0.
Pluies 566 millimètres.
(Uann. Behm*s JakrJmch, IX, 1883.) * Climat d'Erzeroum pendant les diverses saisons (1987 mètres) :
Hiver. Printeinps. Été. Automne. Année.
D'après Tchihatcheff (3 années) . . — i0o,8 9»,9 W,l 10^,3 8<»,45
» Malama (3 années). ... —4 10<>,8 S4o,2 7S9 9(»,79 > Malama, Viiayet cT Erzeroum (i»n russe) ; — Radde, mémoire cité.
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sont menacées par les brusques retours du froid, aux premiers jours de Tautomne. En moyenne, les cultures s'élèvent moins haut dans les Alpes arméniennes que sur les pentes géorgiennes du Caucase, situées pourtant sous une latitude plus septentrionale. La forme des montagnes en est probablement cause : tandis que les chaînes de T Arménie laissent pénétrer le vent du nord par de nombreuses brèches, le rempart uniforme du Caucase abrite les plantes qui croissent sur son versant méridional. Les aires végétales entrecroisent leurs limites suivant les climats locaux. C'est ainsi que dans les campagnes de Van croissent encore l'oranger et le citronnier, mais l'olivier ne peut y vivre*. En France, la zone de l'olivier est au contraire celle qui s'avance le plus vers le nord.
Dans le voisinage de la mer Noira, la végétation pontique ressemble à celle de la Mingrélie, sans l'égaler toutefois pour la variété des espèces et l'éclat des couleurs^. L'Arménie est un des pays de l'Asie Mineure où les arbres fruitiers donnent les produits les plus savoureux et où les botanistes croient avoir retrouvé la patrie d'espèces nombreuses, entre autres la vigne et le poirier; « le liazistan, disent les indigènes, est la patrie des fruits \ » Dans la Turquie asiatique, il n'est pas de région plus verdoyante que celle des environs de Trébizonde : de la base au sommet, les collines, revêtues d'une couche régulière de terre végétale ou bien divisées en terrasses par les murs de soutènement, sont vertes de jardins, de prairies et d'arbres à feuillage persistant ou caduc. Les citronniers, les oliviers, entourent les villes et villages de la rive et plus haut viennent les noyers au large branchage, les châtaigniers, les chênes; de loin les azalées et les rhododendrons éclatent en nappes rouges sur les pentes des montagnes. C'est aux fleurs des azalées qu'on attribue l'action vénéneuse du miel qui enivra et frappa de folie les soldats de Xénophon. Le botaniste Koch n'a pu retrouver ce miel dans les régions caucasiennes, mais on le vend dans tous les marchés de la côte pontique entre Batoum et Orlou ; les indigènes le soumettent à la cuisson et le mélangent avec du sucre pour le rendre inoffensif*.
Dans l'intérieur des terres, les montagnes de l'Arménie sont presque toutes dépouillées de végétation arborescente; on ne voit que rochers et pâturages. En ce pays qui pourrait être recouvert de forêts, maint district
^ StatkoTskiy, Problèmes de la climatologie du Caucase, ^ Â. Jaubert; — Cari Rilter, Asien^ toI. X. * Koch, Wanderungen in Orient; — Cari Ritter, Asien, vol. XVIil,
^ Hamilton, Researches in Asia Minor; ^.Zeitschrift der Gesellschafl fUr allgemeine Erdkunde, Band IV; — Mahé, Géographie médicale, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.