‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 68 sur 186 · LAC DE VAN · texte numérisé non relu

LAC DE VAN

probabilité à un changement du climat. L'Ërlchek ressemble aussi au lac de Yan par la teneur de ses eaux; seulement, d'après Millingen, il contiendrait une très forte proportion d'arsenic ; les champs inondés par ses crues sont stérilisés pour de longues années.

Quoi qu'il en soit, la masse liquide enfermée dans le bassin de Van a concentré le sel que lui apportent ses tributaires, et sans en contenir une aussi forte proportion que le lac d'Ourmiah, elle en renferme assez pour que ni hommes ni animaux no puissent la boire : les troupeaux vont s'abreuver aux embouchures des rivières et les pécheurs renouvellent leur provision d'eau potable en puisant à une fontaine qui jaillit du fond et bouillonne à la surface. Moins salées que celles du lac de rAzcrbeïdjan, les eaux de la mer arménienne hébei^ent des espèces plus développées : aux embouchures des rivières on pèche en quantités considérables un poisson, que Jaubert croyait, à tort, êïvc identique à l'anchois de la mer Noii-e, si abondant dans la rade de Trébizonde; c'est une ablette [cyprinm Tarichi)^ ainsi que l'a reconnu le naturaliste Deyrolle. Toutefois ce poisson ne vivrait pas dans les parties salines du bassin*; il ne se montre dans la couche supérieure que de mars au commencement de mai, époque oii les eaux douces, provenant de la fusion des neiges, s'étalent au-dessus des eaux plus lourdes du lac ; pendant tout le reste de l'année on n'en voit plus un seul ; tous ceux que n'ont pas dévorés les innombrables cormorans se sont réfugiés dans les ruisseaux tributaires. On croyait autrefois qu'ils se tenaient dans les profondeurs du lac*. Dans le bassin du Nazik, dont l'eau est douce pourtant, on aurait observé la même disparition annuelle des poissons '. Les résidus salins qui se forment sur la plage de Van, de même qu'autour du bassin d'Ërtchek, consistent pour moitié en carbonate et en sulfate de soude, que l'on utilise pour la fabrication du savon et que l'on exporte jusqu'en Syrie*.

Les bateaux sont rares sur le lac de Van ; cependant le voyageur Tozer l'a traversé récemment sur une embarcation de pêche accompagnée de cinq bâtiments de charge. Les missionnaires américains de Van y lancèrent en 1879 un bateau à vapeur démontable, dont toutes les pièces avaient été envoyées de Gonstantinople à dos de chameau ; mais il ne parait pas que l'entreprise ait réussi*.

' Ernest Chanire, Notes manuscrites; — Fanshawe Tozer, ouTnige cité. ' A. Jaubert, Voyage en Arménie et en Vttu; — Hillingen, oufrage cité. ' Layard, ou?rage cité.

* Deyrolle, Tour du Monde^ \^ semestre 1876

* Fanshawe Toier, ouTrage cité.

L*existence même des lacs de Yan, d'Ouimiah, du Goktcha de Transcaucasie et des nombreuses cavités lacustres du plateau d^Âkhaltzikh, entre Kars et Tiflis, prouve que le climat des plateaux arméniens a sur celui de la Perse l'avantage d'être beaucoup plus humide. Tout le Lazistan et la région montagneuse qui avait i*eçu des anciens le nom de Pont se trouvent en effet sous l'influence de la mer Noire au point de vue météorologique. Les vents d'ouest et du nord-ouest dominent, apportant en abondance les pluies pendant les tempêtes d'été, les neiges durant l'hiver. La précipitation d'humidité est loin d'y être aussi considérable que sur les pentes méridionales du Caucase, dans la Mingrélie et l'Imérie, où la tranche annuelle de pluie dépasse 2 mètres; mais il est dans le Lazistan des vallées favorisées où les nuages déversent plus d'un mètre d'eau pluviale : d'après un missionnaire américain, la quantité de neige tombée à Bitlis, sur le versant méridional des montagnes qui dominent au sud le lac de Yan, aurait été de 5 mèlres et demi pendant l'hiver de 1858 à 1859; c'est une épaisseur de neige qui représente plus de 40 centimètres d'eau. Quoique nulle observation précise ne permette de l'affirmer encore avec certitude, on peut évaluer à près d'un demi-mètre la quantité moyenne d'humidité que reçoivent les hautes terres de l'Arménie.

Certaines régions, telles que le plateau d'OIti, auquel des montagnes élevées forment une barrière contre les vents humides, ont rarement la pluie qui serait nécessaire aux cultures ; comme dans les régions de la Transcaucasie du versant caspien, il faut capter les ruisseaux et les ramifier en mille fossés dans les terrains de labour. Mais la plus grande partie de l'Arménie méridionale, malgré la barrière des Alpes pontiques, est soumise à l'influence des souffles pluvieux de l'ouest, qui se dirigent de la mer sur le plateau de Sivas, puis vont s'engouffrer dans les vallées occidentales, ouvertes en forme d'entonnoirs : c'est ainsi que toute la haute vallée du Kara sou, jusqu'au bassin d'Erzeroum, reçoit les vents de la mer Noire. Ils soufflent principalement pendant l'hiver et recouvrent de neigea épaisses l'amphithéâtre des monts autour des sources de l'Euphrate; eu été, les vents du nord et de l'est, dérivation du grand courant polaire qui travei'se le continent d'Asie, apportent un air sec qui dissout les nuages, mais il arrive aussi que de brusques tempêtes, provenant de l'ouest, se terminent par de violentes averses. En outre, les vents du sud-ouest, qu'envoie la Méditerranée, apportent aussi leur part d'humidité et déchirent leurs nuages aux escarpements; même par le beau temps, un léger brouil-

* Radde, Isv*estiya Kavkaskavo OUTela, i8TS.

Page 1