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EUPHRATE ET SES AFFICENTS

porcnl dans les étangs ou se perdent dans les marais. Le oued Ali, qui commence dans le voisinage de Palmyrc, est un de ces lits presque toujours

desséchés : il n'a pas moins de 500 kitomùtres. Le oued Gharra, le oued Haouran ont aussi, par leurs hautes berges et leurs larges lits, l'apparence de fleuves, quoique l'on n'y trouve plus que des mares en été'. Mais ces torrents du désert syrien sont dépassés singulièrement par le lit du torrent

> Graltnn Gear;, Througli ÀMialic Turkcy,

398 NOUVELLE GËOGRAPUIE UNIVERSELLE.

EI-Nedj ou Er-Roumem. qui prend naissance à cinquante kilomètres environ du littoral de Madian, puis décrit une grande courbe vers le sud dans l'intérieur de l'Arabie et vient aboutir au bas Euphrate* après un développement d'au moins 2000 kilomètres. Ce « fleuve sans eau » témoigne des changements considérables de climat qui se sont accomplis depuis l'époque où les pluies ont pu sculpter ainsi le versant oriental de l'Arabie. Si l'on tenait compte de toutes les eaux passagères qui, même du fond de l'Arabie, s'écoulent sur le versant mésopotamien, la superficie du bassin de l'Euphratc et du Tigre, évaluée à prè» de 500 000 kilomètres carrés, serait accrue d'un tiers environ. Les embouchures des ouadi sont quelquefois dangereuses à traverser, même lorsqu'il n'y a point d'eau et que le fond en parait tout à fait uni. Pendant lès fortes chaleurs, le sol se fend en crevasses larges et profondes, que les premières pluies, entraînant des sables fins, recouvrent de silicates en pellicules, minces comme des feuilles de papier. Les voyageurs ont à marcher avec la plus grande précaution quand ils se risquent sur ce terrain trompeur*. Entre deux de ces ouadi, le Koubeïssah et le Mohammedieh, qui descend des steppes occidentales, immédiatement au-dessous de la ville de Hit, s'étendent de vastes couches d'un sol bitumineux, revêtues de gypse et d'argile. D'innombrables buttes grises, qui s'élèvent au-dessus de la plaine comme les tentes d'un camp, épanchent à leur base de l'asphalte en sources fumantes, d'une température moyenne de 25 à 30 degrés centigrades. Le liquide visqueux serpente sur la terre noircie et descend lentement vers l'Euphrate.

A l'endroit où le fleuve occidental se rapproche le plus du Tigre et où les deux courants descendent parallèlement à la distance moyenne de 35 kilomètres, c'est l'Euphrate, plus élevé que la rivière de l'est d'environ cinq mètres, qui arrose la plaine intermédiaire. Il parait probable qu'à une époque antérieure il allait rejoindre le Tigre, car la pente du premier fleuve à l'autre est uniforme, sans aucun seuil intermédiaire : c'est par l'érosion continuelle de sa rive droite et le dépôt des alluvions sur sa rive gauche que l'Euphrate s'est ainsi éloigné du Tigre, mais il lui envoie encore des courants latéraux*. S'appauvrissant ainsi au profit des campagnes de Bagdad et du Tigre qui reçoit l'excédent du flot, l'Euphrate diminue peu à peu ; en outre, une grande partie de ses eaux dépasse les digues mal entretenues et se répand dans les marais de la plaine, dans

* Thielmann, Slreifzûge im Kaukasus, im Persien und in der Asialisclicn Tût'kei»

* Augustin Hausdorf; — Friedrich DeliUsch, Wo lag das Parodiée f

tmm

EUPHRATE ET IJINDIEII.

ces « inei's île rosraus » i|ui s'élendent à porte de vue sur des centaines de kilomètres can'és'. En anionl do Babylone, le cours n'a cessé de se déplacer, tantôt à droilc, tantôt à fjaiiclie, quelijuefois de son propie gré, sou-

vent par l'eflol tlu travail de l'homme, obéissant à Nilocris, Cjrus ou Alexandre. Encore à l'époque des Séleucides, le lit principal passait à l'csl d'un petit ronilemcnt du sol qui s'élève dircf^^tement au sud-ouest de Bagdad et serpentait dans les campagnes à moins de 25 itilomètrcs du Tigre : c'est le long de cet ancien lit que se voient presque tous les amas de

' Bewsher,

décombres qui restent des villes d'autrefois, tandis qu'on n'a point retrçuvé de ruines au bord du fleuve actuel. À 80 kilomètres environ au sud de la bifurcation primitive commence le bras que l'on appelle canal de Hindieh, et qui devrait son nom à des travaux de réparation entrepris au dernier siècle par un nawab de l'Inde, mais il parait avoir existé, sous d'autres appellations, à une époque antérieure; mainte coupure avait été déjà faite pour régulariser le lit changeant. Le canal de Hindieh emporte maintenant près de la moitié des eaux du fleuve principal et se déverse à l'ouest dans la vaste « mer » de Nedjef ; ses eaux sont bien diminuées par l'évaporation quand elles sortent de ce vaste réservoir marécageux pour revenir vers le lit majeur. Par l'cfTet de ces diramations fluviales, il est arrivé que le bras auquel on conserve le nom d'Euphrate a cessé d'étro reconnaissable. Au milieu des marécages de Lamloun, il n'a plus que 75 mètres de rive à rive; le chenal proprement dit n'a plus, dans la saison sèche, que 60 centimètres de profondeur et 3 à 4 mètres de large; en descendant en barque le cours du fleuve, les Anglais Kembnll et Bevvsher eurent fréquemment à traîner leur bateau dans la boue et à se frayer un passage à travers les roseaux, là où les vaisseaux à vapeur de Chesncy avaient trouvé trente années auparavant 4 à 6 mètres d'eau.

En aval, l'Euphrate reprend sa largeur normale, grâce au retour du Hindieh et des eaux qui s'épanchent des canaux riverains, grâce aussi aux apports qui lui viennent du Tigre, car, par un singulier phénomène, le fleuve oriental, après avoir reçu les écoulements de l'Euphrate, devient à son tour tributaire de son rival : l'échange se fait de l'amont à l'aval. D'ailleurs le système de canalisation est aussi défectueux dans la zone riveraine du Tigre que dans celle du fleuve babylonien, et maint canal, au lieu de se ramiûer en rigoles secondaires et en filioles, va se perdre en de vastes marécages, empoisonnant l'atmosphère. Lors des inondations, il arrive fréquemment que les digues se rompent en amont de Bagdad et la ville se trouve pendant des mois entiers séparée des hautes terres de l'est par une nappe, du milieu de laquelle s'élèvent des buttes insulaires, refuge des villageois que surprend le désastre. Le courant d'inondation n'est plus allégé comme autrefois par tous ces canaux latéraux, qui communiquaient avec des réservoirs creusés dans l'intérieur des terres et protégeaient ainsi les plaines d'aval en gardant l'excédent des eaux jusqu'à la fin de la crue. Les affluents orientaux du Tigre, qui se prêtent mieux au travail de canalisation que le fleuve principal à cause de leur moindre volume et de la plus grande déclivité de leurs pentes, sont aussi beaucoup mieux utilisés : c'est principalement aux eaux du Khalis, dérivé de la Diyalah, que les campagnes de

DAS EUPHRÀTE.

Bagdad doivent leur riche végétation. Sur les bords du même affluent se sont faites, avec succès, les premières irrigations d'après les méthodes des hydrauliciens d'Europe.

De tout temps, on a voulu établir une sorte de contracte mystique entre les deux fleuves; dans le mariage des eaux, l'Euphrate représenterait l'élément viril, tandis que le Tigre serait l'élément féminin\ Encore à plusieurs kilomètres en aval de la jonction dans le lit du Chat-el-Arab,

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