‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 86 sur 186 · RELIGIONS DE LA. MÉSOPOTAMIE · texte numérisé non relu

RELIGIONS DE LA. MÉSOPOTAMIE

De même que le christianisme, le mahométisme a donné naissance à un grand nombre de sectes dans ce pays où s'entremêlent tant de traditions religieuses. Toutes les sectes de l'Orient ont leurs représentants dans la Mésopotamie. Les Wahabi d'Arabie y ont des communautés jalousement surveillées; les Babi de Perse y tiennent leurs conciliabules secrets; sur les bords du Tigre des milliers de musulmans se disent les disciples de l'akhound, l'humble et pauvre prêtre de la vallée du Swat, dans l'Afghanistan*; il existerait aussi chez les Montefik et autres Arabes du bas £uphrate et du Chat-el-Arab quelques adhérents de la confrérie religieuse des Senoûsiya, née en Algérie, où elle a suscité de sérieux embarras aux Français*. En dehors des sectes persécutées qui sont obligées de simuler en public une religion permise et qui pratiquent la leur propre en secret, il est des villages où deux cultes sont en honneur. Les habitants de Mossoûl, musulmans et chrétiens, ont le même patron, Djerdjis ou saint Georges. En mainte région de la Mésopotamie, notamment à Orfa, les musulmanes font des offrandes à Notre-Dame pour obtenir des enfants; si leur vœu réussit, elles ne manquent pas de se rendre à l'église pour y présenter leurs actions de grâces et s'enquièrent soigneusement des rites qu'il faut accomplir à la mode chrétienne'. D'autre part, il est de nombreux Bédouins qui seraient en peine de dire à quelle religion ils apparu' tiennent : ils redoutent le mauvais œil et le conjurent par des gestes comme les Napolitains ; mais ils ne s'astreignent même pas à faire des prières, et n'ont de mahométan que le nom \

Dans les villes, la population arabe, mélangée d'éléments turcs et chaidéens, professe le dogme sunnite; cependant la Babylonie renferme les lieux les plus vénérés des chiites après la Mecque : Kerbela, où se trouve le tombeau de Hussein; Nedjef, où s'élèvent les coupoles de la mosquée d'Ali. Les ûdèles chiites assez heureux pour vivre et mourir dans ces lieux saints n'auront rien à craindre de l'enfer et ne seront même pas responsables des mauvaises actions commises ici-bas. Aussi des milliers de Persans et des centaines d'opulents Hindous de la secte chiite se sont-ils établis, soit à Bagdad ou à Ghadim, à proximité des tombeaux sacrés, soit même à Nedjef ou à Kerbela, et très nombreux sont les riches Iraniens qui, n'ayant pas eu le bonheur de vivre sur la terre bénie, demandent en mourant que

* Grattan Gcary, Through Asiaiic Turkeij, ^ U. Duveyrier, Notes manuscrites,

^ De Gobineau y Les Religions et Philosophies dans VAsie Centrale; — Guardîagrcle, Amales de Il Propagation de la Foiy 1875.

^ Anne Dlunl, Bédouin Tribes ofthe Euphrates,

leurs restes y soient déposés. Le transport des cadavi^es à Kerbela et à Nedjef, quoique parfois interdit, est resté Tuu des principaux cléments de commerce entre la Perse et la Turquie d'Asie; d'après une statistique récente, la moyenne des corps persans importés serait de 4000 par année ; mais en 1874, après la famine et la grande mortalité qui la suivit, on enregistra 12 202 cadavres envoyés de Perse en Mésopotamie. En outre, plusieurs tribus arabes, entraînées par la force de l'exemple, ont pris l'habitude d'expédier leurs morts aux ville saintes des chiites, changées en vastes cimetières. Pour le long trajet, les corps ne sont enveloppés que d'un tapis ou d'une natte, sans ingrédients antiseptiques, et quand ils arrivent en lieu sacré, ils ne sont plus que d'informes débris ; à plusieurs centaines de mètres, les voyageurs se sentent suffoqués par l'odeur que répandent les convois funèbres, transportant à la fois les cadavres et la peste*. L'Irak-Arabi est un des foyers de cette maladie terrible : sur les quarante dernières épidémies, vingt-deux y ont pris leur origine ou s'y sont propagées*.

Dans le bassin supérieur du Tigre occidental, la ville la plus élevée est la cité minière de Khapour (Maden-Khapour), située à 1039 mètres d'altitude, soit à 250 mètres au-dessus du torrent; une montagne voisine, le Magharat, fournit en abondance du minerai de cuivre, que des ouvriers grecs, arméniens et turcs fondent en partie sur place, mais dont ils exi)édient la plus grosse part dans les cités industrieuses de la Turquie d'Asie, à Diarbekir, Erzeroum, Trébizonde; naguère presque tous les Orientaux, de Constantinople à Ispahan, s'approvisionnaient d'ustensiles en cuivre battu de Madcn-Khapour. Au commencement du siècle, l'exportation annuelle des minerais du haut Tigre à Bagdad s'élevait à 400 tonnes', mais depuis cette époque la production du cuivre a beaucoup diminué; on exploite à peine les gisements de plomb argentifère, et l'on ne s'occupe plus d'extraire l'or et l'argent. La ville d'Ai'ghana, située au sud-ouest de Khapour, sur un promontoire qui domine le torrent, doit au voisinage des galeries minières d'être aussi désignée par le surnom de Maden : Arghana-Maden ou « Arghana-les-Mines ».

Diarbekir ou Diarbekr, c'est-à-dire le t Pays de Bekr », ainsi nommée du clan arabe de Bekr qui la conquit au septième siècle, est l'ancienne

* Léonard Arnaud, Pâte en Mésopolamie; — Mahé, Noies mantucriiet.

* Alfr. Yoa Kremer, Cullurgeschichte des Orients,

s Olivier, Voyage en Perse fait dans les années 1807, 1808 et 1809.

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