Même a deux sens
l'* S'il est précédé de Tarticle, il indique l'identité ou la comparaison. Ex.: ce sont toujours les mêmes hommes; ces hommes sont toujours les mêmes.
2"" S'il est sans article, il désigne plus expressément les personnes et les choses. En ce sens, il se place après les noms ou les pronoms, et se rattache aux pronoms par un trait d'union. Ex, :
La vertu même; moi-même, eux-mêmes.
Remarque I. Même, précédé de l'artiele et suivi de que, sert à marquer : 1** comparaison, 2** identité.
2** identité :
V comparaison :
« Notre nation n'est point excitée à faire les mêmes efforts que les Grecs. »
(FÉNBLON.)
(Il y a comparaison entre notre nation et les Grecs.)
« Les arbres portent les mêmes fruits qu\\% portaient il y a deux mille ans. > (Pénelon.)
(Il y a identité entre les fruits d'aujourd'hui et ceux d'il y a deux mille ans.)
Remarque IL Même, employé sans article, se dit quelquefois adverbialement dans le sens de encore, aussi, déplus; il est alors neutre et reste invariable. Ex, :
c L'illustre maison de la Tour d'Auvergne, qui a donné
des maîtres à rAqnîtaine, des princesses à tontes les cours de l'Europe, des reines même à la France. » (Bossubt.)
On peut quelquefois mettre indiflFeremment même adjectif (avec accord) et même adverbe (sans accord). Ex. : ... Votre front prête à mon diadème Un éclat qui le rend respectable aux dietix même.
(Racine) Le sens admettrait également : l"" aux dieux même (même aux Dieux) ; 2** aux dieux mêmes (aux dieux eux-mêmes).
5. Nul, pris comme adjectif indéfini, se met avant le substantif ou s'emploie sans substantif, et doit toujours être accompagné d'un adverbe négatif. Fx. : nul homme n'est content de son sort. — Nul n'est content de son sort.
Mais, lorsque nul est pris comme adjectif qualificatif, il se met après le substantif et s'emploie sans adverbe de négation. Èx. : testament nt//, mariage nuL
(^. Plusieurs est un adjectif pluriel, qui se prend pour le masculin et le féminin. Il peut s'employer d'une manière absolue, avec ellipse des substantifs Aomme«, femmes. Ex.:
<c Vous êtes établi pour la perte comme ponr le salut de plusieurs, d (Massillon.)
^ 7. Quelconque s'emploie pour le masculin et le féminin et pour les deux nombres. Ex. : deux points quelconques étant donnés.
8. 1. Quelque s'emploie pour le masculin et le féminin, au singulier et au pluriel.
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. (Racine.)
II. L'adjectif quelque, suivi d'un substantif et de que, forme une proposition subordonnée équivalant k quelle que soit la personne ou la chose que, dont, à qui... Ex. : Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant ou sublime. Que toujours la raison s'accorde avec la rime. (Boilbau.)
<( De quelque superbe distinction que se flattent les hommes, ils ont tous une même origine, et cette origine est petite. » (Bossubt.)
EëmahqueI. Il ne faut pas confondre quelque^ adjectif indéfini, avec quel que, adjectif conjonctif, qu'on a vu plus haut (§ 207, Rem. I) et qui est toujours suivi des verbes être, paraître^ sembler, etc. (au subjonctif). Ex. : quelle que soit la légèreté des enfants, ils ne sont pas incapables d'application. Quelle que paraisse sa science, elle est fort limitée.
Eemabque II. Quelque y suivi d'un adjectif et de que, est tantôt adjectif, tantôt adverbe :
l^ Quelque est en général adjectif, et, par conséquent, sujet à l'accord, quand l'adjectif qui le suit est lui-môme inmiédiatement suivi d'un nom ; le second adjectif semble alors de peu d'importance, et si éitroitement uni au substantif qu'ils ne forment ensemble qu'un seul et même nom, déterminé par quelque, Ex. :
Mais, quelques vains lauriers que promette la gnerre, On peut être héros sans ravager la terre. (BoiLEAtr.)
2*» Quelque est toujours adverbe oa neutre, et reste invariable, quand l'adjectif qui le suit est lui-même suivi d'un verbe comme être, paraître, etc. (au subjonctif). Ex, :
€ Quelque méchants que soient les hommes, ils n'oseraient paraître ennemis de la vertu, d (La Rochefoucauld.)
— Quelque est adverbe, à plus forte raison, quand il précède un adverbe. Ex, :
« Les méchants trouvent Dieu partout, quelque matin qu'ils se lèvent ; quelque loin qu'ils s'écartent, sa main est sur eux. » (Bossuet.)
— Quelque est également adverbe dans le sens de environ, devant les noms de nombre. Ex. .'J'ai quelque soixante ans.
— Quelque est encore adverbe, quand il est suivi d'un adjectif et d*un nom formant ensemble un même qualificatif, et qu'il est construit avec le verbe être, Ex. : quelque braves soldats qu'ils soient ; quelque bons écrivains qu'aient été Racine et Boileau...
C'est comme si Ton disait : quoiqu'ils soient braves soldats, bons écrivains,., et non (comme dans la règle précédente, 1°) : quoiqu'ils soient soldats, écrivains,,,,
9. Tel a plusieurs sens, et s'emploie avec diverses constructions :
1** Zfe/ indique la similitude. En ce sens^ on le trouvé seul ou répété. Ex. : Telle est la vie de la plupart des hommes. — Tel père, tel fils. « Tous sont connaisseurs ou passent pour tels. » (La Bruyère.)
2® Suivi de la conjonction que, tel exprime soit la similitude, soit le degré de force ou de valeur.
I. Tel exprime la similitude et, dans ce cas, le que marune comparaison. Ux,:
« La voilà telle que la mort nous l'a faite. > (Bossuet.) Cette locution est très usitée dans les comparaisons poétiques. Tie/ y est ordinairement répété. Ex. :
Telle qu'une bergère, aux plus beaux jours de fête, De superbes rubis ne charge pas sa tête,
Telle, aimable en son air, mais humble dans scm style, Doit éclater sans pompe une élégante idylle. (Boileau.)
II. Tel marque le degré de force, de valeur, et, dans ce cas, le que indique une conséquence. Fx.:
Sa bonté est telle qu'il se fait aimer de tous.
Oq:
l'elle est sa bonté qu'il se fait aimer de tous.
3^ Tel quel est une locution elliptique qui tient lieu de l'adjectif tel que, employé dans son sens comparatif et suivi du verbe être. Ex, :
Je vous rends votre livre ^e/û'we/,) , . , ,. ,, ,.,,.. J'ai exécuté le marché tel quel, j^ ^«t-à-dire telqu e/était.
€ Ce reste ^e/ç'Me/ va disparaître» (Bossuet), — c'est-àdire ce reste tel qu'il est.
A:" Pris absolameaty sans substantif, il a un sens tout à fait indéterminé, et signifie un homme. Ex, :
Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. (Racine.)
10. — I. Tout est un adjectif qui se place avant l'article ou avant un autre adjectif, mais après les pronoms personnels. Ex, : tous les hommes ; toutes vos bonnes résolutions ; vous tous, eux tous.
' II. Employé sans article, il donne au substantif un sens plus vague. Ex. :
Tout animal n'a pas toutes propriétés. (La Fontaine.)
(Ce qui signifie : un animal quelconque n'a pas des propriétés quelconques.) En toute chose, il faut considérer la fin. (La Fontaine.^ € La sotte gloire est de tout pays. » (M""* de Sévignb.)
Remarque. L'emploi on l'omissîofi de l'article a le même effet dans les locutions tous deux et tous les deux, etc. Selon la plupart des grammairiens, tous deux, tous trois, etc.» indiquerait la simultanéité; tous les deux, tous les trois, etc., marquerait l'action séparée. L'usage et l' autorité des bons écrivains ne justifient nullement cette distinction. Seulement, celles de ces locutions où entre l'article ont un sens plus précis. Ex. :
€ Cette clémence, dont on fait une vertu, se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et quelquefois par tous les trois ensemble. »
(La Rochefoucauld.)
« C'était un homme furieux, par zèle ou par esprit de parti, ou par tous les deux ensemble. » (Voltaire.)
€ Tous trois (Galba, Vitellius, Othon) périrent dans les guerres civiles. » (Boileau.)»
III. Quand tout est accompagné de plnsienrs substantifs, on peut ne mettre l'article que devant le premier. Ex. :
€ Tous les documents et matériaux dont j'aurai? besoin, d (J.-J. Rousseau.)
Mais si Ton veut appuyer davantage sur chaque mot, on répète Tarticle, surtout quand les noms sont dé genres différents. Fx. :
« Il était au-dessus de tous ces vains objets qui forment tous les désirs et toutes les espérances des hommes. »
(Massillon.)
IV. L'adjectif tout peut s'employer d'une manière ab- 86]ue, sans substantif :
1° Au pluriel masculin, et plus rarement au pluriel féminin. Ex, : il est aflPable pour tous et pour toutes;
2° Au singulier neutre. Ex, : le tout est plus grand qu'une de ses parties; c'est un homme à tout faire; ces deux choses diffèrent du tout au tout; rien du tout.
V. Tout peut aussi être employé comme substantif; son pluriel est alors distinct de celui de l'adjectif masculin (tous). Ou écrit : <t Plusieurs touts distincts les uns des autres, d (Dict. aoad.)
VI. Tou', au genre neutre, s'emploie comme adverbe, et se place devant un adjectif ou un au tre adverbe, ou une lo3ution adverbiale Ex. :
Des femmes tout éplorées, tout en larmes ;
La pièce est tombée tow à plat. (Dict. ao^b.)
Remarque I. Régulièrement, tout, employé adverbiale ment, devrait rester invariable. Mais, par euphonie, il s'accorde av^ec le substantif, quand il est suivi d'un adjectif fé îninin commençant par une consonne ou une h aspirée. Ex. :
E\le esi toute malade^ tou/e honteuse (Dict. Aoad)
Rbmaequb II. D*ailleurs, touty placé deyant un adjectif ou une locution adverbiale, n'est pas toujours adverbe.
Il est adverbe lorsqu'il signifie tout à fait. Il est adjectif, et, comme tel, soumis à l'accord, lorsqu'il indique la totalité. Ex. : c la forêt lui parut toute enflammée. La maigon était toute en feu. > (Dict. Acad.)
Nos oiseaux sont tout en vie n'a pas le même sens que nos oiseaux sont tous en vie.
L'Académie fait observer qu'une femme peut écrire : « je suis tout à vous, » et « je suis toute à vous, d Dans le premier cas, c'est une formule de politesse, dans le second, une protestation de dévouement.
Remarque III. Devant l'adjectif autre, tout signifiant tout à fait est adverbe, et par conséquent invariable. Ex. : c Tous méritez sans doute une tout autre destinée, b
(Molière.)
Mais, devant autre^ il peut aussi avoir le sens indéterminé qu'il a, comme on l'a vu plus haut (II), devant les substantifs non précédés de l'article. Il signifie un autre, réimporte lequel. Alors il reste adjectif et variable. Ex. :
« Toute autre place qu'un trône eût été indigne d'elle.»
(Bossuet.)
Remarque IV. Tout peut encore s'employer adverbialement devant les substantifs pris comme qualificatifs et tenant lieu d'adjectifs. Ex. :
« Le chien est tout zèle, tout ardeur, tout obéissance, r
(Buffon.)
Mais il est aussi sujet à l'exception énoncée à la Rb- MARQUE I. Ex. : Dieu est toute bonté.
Cependant on dit : une étoffe tout laine, tout soie.
Remarque V. Tout, pris adverbialement, est souvent suivi de la conjonction que, dans le sens de quelque...
que. Mais, à la diffërence de qwlque, il s'emploie avec l'indioatit Ex. :
ce U me semble que je vois ce cœur, tout insensible qu'il est. se réveiller et s'attendrir à cette parole I » (Fléchier.)
11. Un, pris comme adjectif indéfini, précédé de lai ticle, s'oppose souvent à autre. (Voyez plus haut, 1 bù, II.)
Uîi s'emploie avec pas et ne dans le sens négatif. Ex. : Il ny a pas une âme.
Remarque I. Pas un, sans Vadverbe négatif ne, peut devenir synonyme de quelqu'un, un seul. Ex. :
Si j'en connais pas un, je veux être étranglé.
(Racine, les Plaideurs.)
Mais, dans les réponses, il a toujours le sens négatif. Ex. : reste-t-il quelques fusils ? — Pas un.
Remarque II. Le pluriel de l'adjectif indéfini un, qui est des, se supprime après la préposition de. Ainsi l'on dit au singulier : il a la réputation d'un homme sage ; et au pluriel : ils ont la réputation d'hommes sages.
Les règles de l'adjectif indéfini des se confondent avec celles de V article partitif {du, de la, des), § 197.
1 1 bis. L'adjectif indéfini aucun, formé du précédent, a le sens de quelquun,loTsqu'il n'est pas accompagné d'un adverbe négatif ; mais il ne s'emploie plus guère en ce sens que dans les phrases interrogatives ou dubitatives. Ex. : de tous ceux qui se disent mes amis, aucun m'a-t-il secouru? — Je doute qu^aucun de ces arrogants fasse ce qu'il dit.
[Étymologib et Histoire. — Aucun, anciennement alqun, al cwn, vient de aliquem unum (quelqu'un), et par conséquent n'avait nullement, à rorigine, le sens négatif. — Dans l'ancien français on disait aucuns et quelquefois d'aucuns, pour quelques-uns Ex, : <r Aucuns disent » (Montaigne.)]
Aucun est, du reste, plus ordinairement employé avec une négation. Ex. :
Que chacun se retire^ et qu'aucun n'entre ici.
{Corneille.)
Dans les réponses, la négatîon peut être sous-entendue. Ex. : apercevez-yous quelque vaisseau ? -^ Av,cun {c-à-d, je n'en aperçois aticun).