II. Place des p7*onoms personnels dans la phrase
§ 222. Eemaequb !• — Les pronoms personnels faisant fonction de sujet se mettent avant le verbe, excepté :
V Dans les interrogations (§ 104). Ex.: Yenez-vous?
i' Dans les exclamations, Ex. :
Dieux ! que ne suis-Je assise à l'ombre des forêts I (Racine.)
3** Dans certaines formules employées pour citer des paroles prononcées par une autre personne. Ex. : dït-û, répondit-il, reprit-Uy s^écria-t-il, etc.
4** Dans les propositions suppositives. Ex.: eussé-je, dussé-je, etc. (5 302, Rem.).
206 GRAMMAIBE FRANÇAISE
§ 223. Eemabque II. Dans certaines formnles interrogatives, le pronom personnel sujet peut rester avant le yerbe. Ex: ainsi, vous Tenez? (ce qui équivaut à : n'est-ce pas que vous venez f).
On peut placer le pronom personnel sujet^ soit après, soit avant le verbe, quand il y a dans la phrase les conjonctions ou adverbes suivants : aicssi, en vain, peut-être, toujours, à peine, encore, etc. Ex.: à peine étiez-vousné.
A peine nous sortions des portes de Trézène. (Racine.)
§ 224. Reui ABQUE m. Pour les pronoms personnels faisant fonction de compléments directs ou indirects, il faut distinguer l'emploi et la place de ces deux espèces de compléments dans les plirases énonciatives ou impératives.
1^ Dans les propositions non impératives, avec ou sans négation, les pronoms servant de complément direct ou indirect se mettent toujours avant le verbe. Ex. :
Je /'estime infiniment. — Je le lui ai dit.
Cependant ces pronoms doivent se placer après le verbe, s'ils sont accompagnés d'un autre complément. Ex. :
J'estime son père et lui. — Je Tai dit à son père et à lui
On met, comme compléments directs :
Avant le verle :
me, te, se ; le, la, les.
Après le verbe :
moi, toi, soi.
On met, comme compléments indirects :
Avant le verhe:
me, te, se ; lui, leur.
Ap7'ès le verbe: moi, toi, soi ; eux, elles.
Certains verbes veulent être précédés, d'autres suivis des pronoms compléments indirects. Ex.:
Vous me parlerez. | Vous songerez à moi
L'usage décide de ces constructions ; la seconde peut, du reste, toujours s'employer pour la première, quand on veut insister davantage sur l'idée de la personne. Ex. :
Avez-vous oublié que vous parlez à moi ? (Corneille.)
« n faut que chacun de vos auditeurs s'içQagine que vous parlez à lui en particulier. (Fénelon.)
2^ Dans les propositions impératives^ les pronoms s'emploient et se placent différemment selon qn'ils sont compléments directs ou indirects, avec ou sans négatioii :
S'il 7 a négation, les pronoms se placent toujours avant le rerbe ; et Ton emploie me, te, même comme compléments indirects. Ex, :
Ne me trompez pas. — Ne me refusez pas cela.
S'il n'y a pas négation, les pronoms se placent toujours après le verbe, avec un trait d'union j et Toq emploie : 1** comme compléments directe, mot y toi, le, la, les; 2** comme compléments indirects, moi, toi, lui, leur. Ex, :
V Conduisez-7wo2*; conduisez- Ze; conduisez-/es.
2° Répondez-mo2*; Téponàez-lui ; répondez-fewr,
§ 225. REikiARQUE IV. — Quand deux pronoms se suivent, faisant fonction, Tun de complément direct, l'autre de com> plément indirect, ils Remettent toujours tous les deux avant le verbe au mode indicatif (avec ou sans négation). Ex. : je iè lui' ai dit; — je ne /é /ta ai pas dit.
Ils se mettent : 1^ avant le verbe dans les propositions impératives avec négation ; 2"* après le verbe, et avec deux traits d'union, dans les propositions impératives sans négation, Ex. :
1° Ne le lui dites pas. — 2** Donnez-nows-/es. .
De ces deux pronoms qui se suivent, c'est en général le pronom complément indirect qui se met le premier ; mais lui, leur, en, y se mettent toujours après le complément direct. Ex. *
On le lui
On me On te On no\ On vous
S"'* >adit
On nous
On le leur \ *
T^.. ( 'le-lui, '^'^'^ \ .le-leur.
Je vous en ramènerai.
Je vous y conduirai.
§ 226. Remarque V. Quand les pronoms personnels sont compléments d'un infinitif dépendant d'un autre rerbe, Hb se plaoent immédiatement ayant cet infinîti£ Ex. :
Dé quelle trahison pouyez-vous donc vous plaindre ?
(Molière.)
Emploi des jfyronoms personnels.
§ 227, Lorsque le pronom moi est avec un autre pronom on un substantif, c'est une règle de politesse, en français, qu'il s'énonce le dernier. Ex, : vous et moi; cette personne et mot,
§ 228. Les pronoms je, me, te, se, le, la élident leur yojeîle qnand ils sont suivis d'un verbe dont ils sont sujet ou complément et qui commence par une voyelle ou des pronoms euj y. Ex. : Rappelle, je ^'appelle, il Tappelle, il ^'aimej il ^'en va, il s'y promène, donnez-m'en.
§ 229, Les pronoms mx)i, m<?, te, nous, vous se mettent qnelfj[tief(>îa avec un verbe, par une formule explétive qui ne sert ao a vent qu'à donner du mouvement à la phrase. Ex, :
Prenda-moï'le bon parti , laisse là tous tes livres. (Boileau.) Oa va me gâter cela. Je ^e le fustigerai bel et bien. »Je vous
l'aï bel et bien fustigé.
((rHA.MMAiRœ COMPARATIVE. — La même tournure se trouve en
grec et en Utin. Ex. :
Qui metiioiis vivet, liber mihi non erit unquam. (Horace.)]
g 230, Le pronom nous s' emploie pour je ou moi, soit pax modestie, soit par emphase. Ex.: Nous pensons... Nous sommes persuadé... Nous déclarons...
Dans le langage familier, il tient quelquefois lieu môme d'un pronom de la 2® personne. Ex. : il paraît que nous n'avons pas été sage.
§ 231. Le pronom vous s'emploie pour tu par respect ; aiusi^ dans Eacine, Iphigénie dit à son père :
Quand vous commanderez, vous serez obéi.
Le tutoiement qui, dans le langage nsuel, est un signe de familiarité, a au contraire une certaine solennité en poésie. £x. :
mon souverain roi, Me voici donc tremblante et seule devant toi, ,
(Racine, EstJier,)
f Origines latines. — Ce nous et ce vous, au singulier, viennent d'un usage qui s'est introduit vers la fin de Tempire romain : les empereurs disaient nos, en parlant d'eux-mêmes ; et, pour leur témoigner du respect, on disait vos en leur parlant ou en leur écrivant.]
§ 232. Les pronoms de la première et de la deuxième personne, au singulier et an pluriel, ont les deux genres ; je, ta; vous, nous, servent pour le masculin et le féminin.
Les pronoms de la 3® personne (il, elle; ils, elles) prennent le même genre et le même nombre que le nom dont ils tiennent la place. Ex. : voyez cette maison; elle est grande. — Voyez ces jardins; ils sont beaux.
§ 233. Dans les phrases interrogatives, les pronoms de la 3* personne {il, elle; ils, elles) se placent après le verbe, et cela même quand le sujet du verbe est exprimé. Fx, : voire père est-il arrivé ?
Ces pronoms forment un pléonasme avec le sujet ; mais ce pléonasme est nécessaire pour marquer l'interrogation, qui, en français, est généralement indiquée par la position du pronom personnel sujet après le verbe.
Ce pléonasme se rencontre encore dans les diverses tournures qui exigent ou admettent le sujet placé après le verbe (Voyez plus haut, § 223). Ex, : Rome dût-elle périr! A peine Punivers eut-il été créé...
§ 234, Le pronom de la troisième personne forme enc. M. 12.
core pléonasme dans certains tours de phrases rapides et expressifs. Ainsi :
V II pent être en quelque sorte jeté au commencement de la phrase, pour annoncer le sujet. £x. :
€ Le voilà donc mort, ce grand ministre, cet homme si considérable, qui tenait une si grande place ! » (M°*® de Sévigné.)
2^ Il peut venir après un complément mis au commencement de la phrase par inversion, pour le rappeler et pour former le complément régulier au point de vue grammatical. Ex. :
Le bieUf nous le faisons; le mal, c'est la Fortune.
(La Fontaine.)
§ 235. Le pronom «7, qui s'emploie au neutre avec les verbes impersonnels {il faut, il pleut, il neige, il tonné), forme souvent un pléonasme d'un autre genre : il sert de sujet grammatical ou apparent à des verbes dont le sujet logique ou réel est quelquefois au féminin ou au pluriel. Ex. :
//pleut des halles; il est trois heures; il fait beau; U m'est venu une idée ;îIjsl peu de personnes; il se trouvait là quelques personnes.
Il est des nœuds sec7*ets, il est des sympathies.
(COBipiILLE.)
Souvent le sujet est un verbe à l'infinitif, soit seul, soit précédé de la préposition de. Ex. : Il fait beau voir...
Il est beau de mourir maître de l'univers.
(Corneille.)
(Mourir maître de l'univers, sujet réel, est beau.)
§ 236. Dans l'emploi des pronoms de la 3® personne, il feut éviter avec soin les équivoques auxquelles ils peuvent
donner lien. La règle nniqne est la clarté; ponr Tobtenir, on doit quelquefois répéter le substantif, Ex. :
« Hypéride a imité Démosthène en tout ce que Démosthène a de beau. » (Boileau.) //, mis au lieu du nom de Démosthène répété, eût produit une amphibologie.
§ 237. On emploie le, la, les^ comme complément direct dans les propositions subordonnées, pour désigner le sujet de la proposition principale, quand ce sujet est à la 3« personne. £x. :
Qui pardonne aisément invite à Toffenser.
(Corneille, Cinna.)
§ 238. Les pronoms de la 3® personne, lui, elle, eux, elles, accompagnés des prépositions à et de, ne s'emploient guère qu'en parlant des personnes.
En général, lorsqu'on parle des choses ou des animaux, on se sert des pronoms en (pour de lui, d'elle, (feux, d'elles) et y (pour à lut, à elle ; à etix, à elles). Ex, : oe cheval est méchant : n'e/i approchez pas, n'y touchez pas.
€Les choses de la terre ne valent pas qu'on s'y attache.»
(Nicole.)
Cependant, si l'on considère comme des personnes les animaux et si l'on personnifie les choses, on se sert des pronoms ordinaires (lui, leur, etc.). Ex. : ces animaux ont faim : donnez-/ewr à manger. Aimez le travail : vous lux devrez l'aisance et la considération.
Cette règle est à rapprocher d'une autre, d'après laquelle on remplace l'adjectif possessif par lé pronom en^ (§ 205, Rem. IL)
Remarque L Les pronoms en, y, qui s'appliquent surtout aux choses, s'emploient aussi quelquefois quand il s'agit des personnes. Ex. :
Un vieillard, amoureux mérite qu'on en rie.
(Corneille.)
€ On me dit tant de mal de cet homme, et j'y en Tois si peu. > (La Bbuyèbe.)
Eemabque il En et y s'emploient même pour les pronoms de la 1'® et de la 2* personne. Ex. :
Parlerez- vons de moi ? — S'en parlerai.
Penserez-vous à moi? — y y penserai.
[Origines latines. — Le mot en est une sorte de génitif ou d'ablatif du pronom is ; mais il vient de înde, adverbe dérivé de is.
Y est une sorte de datif du même pronom is : il vient de ibif ancien cas locatif de is.
De même inde fait quelquefois en latin fonction "de pronom .à l'ablatif. Ex, : inde vescitur ; inde scelera gignuntur, etc.
Cette origine adverbiale des pronoms en^ y, explique pourquoi ces deux pronoms s'emploient plutôt pour les cnoses que pour les personnes : ce sont en quelque sorte des pronoms neutres»!
§ 239. Les pronoms en, y, employés comme neutres, peuvent représenter des propositions. Ex. :
« H a été clément jusqu'à s'en repentir. J>
(BOSSUBT.)
Je vois qu'on m'a trahi. Vous m'y voyez rêver.
(COBNBILLB.)
Remauque. Les pronoms en et y entrent aussi dans plU' sieurs idiotismes, où ils paraissent explicatif. Ex. :
En croiraî-je mes yeux? — A en croire les apparences. — En venir aux mains. — S'm tenir à. — En imposer à. — En vouloir à quelqu'un. — Wen pouvoir plus, etc.
Bat Vair qui n'en peut mais.
(La Fontaine.)
Il y va de la vie. — Je vous y prends. — Vous n'y pensez pas. — Je n'y vois goutte. — F regarder à deux fois, (*<».
§ 240. En s'emploie dans les phrases dont le sens est partitif, surtout avec les adrerbes de quantité et les adjectifs numéraux non suivis d'un substantif. Ex. : a-t-il des protecteurs? Il en a beaucoup.
Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois.
(La Fontaine.)
§ 241. Les pronoms se, soi sont employés, en général, comme pronoms personnels réfléchis^ c'est-à-dire indiquant une action qui retourne sur le sujet; par conséquent, ils marquent un complément (direct ou indirect). Ex. : il s'aime; il se nuit ; trop souvent on ne pense qu'à soi.
Remarque. Le pronom soi peut néanmoins être sujet dans certaines phrases indéfinies. Ex. :
On a souvent begoin d*un plus petit que soi,
(La Fontaine.)
Que soi équivaut à : que soi (pour m) n^est; c'est-à-dire : que Von nest soi-même.
§ 242. Le pronom soi ne s'emploie guère, quand on parle des personnes, qu'après les adjectifs ou pronoms indéfinis on, chacun, quiconque, nul, personne, ou après un infinitif employé d'une manière indéterminée. Ex. : on doit éviter de parler de soi. — Dire « chacun pour soi j> et n'aimer que soi, c'est de l'égoïsme.
Ce pronom s'emploie après les noms de choses, msA^ rarement quand ces noms sont au pluriel. Ex. : toute faute entraîne après soi le repentir. (On dit avec le pluriel : toutes les fautes entraînent après elles le repentir.)
[Histoire. — Aujourd'hui, au lieu de soi, on emploie luimémey elle-même, eux-mêmes, elles-mêmes, ou simplement /«t, elle, eux, elltë, comme pronoms réfléchis, quand le sujet est déterminé. Ex. : cet homme ne pense qu'à /ut. ;
Tel n'était pas Tusage de l'ancienne langue française, qui, plus voisine de son orîgine latine, et plus fidèle à Fétymologie comme à la logique, employait toujours en ce sens le pronom réfléchi soi {mi, sibi). Cet usage a subsisté jusqu'au xvii* siècle. Ex.:
Le courtisan n'eut plus de sentiments à 50t.
(BOILBAU.)
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
(Racine.)
L'emploi du pronom soi^ en ce sens, est d'autant plus à regretter qu'il marquait, bien mieux que lui, elle, le rapport avec le sujet. Ex, :
Qu'il fasse autant pour soi comme je fais pour lui,
(Corneille.)
Ou mon amour me trompe, ou Zaïre aujourd'hui, Pour l'élever à soi, descendrait jusqu'à lui,
(Voltaire.)
§ 243. Les pronoms de la 8® personne ne penvent remplacer un nom pris dans un sens iadéterminé. Ainsi, Ton ne dira pas :
J'ai demandé pardon; il m'a été accordé.
J'ai demandé grâce; elle m'a été accordée.
Mais on dira, en employant les noms dans un sens déterminé :
J'ai demandé mon pardon; il m'a été accordé.
J'ai demandé ma grâce; elle m'a été accordée.
§ 244. Lorsque le pronom de la 3® personne, pris comme attribut, représente un nom pris dans un sens déterminé, il s'accorde avec ce nom en genre et en nombre ; on emploie alors le, la, les. Ex, :
Êtes-vous la mère de cet enfant? Je lu suis.
Êtes- vous les témoins? Nous les sommes.
Mais lorsque ce pronom représente un adjectif, un
StNTAXE DU PRONOM. — § 246 215
nom pris dans un sens indéterminé, un verbe ou une proposition, il se met au neutre, et reste invariable. Ex. :
Madame, êtes-yous malade? — Je le suis. Serez-Tous attentifs? — Nous le serons.
Il faut aider les autres, autant qu'on le peut. Si j'ai rénssî, je vous le dois.
Je le veux, je le dois, il le feut.
c Les fourbes croient aisément que les autres le sont. >
(La Bruyère.)
§ 246. On a déjà vu divers emplois du pronom neutre de la 3® personne (§§ 235 et 244). Ce ne sont pas les seuls. Le pronom neutre le s'emploie comme synonyme de cela, et comme complément de verbes actifs et même de verbes neutres, dans certaines locutions. Ex. :
Je me le tiens pour dit. — Vous le prenez sur un singulier ton. — Je vous le passe pour cette fois. — Il ne le cède en rien à personne.
Ainsi vous remportez I (Corneille, Le Cid,)
I 246 bis. On met un trait d'union : 1** entre les pro« noms personnels et le mot même {moi-même^ vous* même, etc.); 2*^ entre l'impératif des verbes et les pronoms personnels moi y toi, nous, vous, le, la, lm\ les, lem\ e;i, y, Ex. ; parlez-lui, rendez-la-lui, transpo7Hez-vous-y ; 3** entre les verbes employés interrogativemenfc et le pronom per* sonnel sujet (que dites-vous? qu'a-til dit?).