III. Compléments de l'adjectif
§ 216. Les principales prépositions qui peuvent unir les adjectifs à leur complément sont de, à, pour, sur, envers, etc. La préposition qui doit être employée pour chaque adjectif est réglée par Tusage. Ex. :
Plein de bonté ; utile à tous ; hon pour ou envers tous, etc.
Eemabque I. Un certain nombre d'adjectifs, ayant un sens précis et complet, ne prennent pas de complément. £x, : affable^ téméraire, timide, etc.
Bemabque II. Quelques-uns prennent, en poésie et dans le style soutenu, des compléments qui les détournent de leur sens ordinaire. Ex, : aflPamé de gloire, ivre d^orgueil, muet de terreur, sourd aux prières, aveugle sur ses défauts, etc.
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes.
(Racine.)
Bemabque IIL L'adjectif ^o/>re est uni, en général, à Bon complément parla préposition à. Ex. r' propre à divers
Quelquefois il est suivi de la préposition de, mais seulement quand il a le sens de particulier, spécial, exclusif. Ex. : Ce sable est le terrain propre de cette plante.
(DiCT. AcAD.) En réalité, de marque alors le complément du substantif plutôt que celui de l'adjectif ;?ro;>re.
Remarque IV. Divers compléments d'adjectifs sont marqués par les prépositions à et de suivies d'un infinitif. £x, : enclin à médire ; assuré de vaincre.
Avec la préposition ày cet infinitif a tantôt le sens actif, tantôt le sens passif. Ex. :
V Sens actif.
Homme sujet à changer d'avis; — facile à recevoir des impressions; Fleur belle à ravir.
2^ Sens passif.
Chose triste à dir^, à penser ;
— diflScile à ciboire ; Homme facile à t7*omper;
— fou à lier.
Remarque V. Quelquefois les prépositions à et de s'emploient après le même adjectif, avec des sens différents ou des nuances du même sens. Ex. :
V Avec à:
— Pa7*esseux à :
Il est paresseux à se lever.
{Paresseux à semble indiquer plutôt une disposition générale ; paresseux de, une disposition particulière.)
— Prêta:
« Plus prêt à tenir sa parole qu'à la donner. j>
(Fléchibr.)
(Prêt à indique une disposition générale.)
2° Avec de :
Paresseux de :
Un spectateur toujours paresseiuc «Tapplaudir.
(Boileau.
Prêt de, qui est tombé eu désuétude, indiquait une diepositiou particulière.
Prêt à s'oppose plutôt aujourd'hui à la locution jom de, dont le sens est fort différent : prêt à signifie disposé à; près de signifie sur le point de. Ex. :
Ce malade est prêt à mou- 1 Ce malade e&iprèsdemoU'
nr.
nr.
§ 217. Quand deux adjectifs admettent après enx la même préposition, ils peuvent avoir le même complément. Ex. : ce maître est utile et cher à ses élèves.
Mais quand plusieurs adjecti& se suivent et demandent des prépositions différentes, chacun d'eux doit avoir le ccMnplément qui lui convient. Ex» : ce maître est sévère pour ses élèves et cependant cher à tous.
CHAPITKE IV.
§ 218. — En général le pronom est simplement, comme son nom l'indique, mis à la place du nom dans la phrase. Mais quelquefois sa signification est plus étendue et résume toute une proposition. Ex. :
Contre tant d'ennemis que vous reste-t-il ? — Moi, Ce moi de la Médée de Corneille signifie : je reste, à moi seuhy contre tant â^ ennemis.
§ 219. — Il y a corrélation entre la plupart des pronoms et des adjectiâ déterminatifs; par exemple entre :
Les adjectife possessifs (mony ton, son^ etc.) et les pronoms possessifs {te mien, le tien, le sien) ;
De même entre les adjectifs démonstratifs (ce, cet) et les pronoms démonstratifs (celui, celle, ce) ;
De même entre les adjectifs interrogatifs et conjonctifs (quel, quelle) et les pronoms interrogatifs et conjonctifs (qui, que, quoi) ;
De même encore entre les adjectifs indéfinis (mw, aucun, c^a5't^e,etc.)etlespronoms indéfinis (on, personne, nen,etc.).
Mais les pronoms se distinguent toujours des adjectifs en ce qu'ils tiennent lieu d'un nom, et n'en peuvent être
ficcompagnés, tandis que les adjectifs doivent tonjonrs être sniTis d'an nom on supposent l'ellipse d'an nom.
l"" DES PBOKOMS PERSONNELS.
Ls$ pronoms personnels^ sujets ou compléments.
§ 220. — Les pronoms personnels remplissent dans la proposition les fonctions de snjet^ de complément direct ou de complément indirect.
Quelques-uns ont des formes spéciales pour chacune de ces fonctions. Ainsi, /e, tu, «ï, ils sont exclusivement employés pour marquer le sujet ; me, te, le, les, lui, leur, pour marquer les compléments (direct ou indirect).
Moi, toi, lui, eux s'emploient ordinairement comme compléments indirects, et cela même sans préposition. {Ex. : répondez-moi*. — Je lui dirai.— C'est à euxcpj^ je parle.)
Mais ils s'emploient aussi comme compléments directs et comme sujets dans les propositions interrogatiyes, exclamatives, elliptiques, et dans les réponses ou pour redoubler les sujets ye, tu, il, et les compléments directs me, te Ex.: qui accuse-t-on?— Eux et toi. — Est-ce lui ou moi? — Moi, que /aille trahir la foi jurée! — Je pense ainsi, mais lui, il pense autrement. — Et tous, pensez-Tous comme moi? — Je vous le dis, moi. — Voulez- vous me perdre, moi, votre allié ? — Il s'aime et n'aime que lui.
Bemabqtte. Les pronoms moi, toi ne sont employés comme sujets, en dehors des phrases interrogatives, que lorsqu'ils sont redoublés par quelque autre pronom de la même pernonne. Il en est de même, en général, de lui et eux. Ex, :
Moi, des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire I
(Raoike.)
[Originbs latines. — Les origines latines des différentes formes des pronoms personnels français rendent compte des
fonctions qu'ils remplissent, comme sujets ou comme compléments ; il faut noter toutefois que, le cas sujet de Tancienne langue ayant presque entièrement disparu, le pronom sujet s'est, pour la troisième personne du pluriel, confondu avec le pronom complément direct. Comme compléments indirects, lui leur, et quelquefois moi, toi, s'emploient sans préposition (Ex. : je lui parle, réponds-moO, c'est qu'ils représentent, en latin, des cas obliques, Ex. :
l* SUJBT
30 COMPL. INDIRBCT
{'•personne : je, ego nous, nos
me, me nous, nos
moi, mihi nous, nobis
2® personne : tu, tu
vous, vos
te, te vous, vos
toi, tibi vous, vobis
â» personne : il, ille, illud Q\\Q,illa ils, elles illos, nias
le, illum, illud
la, illam les, eux, elles illos, nias se, se
lui
nu, hnic leur illorum sib\ soi.
§ 221. — La place et l'emploi des pronoms personnels donnent lien à plusieurs remarques.