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II. Complément indirect et circonstanciel

I 276. Le complément indirect des verbes actifs se marque en général par les prépositions à,, sur, vers, contre (indiquant le lut\ et par les prépositions de, de la part de, par (indiquant h point de départ, la manière). Ex.: j'envoie une lettre à mon ami. J'ai reçu une lettre de mon ami.

Remarque. Les verbes neutres et les verbes passifs n'ont que des compléments indirects.

Les verbes neutres prennent devant leur complément les mêmes prépositions que les verbes actifs. Les verbes passifs prennent devant leur complément la préposition par, et quelques-uns la préposition de; ces derniers sont les verbes qui indiquent un sentiment, Ex. : Pompée a été vaincu par César^ Le peuple d'Israël a été choisi de Dieu, béni de Dieu. Il est aimé, chéri, détesté de tous.

§ 277. Le complément circonstanciel ne prend pas toujours de préposition, quand c'est un nom marquant la durée, le prix, le poids, la manière, etc. E^c.:

Ils restèrent quelque temps immoliles. J'ai acheté ce

lirre cinq francs. Cela ne pèse pas une once. Il a de Tesprit argent comptant. Il est parti grand train. Il Ta ventre à terre. J'ai couru toute la ville.

§ 278. Quand le complément indirect doit être marqué par la préposition à et un pronom, la préposition se supprime, et le pronom se met ayant le verbe. Fx. : je vous^ enverrai une lettre; vous m'enverrez, vous Zm enverrez une lettre, etc. (pour j'enverrai à votes, vous enverrez à moi, à luiy etc.) .

Remarque I. La place qu'occupent dans la phrase les pronoms personnels faisant fonction de compléments donne lieu à plusieurs règles étudiées plus haut (§ 225).

Remarque II. Les pronoms conjonctifs et interrogatifs Àisant fonction de compléments directs ou indirects, peuvent précéder deux verbes et dépendre du second, employé aoit à l'infinitif, soit à un mot personnel dans une proposition subordonnée commençant par que. Ex. :

Cet enfant sans parents gu'elle dit qu'elle a vu. (Racine.) On pourrait dire aussi : qu^elle dit avoir vu.

Remarque III. Quant aux autres compléments directs ou indirects, c'est le sens général de la phrase, le goût et quelquefois l*oreille qui indiquent lequel doit être placé le premier. En général, c'est le plus court qui se met le premier. Ex. : verser son sang pour la patrie.

« Il leur donne ^owr récompense l'empire du monde. »

(BOSSUET

§ 279. Dans les locutions commençant par o^est^ le pronom faisant fonction de complément indirect est précédé d'une préposition et suivi de la conjonction que. Ex. :

« Cest à vous que je parle, ma sœur. » (Molière . )

En se servant d'une autre tournure, on pourrait dire : c*est vous à qui je parle.

Mais on ne dira pas : c^est à voies à qui je parle^ parce qne le même complément ne peut être exprimé denx fois.

Parla môme raison. Ton dira : c'est là que je dois aller (et non : c'est là ou...).

(Histoire. — On doit donc voir, sinon une faute, du moins un pléonasme, dans ce vers de Boileau :

CTest à vous, mon esprit, à qui je veux parler.]

§ 280. Deux verbes peuvent avoir un même complément, s'ils ne demandent pas un complément différent, ou si leur complément indirect se marque par la même préposition. Fx. : ce général assiégea, prit et saccagea cette ville. Un bon citoyen obéit et se conforme à la lot.

Mais s'ils ont des compléments différents, ou s'ils marquent leur complément indirect par des prépositions différentes, chacun d'eux doit avoir le complément qui lui convient. Fx. : ce général assiégea cette ville, s'en empara et la saccagea. Un bon citoyen respecte la loi et s'y conforme.

Remaeque I. Cette règle est la même que celle des compléments des adjectifs. (Voyez plus haut, | 217.)

Eemaeque II. En général, après un même verbe, les compléments doivent être de même nature : les substantifs vont avec les substantifs, les verbes avec les verbes, etc. Cette règle n'est cependant pas absolue :

1*^ L'infinitif, ayant une grande parenté avec le substantif, et pouvant conséquemment servir de complément à un verbe ( Voyez § 313), se joint quelquefois à un nom pour former le complément d'un même verbe. Fx. :

« Cela est admis joowr la variété, pour délasser l'esprit. »

(La Bruyère.)

^ Après un complément direct, on peut mettre une proposition subordonnée complétive. Fx. :

c Elle comprit tout le mérite de la pénitence, etcom-

bien les hommes sont insensés de disputer à Dieu un instant de contrainte. » (Massillon.)

Remarque III. Le yerbe faire s'emploie quelquefois pour éviter la répétition d'un autre verbe, dont il prend le complément, surtout quand c'est un verbe neutre. Ex. :

<L On ne peut s'intéresser plus tendrement que je fais à ce qui voua touche . »

(M'"* DE Sévignb.)

[Histoire. — Cet emploi du verbe /aire était très-fréquent et très-étendu au xvii® siècle. On l'employait même avec les verbes actifs. Ex, :

Ci Dieu vous comptera plus un verre d'eau domié en son nom que les rois ne feront ]a.msiiBtout votre sang répandu..j> (Bossuet.)]

III. Vey^èes tantôt actifs, tantôt neutres, tantôt réfléchis,

I 281. Un certain nombre de verbes peuvent, ordinairement, en modifiant plus ou moins leurs sens, s'employer tantôt comme verbes actifs (avec complément direct), tantôt comme verbes neutres (avec ou sans complément indirect) ; par exemple :

V Comme verbes actifs :

Aide B. Aider quelqu'un (luidounerune aide durable).

Changer. Changer une chose pour une autre.

Courir. Courir un lièvre, un cerf, etc.

Insulter. Insulter quelqu'un (l'outrager en paroles ou en actes).

Croire. Croire une chose (la tenir pour vraie) ; croire

2** Comme ve?*bes neutres :

Aider à quelqu'un (lui prêter une aide momentanée).

Changer de résolution, de parti.

Courir après un lièvre.

Insulter au malheur de quelqu'un (manquer aux égards dus à ce malheur).

Croire à quelque chose (y avoir confiance); croire en

quelqu'un (le tenir pour véridique) .

Manger. Manger du pain.

Penser. Que pensez-yous de cela?

Regarder. Regarderquelqu'un.

Suppléer. Suppléer quelqu'un (le remplacer).

Dieu (croire à son existence).

Bienmanger^ mal maager.

Je pense, donc je sais.

Regarder à côté, de travers.

« L'orgueil peut, ponr un temps, suppléer à la vertu »

(Massillon), c'est-à-dire:

réparer ce qui manque du côté de la vertu.

Toucher à une chose (y porter légèrement la main, reffleurer).

Tourner à droite, à gauche.

Retourner chez soi.

Traiter d'une chose (en parler ou en écrire); traiter d'une charge (négocier pour la vendre ou Tacheter).

Toucher. Toucher une chose (mettre la main sur une chose pour la palper).

Tourner. Retourner.

Tourner les voiles au vent.

Retourner un tapis.

Traiter. Traiter une question (s'en occuper sérieusement, longuement) ; — une maladie (la soigner).

On peut ajouter à cette liste les verbes applaudir,

COMMANDER, COUCHER, DESCENDRE, DRESSER, MANQUER, REMUER, SERVIR, SORTIR, PASSER, etC

Ou verra plus loin (| 289) que ces verbes, en changeant d'emploi, changent en général d'auxiliaire.

§ 282. Quelques verbes s'emploient à la fois comme verbes actifs ou neutres et comme verbes réfléchis. Ex. :

Promener. Promener un cheval; aller se promener.

IEt le désir s'accroît, quand l'effet .se recule. (CoRNEiïiLE, Cinna.) Accroître sa fortune; sa fortune s'accroît.

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