‹ Nouvelle grammaire françaiseChapitre 131 sur 176 · M"'* DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

M"'* DE SÉVIGNÉ

Dans cette phrase, Ce que les soldats affirment est mis à l'indicatif ; ce qu'ils demandent, ne sachant si cela leur sera accordé, par conséquent avec doute, est au subjonctif.

1 292. Remarque I. Le subjonctif se mettra donc après la conjonction que et les verbes exprimant le doute ou la crainte, soit par eux-mêmes, soit par suite d'une négation ou d'un tour interrogatif, par exemple : nier, douter, craindre, appréhender, trembler, etc.

Mais la négation et l' interrogation n'entraînent le subjonctif qu'autant qu'elles expriment une idée de doute, d'incertitude. Ainsi l'on dit :

1* Avec l'indicatif.

il ne réfléchit pas quil se

perd; réfléchît-il quil se perd?

n'est-il pas vrai ne croyez vous pas croyez -vous vraiment

2^ Avec le subjonctif

on rie me persuadera pas

ne vous figurez pas

quil en

soit

ainsi.

croyez-vous j qu'il en

pouvez -vous espé- l soit

rer \ ainsi?

pouvez-vous croire

248 OBAMMAIBE FRANÇAISE.

D*un autre côté, il y a de certaines formes aflarmatives en apparence, qui supposent en réalité un doute ou tout an moins une simple supposition, et qui, par suite, entraînent le subjonctif. Ex.:

j'ai peine à croire j ,^^ ^ ^^^^ ^^^^^^

je n ai guère de raison pour espérer ) ^

Cependant la simple subordination marquée par la conjonction que amène souvent le subjonctif, Ex.: Je suis ravi qu*U ait réussi.

§ 293. Remarque II. Le subjonctif se met après que et les verbes ou les adjectifs exprimant un ordre, une défense, un désir, un mouvement de Tâme, une obligation, une cause, etc., parce que ces verbes et ces adjectifs indiquent en général des choses à venir, par conséquent toujours peu certaines ; par exemple :

1** Les verbes vouloir, ordonner, défendre, consentir, permettre j souffrir, atttndre, mériter^ se réjouir^ rougir;

2° Laplupart des verbes impersonnels, comme il convient, il faut, il importe, il est temps, c'est assez, c'est beaucoup, il est juste, il est ion, il est possible, tant s'en faut que, etc.;

3^ Les adjectifs content, satisfait, heureux, ravi, mécontent fâché, affligé, désolé, honteux, confus^, bon, joyeux, convenable, fâcheux, nécessaire, possible, etc. (Voyez Rem. VI."

Ainsi Ton dit : je veux, je désire, j'entends, je prétends que l'on obéisse-, je ne veux pas, je défends que Von sorte; je suis ravi qu'^ réussisse.

Avec les verbes impersonnels, l'idée de doute amène seule le subjonctif. Ainsi Ton dira : // faut qu'il périsse (parce qu^il peut ne pas périr malgré l'obligation qui a été déclarée) ; mais on dira : il esr vrai, il est certain, il est évident qu'il a péri (parce que c est un fait qu'on rapporte et qu'on affirme). De même on dira : il est possible qu'il périsse; mais on dira : il est probable qu il périra. Après il semble, on met l'indicatif ou le subjonctif (d'après la

SYNTAXE DU VEEBB, — § 295

règle vue pins haut, § 291)» selon qn'on yent îndiqner nne affirmation atténnée on exprimer nn donte. Ex.:

qn'i7 a oublié son rang; qn'// ait oublié son rang.

il semble

§ 294. Bemabque III. Le subjonctif se met encore dam les propositions subordonnées formées par les conjonctions^ locutions conjonctives et pronoms conjonctifs qui suivent '

à condition que»

à moins que»

afin que, au cas que»

avant que, bien que, de crainte que, de peur que»

en cas que»

encore que,

jusqu'à ce que, loin que, non que»

pour peu que, pour que, pourvu que»

quel que»

quelque... que»

qui que, quoi que.

quoique»

sans que»

si peu que, si... ({ViQ {signifiant quelque... que)»

si tant est que»

soît que, supposé que, etc.

§ 295. Bemaeque IY. On met tantôt l'indicatif^ tantôt le subjonctif avec les conjonctions suivantes :

de manière que»

de sorte que»

en sorte que,

jusqu'à ce que, si ce n'est que»

tellement que.

10 On met l'indicatif pour indiquer quelque chose de positif ou un fait accompli. Ex, : il a fait en sorte quon a été content de lui.

« Le sang enivre le soldat, jusqu'à ce que ce grand prince, qui ne put voir égorger ces lions comme de timides brebis, calma les courages émus. . . » (Bosstjet.)

2° On met le subjonctif pour exprimer quelque doute \ et il y a toujours doute, s'il s'agit d'un fait à venir. Ex. : faites en sorte quon soit content de vous ; persévérez jusqu'à ce que vous ayez réussi.

On met encore le subjonctif après la locution ce n'est

pas que^ p^ce qu'elle indique un doute. Ex. : ce nest pas que je veuille tous faire des reproches.

Remarque V. C'est pour les mêmes raisons que Ton met tantôt le subjonctif, tantôt l'indicatif avec l'adjectif conjoDCiif tel que. Ex. :

ayez une conduite telle sa conduite a été telle que qu^ori vous applaudisse (fait tout le monde Va applaudi à venir, incertain); (affirmation d'un fait).

Remarque VI. Dans certaines propositions subordonnées où le verbç indique une cause, ce verbe peut être uni à la phrase principale par la conjonction que ou la conjonction de ce que. Après que^ le verbe de la proposition subordonnée se met au subjonctif, parce qu'il y a dans l'esprit une idée de doute, ou du moins parce qu'il y a eu affirmation d'un fait, mais d'un fait qui peut n'être pas exact ; après de ce que, le verbe bc met à l'indicatif, parce que cette tournure marque l'affirmation positive d'unfai t. Ex,:

il se plaint quart Paît insulté ;

je suis heureux qu'il ait réussi ;

il se plaint de ce qu'on Va insulté ;

je suis heureux àe ce quil a réussi.

§ 296. Remarque VIL Le subjonctif se met après les pronoms et adverbes conjonctifs comme après les conjonctions, quand la phrase exprime un doute, une crainte, un souhait, une tendance vers un but. Ex.: indiquez -moi un endroit ou je puisse me reposer (si l'on voulait parler d'une manière affirmative, on dirait : je connais un end oit oh je puis me reposer).

« Content de remarquer des actions de vertu dont les irfiges auditeurs puissent profiter. . . » (Bossuet.)

Pour la même raison, la négation et l'interrogation en-

traînent ordinairement le sabjonctif après les pronomp eonjonctifs. Ex, :

« Le public n'est pas un juge qu'on puisse corrompre. »

(BOILEAU

« S'il y a peu d'orateurs, y a-t-il bien des gens qui puissent les entendre ? » (La Bruyâbe.)

§ 297. Remarque VIII. Après les superlatifs suivis de qui et les locutions le seul qui, le premier qui, le dernier qui, on met le subjonctif, si Ton énonce un simple jugement soumis à doute ou à contestation, llndicatif, si l'on énonce un fait positif et formel. Fx. :

V Indicatif.

C'est peut-être la seule chose que l'argent seul ne peut pas faire. y>

(Montesquieu.)

2° Subjonctif.

« Trajan, le prince le plus accompli dont l'histoire ait jamais parlé. 3>

(Montesquieu.)

§ 298. Remarque IX. Le subjonctif s'emploie même dans quelques propositions principales.

1** On le trouve avec que, dans les prières ou dans les exclamations (il ne s'emploie, au premier cas, qu'à la a** personne du singulier). Ex. : que votre volonté soit faite.

c Moi, que fose opprimer et noircir l'innocence ! »

(Racine.)

2"* Il s'emploie sans que, dans les formules de souhait, d'imprécation, de concession, d'indignation. Ex. :

Fasse le ciel. Dieu veuille que... Puisse ce vœu s'accom* plir î A Dieu ne plaise r\ne... Dieu soit loué !

Qui m'aime, me suive. Comprenne qui pourra.

Le croie qui voudra. Advienne que pourra.

« Le ciel soit béni I » (Racine.)

€ Périssele Troyen auteur de nos alarmes l » (Racikb.^

Pour toutes ces phrasesj on peutii il est vrai^ supposer un^

proposition principale sons-entendae, à laquelle celles-ci seraient subordonnées :je demande que... je désire qu€...etc. . Quotl vous supposez que fose noircir l'innocence^ etc. Non seulement il n'est pas nécessaire de sous-entendre une autre proposition principale; mais cela n'est même pas toujours possible.

Ainsi le yerbe savoir se met au subjonctif dtms les locutions suivantes, qui forment incontestablement des propositions principales : je ne sache pas quc.^je ne sache personne ou rien qui... Dans ces locutions, le subjonctif est employé pour exprimer la pensée d'une manière moins affirmative que l'indicatif : je ne sais pas. Du reste cette locution n'est usitée qu'à la première personne du singulier.

Le subjonctif du verbe savoir s'emploie aussi avec que, après une négation, et marque la même nuance d'énonciatîon atténuée. Fx. :

€ Il n'est point de destin plus cruel, que je sache. »

(Molière.)

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