‹ Nouvelle grammaire françaiseChapitre 136 sur 176 · II. Temps de l'infinitif · texte numérisé non relu

II. Temps de l'infinitif

§ 320. — i. Jj infinitif dit présent s'emploie pour ïfc présent, l'imparfait et le futur. Ex,:

Il croit \ ( qu'il arrive;

II croyait v arriver, c.à-d. \ qu'il arrivait ;

Il pense ou il espère ) ( qu'il arrivera.

2. L'infinitif présent ne suffit pas toujours pour marquer l'idée du futur : cette idée est plus distinctement exprimée par l'addition du verbe devoir, qui remplit alors l'office d'auxiliaire. Ex,: voilà ce que je crois 6/eî;''«r arriver,

3. L'infinitif du parfait indéfini a le sens de ce temps et du plus-que-parfait. Ex, :

^yi'f; [ l'aboi' feit ; c..à-d. ! <i«:î; ;> ^^ j .,

Il croyait ) ' / qu il lavait tait.

III, Propositions infinitives. § 321, Les verbes à l'infinitif peuvent former de véri-

tables propositions, dites propositions infinitives. Ces propositions sont, en général, dépendantes on subordonnées; mais elles peuvent aussi être indépendantes :

1** Propositions infinitives dépendantes.

§ 322. Les plus communes, parmi ces propositions, sont celles où rinfinitif tient lieu d'une proposition subordonnée commençant par la conjonction que. Dans Cds sortes de propositions, le sujet peut être le même que celui de la proposition principale, ou en être distinct.

1"* Même sujet. Ex, : il pense partir bientôt (équivalant à deux propositions : l. proposition principale : il pense ; — 2. proposition subordonnée : qu'il partira).

2^ Sajets distincts. Ex. : je vois le moment du départ approcher. (1. proposition principale :je vois; — 2. proposition subordonnée : que le moment du départ approche.)

§323. Remarque I. Quand l'infinitif a un sujet distinct de l'autre verbe, ce sujet se met quelquefois, par inversion, après le verbe, mais seulement quand le verbe à l'infinitif est neutre ou employé comme tel. Ex.: j'ai entendu chanter cette personne.

J'ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire.

(Voltaire, Zaïre,)

§ 324. Remarque II. Des propositions infinitives de ce genre sont formées par le verbe faire. Ex.: Il a fait fuir Vennemi. J'ai fait sortir ces personnes. Ex.: les personnes que j'avais fait entrer ^ il les a fait sortir.

§ 325. Remarque III. Le pronom que, appartenant à une proposition infinitive, amenée par des verbes qui Agai- &ent penser oxL dire {croire, affirmer, etc.), peut être sujet ou complément direct de cette proposition.

2** Que complément direct :

Les richesses, que Tavare

croitposséderje possèdent.

1** Que sujet :

Un honneur qu il croit n appartenir qu'à lui seul.

Les choses qu'il a af- \ o . ^ / 1 avoir

firme, avoué, cru, i ^^.^^

pensé, dit espéré, L^^^^^

nié, prétendu, to, \ «

s'est imaginé j^^^'

Ç 326. BsMABQUB IV. Après les yerbeB croire et tUre,

on sous-entend quelquefois l'infinitif du verbe être. Ex. :

On croyait On disait

les ennemis à cinquante lieues de là.

§ 327. Beiiarqub y. Quelquefois le sujet est omis, et l'infinitif prend toute ca force de nom verbal : dans des tournures de ce genre, si l'on vent exprimer l'idée du sujet, de V agent, on le met après le verbe à l'infinitif, précédé des prépositions par, de, à. Cette particularité se rencontre avec les verbes écouter, entendre, ouïr, faire, laisser, regarder, sentir, voir.

r Infinitif (sans sujet).

J'ai vu démolir cette maison.

J'ai entendu parler de lui.

il se sentit frapper.

Laissez- vous fléchir.

2** Infinitif (avec lesprép. par, de, a), « On se voit passer sur le eor/>s/)ar des subalternes. »

(Massillon.) De ses bras innocents je me sentis presser.

(Racine.) J'aime à lui voir verser des pleurs pour un aflPront.

(Boileau.)

§ 328. Rbmarqitb VI. Entre le second genre de constructions et le participe passé (qui n'est autre que l'infinitif

passif, moins le verbe €tre\ la similitude de sens est visible. On peut même, après le verbe t^(?w', et quelquefois après le verbe sentir, employer soit l'infinilif, soit le participe passé. Ex, :

2** Participe passif: « On te verra attaquée dans tes murailles, d

(BOSSUBT.)

« Je me sens confondu par la grandeur du sujet. »

(BOSSUET

1** Infinitif {actif ou neutre) :

J'ai vu favoriser de votre confiance

Othon,Sénécion.(RACiNE.)

Se voyant tromper, elle fermait les yeux.

(Corneille.)

Je sens de jour en jour dépMr mon génie. (Boileau.)

Sans doute on peut noter une nuance entre ces deux tournures, et dire que l'infinitif indique le fait, et le participe passé l'état, le résultat. Mais cette nuance est si légère que Racine a employé successivement ces deux tournures dans deux vers qui suivent :

Par les traits de Jéhu/e vis percer le père;

Vous avez vu les fils massacrés par la mère. (Racine.)

§ 329. Remarque VII. Les verbes réfléchis à l'infinitif, après le verbe faire, perdent leur pronom complément, La raison en est qu'ils forment avec ce verbe une seule et même locution (Voyez § 352, Rem. Il), par conséquent un seul verbe, et que le même verbe ne peut avoir deux cx)mpléments directs désignant im seul et même être. Ex. : je vous en ferai souvenir ou repentir; je l'ai fait taù^e.

Chaque vers qu'il entend le fait extasier. (Boileau.)

2** Propositions infinitives indépendantes.

§ 330. L'infinitif s'emploie d'une manière indépendante, c'est-à-dire sans être subordonné à aucun verbe exprimé antérieurement, dans les propositions interrogatives, dans les propositions exclamatives, dans les proposi-

SYNTAXE DU VKBBE. — § 330 267

tions nafTalives et dans certainespropositions impératives. C'est bien gratuitement que, pour les unes comme pour les autres, on cherche quelquefois à les faire dépendre de verbes sous-entendus.

I. Les propositions inter7*ogatives qui admettent Pinfiûitif construit d'une manière indépendante peuvent être directes ou indirectes :

1** Directes. Ex.: que faire? Que devenir? Que répondre? Comment faire?

Pourquoi donc le quitter, pourquoi causer sa mort?

(Voltaire.)

2** Indirectes. Ex.: je ne sais que faire ^ que devenir , que répondre, oie me cacher.

€ Les sages du monde n'ont su ni que penser ni que dire d'une si étrange composition. » (Bossuet.)

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