I. Infinitif
§ 313. L'infinitif peut être considéré comme nom verbal et comme mode.
Comme nom verbaly c'est-à-dire employé substantivement, il peut quelquefois être précédé de l'article, et peut toujours servir de sujet ou de complément.
Gomme mode y il a des temps, des compléments directs et indirects, et peut former des propositions. I. Infinitif employé comme sujet et comme complément,
§ 314. Quelques infinitifs en français sont de véritables sabstantifs, pouvant être accompagnés d'articles et d'adjectifs, et pouvant se mettre au pluriel. Ex, : le lever, le coucher; le boire et le manger ; le savoir, le pouvoir, le vouloir; le savoir-faire, le savoir -vivre ; des déjeuners, des dîners, des soupers, des devoirs,
§ 315. L'infinitif peut servir de sujet à une proposition. Ex, : mentir est chose honteuse.
Remarque. L'infinitif sujet des propositions imper- Bonnelles est en général accompagné de la préposition de
iGO GRAMMAIRE FRANÇAISE
Ex. : il est utile d'agir ainsi, — C'est peu de promettre, il faut tenir. — C'est à lui de parler. — Le plus sûr est ie partir.
§ 316. L'infinitif sert souTent de complément, et il aluimême des compléments directs et indirects.
§ 317. — l** Il peut être uni par des prépositions soit à des substantifs, soit à des adjectifs, soit à des verbes. Il se cons^trnit surtout avec les prépositions de, à, pour, sans, par, après, et diverses locutions prépositives composées B.Yecde(Ex, : sotis peine de, de peur de, loin de, etc.). Ex. : l'intention (/'écrire, le plaisir de voyager. — Jaloux, avide, capable de réussir.
J'aime à lui voir verser des pleurs pour un affront.
(BOILEAU
2® Il peut aussi se construire avec la préposition entre : € Il n'y eut presque point d'intervalle chez eux entre commander et servir. » (Montesquieu.)
Remarque 1. L'infinitif, construit avec une préposition et formant une proposition subordonnée, se rapporte en général au sujet. Ex. : L'homme est créé pour travailler.
« Il eût voulu pouvoir attaquer sans nuire, se défendre sans^ offenser. » (Fléchier.)
Remarque IL L'infinitif peut aussi se rapporter à pn des compléments (direct ou indirect). Ex.: on lui a don l'ordre de partir.
Dieu nous a créés pour travailler (c'est-à-dire pour que nous travaillions).
« Dieu fait ces dons à certaines âmes qu'il a créées pour être maîtresses des autres, n (Fléchier.)
€ Tout ce que je lisais sur la religion m^ touchait jusqu'à répandre des larmes. > (BossuET.)
Eemabque m. Il ne faut pas qu'il y ait équivoque, c'est-à-dire doute sur la relation de Tinfinitif avec le sujet ou avec un des compléments. La relation avec le sujet prime toute autre. Ainsi dans cette phrase, « je les ai vue avant départir », ces mots : avant de partir y ne peuvent se rapporter qu'au sujet. Si Ton veut parler du départ de tev>x qui ont été vus, il faut dire : « je les ai vus avant qu ils partissent, »
Remarque IV. Quelquefois l'infinitif ne se rapporte à aucun mot exprimé dans la phrase ; mais il faut que l'esprit puisse aisément saisir le rapport avec quelque mot sousentendUy qui soit le sujet du verbe à l'infinitif. C'est tantôt un pronom personnel, tantôt un pronom indéfini. E<t,:
Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie Pournepas souhaiter qu'elle me fût ravie ;
(Racine, Iphigénie.)
c'est-à-dire povr que je ne souhaitasse pas.
Le théâtre, fertile en censeurs pointilleux.
Chez nous, pour se produire, est un champ périlleux ;
(BoiLEAU, Art poétique.)
c'est-à-dire pour quon se produise.
Cela va sans dire (c'esl-à-dire qu'on le dise).
J'ai ordonné Affaire telle chose (c'est-à-dire quon fît),
A dire vrai. A le bien prendre.
§ 318. — 2** L'infinitif peut aussi se construire immédiatement après certains verbes. Tels sont les suivants :
aflBirmer,
envoyer.
regarder,
aimer mieux,
espérer.
retourner,
aller,
faire.
savoir.
apercevoir,
(il) faut,
sembler,
avouer,
laisser.
sentir.
compter,
mener*
s'imaginer,
considérer,
observer,
souhaiter.
courir,
oser.
il vaut mieux.
croire,
ouïr,
venir,
daigner.
paraître,
voir.
désirer,
penser.
vouloir.
devoir,
pouvoir.
etc.
écouter.
préférer.
entendre.
prétendre.
Remarque I. Même avec ces verbes, Tinfinitif prend la préposition de dans la seconde de deux propositions comparatives. Ex. :
Il aima mieux ) ^a^*« ^«^ ^^ «« ^i»^ti^*^ Il vaut mieux \ P^^ ^^^ ^^ ^® plamdre.
Remarque II. Quelques verbes {désirer, souhaiter, etc.) peuvent se construire avec un infinitif, soit immédiatement, soit à Taide d'une préposition. £x, :
Il désire ou il souhaite
réussir
ou de réussir.
Il n'y a pas de différence de sens appréciable entre ces deux constructions. Mais la plus usitée est celle où l'infinitif suit immédiatement le verbe.
Remarque III. Pour la plupart des yerbes, il y a une différence de sens entre l'infinitif construit immédiatement après un verbe, et l'infinitif uni à ce verbe par une préposition.
La première construction indique ou suppose le résultat qui est ou doit être atteint, la seconde indique seulement l'intention. £x. :
J'ai couru l'avertir.
Il viendra vous parler.
11 est retourné le chercher.
J'ai couru joowr l'avertir.
Il viendra pour vous parler.
Il est retourné pour le chercher.
§ 319. — 3*" D'autres nuances de sens peuvent être expri* mées par Tinfinitif, selon qu'il suit immédiatement un verbe ou lui est uni par une préposition, par exempk, après les verbes /aeVe, Ex,:
2® A vec propos ition :
Ne FAIRE QUE DE...
Il ne fait que de sortir {c'està'd, il vient de sortir).
1*^ Sans préposition :
Ne faike que...
1** Idée d'un acte répété :
Il ne fait ç^w'entrer et sortir
{C'à d, il entre et sort
sans cesse).
2** Idée de restriction :
Attendez-moi ; je ne fais
j'M'àller et venir.
Je n'ai fait que passer, il
n'était déjà plus.
(Eacine, Esther.)
Voyez ne... qvs (§ 391, vi).