‹ Nouvelle grammaire françaiseChapitre 168 sur 176 · I. DIFFÉRENTES AOCBPTIOKS U'UN MÊME MOT DANS LA LANGUE ACTUELLE · texte numérisé non relu

I. DIFFÉRENTES AOCBPTIOKS U'UN MÊME MOT DANS LA LANGUE ACTUELLE

§ 441. Les difEérentes acceptions de sens que prend quelquefois un mot tiennent surtout à ce que ce mot n'est pas toujours pris dans un sens propre; il est souvent employé dans un sens détourné, et spécialement au sens figuré.

En général y on dit qu'un mot est pris au sens figuré, quand il est transporté de Tordre physique à Tordre moral. Ex. : le spectacle de la nature élève la pensée à Dieu.

Mais quelquefois aussi, c'est un mot de Tordre moral qui est transporté dans Tordre physique. Ex. .*Teau et les arhres égayent un paysage.

Les déviations da sens d'un mot sont produites par la facilité qu'a Tesprit d'établir des rapports et des analogies entre telle idée et tel mot.

Ainsi on dit : un habit étroit , un esprit étroit , des lègles étroites; un habit jt^^e, une balance juste, vendre à juste prix^ une loi juste.

Dans ces divers rens du mot juste, l'idée commune est un rapport de conformité établi par la pensée entre un objet et une mesure, soit physique, soit morale. .

De même , on ne se bornera pas à employer le mot monter dans son sens propre : monter un escalier, une colline; monter à une tour.

On dira, par une analogie assez rapprochée : monter un cheval fougueux, monter à cheval, monter sur un vaisseau; — puis, dans un sens beaucoup plus détourné , et au figuré, monter la tête à quelqiCun. — Enfin c'est à peine s'il est possible de retrouver le sens primitif du mot dans l'expression monter une maison, un ménage, un magasin.

Le plus ordinairement les déviations du sens primitif d'un mot apparaissent dans certaines locutions où ce mot prend un sens tout spécial , et qui se rencontrent dans chaque langue : c'est ce qu'on appelle des idiotismes. Un idiotisme français s'appelle un gallicisme.

Le mot cœur nous fournira de nombreux exemples de ces dif-^ térentes acceptions d'un même mot :

388 grâmhaibe fbakçaise

i^ Senspfropre : le cœur est un viscère placé à la partie gauche de la poitrine.

2* Sens figuré : cet homme a le comr bien placé;

c'est on homme plein de ccmr;

cet homme n*a pas de €<mr (le cœur est représenté comme le siège des sentiments).

S"" GàllicUmes: il n*a pas de cœur à Vouvrage;

avez-vous bien le cœur de faire cela?

je vous aiderai de grand cœur, de tout cœur;

il a parlé à cœur ouvert;

il a le cœur sur la main;

il a ri de bon cœur ;

il sait sa leçon par cœur;

il est au cœur de la difficulté, etc., etc.

II. DIFFÉRENTES AOOBPTIONS D'UN MÂME MOT DANS L'HISrOIBB DE LA LANQUE.

§ 442. De même que Tusage a modifié sur bien des points les formes des mots et les règles de la syntaxe, de même il a changé le sens de plus d*un mot. Il n'est pas besoin de remonter à plus de deux siècles en arrière pour trouver des exemples de ces changements du sens de certains mots.

Cest ainsi que, au xvn^ siècle,

bureau signifiait habit ou tapis de bure.

cadeau — fête, partie de plaisir.

ennui — chagrin.

génie — esprit.

honnête homme — homme de bonne

société, etc., eto.

libertin — incrédule,

vilain — paysan.

C'est ainsi que bachelier signifiait anciennement ^ctitié homme (non encore marié; en anglais bachelor, célibataire) ; valet désignait, non un domestique, mais Técuyer d'un seigneur (vaski vient de 4- vassaletunij diminutif de -t vassalem).

Aussi existe-t-il, à côté des Dictionnaires de la langue française actuelle, des Dictionnaires historiques de la langue française. Un ouvrage de ce dernier genre a été entrepris par l'Académie française, qui en a déjà publié plusieurs fascicules.

DBS SYNONYMES. ~ § 445 839

Page 1