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DES SYNONYMES

§ 448. Le mot synonyme signifie proprement mot qui a la même signification qy!un autre. Plusieurs mots en eâet semblent offrir avec d^autres des rapports de signification. Mais ces rapports ne sont jamais que très-imparfaits, et le plus souvent ils sont plus apparents que réels. Il y a toujours entre les mots dits synonymes quelque difEérence, surtout dans la langue jLrançaise, dont on a pu dires c G* est peut-être la seule langue qui ne connaisse pas, à proprement parler, de synonymes. :»

[Etymoloqie. Ce mot vient du grec auvwvufxov, composé de avv, avec, et de ôvopa, nom. — D'après la stricte étymologîe du mot, les synonymes désigneraient, les uns comme les autres, les mêmes choses on les mêmes idées.]

Rbmabqoe. il ne faut pas confondre avec les synonymes les homonymes ou paronymes, c'est-à-dire les mots qui ont avefe d'autres non une analogie de sens, mais une simple ressemblance de son. Eœ, : bailler (accorder) et bâiller (faire un bâillement); chasse et châsse; anoblir (donner des titres de noblesse) et ennoblir (rendre noble, au figuré).

[Etymologîe. Homonyme vient de ô[ji.(ovu[jiov (6[a6(;, égal, ovo[jLa, nom) ; paronyme de 7uap(ovu[ji.ov (wapi, auprès, et ovo[jLa). Le paronyme indique une ressemblance de son plus approximative que Vhomonyme].

I 444. Les mots dits synonymes se rangent en deux classes : r> Ceux qui ont des racines identiques, mais qui se distinguent les uns des antres par les affixes ou bien par quelques différences grammaticales ;

2o Ceux qui ont des racines différentes.

II est évident tout d'abord que c'est entre ces derniers que les différences de sens sont les plus tranchées, puisqu'eHes tiennent à un élément du mot aussi important que la racine. L'identité de la racine établit au contraire entre les premiers une certaine similitude de sens.

I Les différences entre les mots de la l*^ classe tiennent à des nuances ; celles qui existent entre ceux de la 2« classe sont plus essentielles.

' § 445. Exemples de synonymes de la i>^ classe.

340 GBAMMAIBB FRANÇAISE.

L DifEérences de sens marquées par les affixes, à savoir, lo Par les préfixes :

— Attristé « contristé. (Le second de ces mots indique une douleur beaucoup plus forte que le premier, une douleur qui 6*empare en quelque sorte de toute Fâme.) Ex. : il est attt*isté de wn échec ; il est contristé de la mort^ de son père.

— Plaire, complaire. (Le premier mot indique que Ton plaît sans efEorts ; le second, que l'on cherche à plaire^ quelquefois sans y réussir.^ Ex, : à force de complaire, on n'arrive pas toujours à plaire, '

— Nier, (Renier. {Nier, c'est dédarer qu'une chose n'est pas; dénier, c'eist refuser une chose.) Ex. : il nie que ks choses se soient passées ainsi et prétend qu'on lui a dénié justice.

— JLfalhoDDête, déshonnête. (Déshonnête Ee dit des choses, et spécialement de celles qui sont contraires à la pureté des moeurs ; malhonnête ne se dit que des personnes, et désigne celles qui manquent à la pureté des mœur?, à la probité, à la politesse.) Ex. : il est d'un malhonnête homme de seplaire à des discours déshonnétes.

— MéauBbT, abuser (Mésusert c'est faire un mauvais usage d'une chose ; abuser, c'est en user d'une maniése excessive.) Ex. ; il abuse de la bonté de ses parents et mésuse de tout ce qu'on lui donne.

2® Par les suffixes :

— Dissentiment, dissension. (Un dissentiment est une différence d'opinion; une dissension est l'état produit par un dis^ sentiment) Ex. : les dissentiments politiques amènent les dissent sions.

— Fragment, fraction. (Ces deux mots indiquent des divi. sions ; mais le premier s'applique aux objets, le second s'appli> que aux choses abstraites et indique l'action de fractionner.) Ex. : on distingue en arithmétique les nombres entiers et les fractions; une poire représente un nombre entier, un fragment de poire représente une fraction.

— Outrageant, outr&geux. {Outrageux indique une chose qui est de nature à outrager ; outrageant une chose qui fait un outrage déterminé.) Ex. : la raillerie est outragettse par elk^ même ; les propos quHl a tenus sont outrageants.

— Matinat, mattnetio;, matinier. {Matinal désigne une personne qui s'est levée matin un jour ; matirieux, une persoime

DES STNONYMES. — § 446 841

qui se lève toujours matin ; matinier, quelque chose qui a rapport au matin.) Eœ. : vous êtes hkn matinal aujourd'hui. Je mis matineux d'habitude, et je contemple chaque Jour l'étoile mati" 7iière.

II. DifEérences de sens marquées par des circonstances jçram • maticales :

1° Différence de nombre :

l'honneur, les honneurs,

la dignité^ les dignités,

l'attention, les attentions,

la grâce, les grâces.

la ruine, les ruines.

2® Déplacement de Tadjectif ou de l'adverbe :

un grand homme, un homme grand,

un savant homme, un homme savant*,

un malhonnête homme, un homme malhonnête,

un méchant livre, ^ un livré méchant,

bien vivre, vivre bien.

â® Adverbes ou locutions adverbiales :

secrètement, en secret,

littéralement, à la lettre,

prudemment, avec prudence.

40 Compléments différents :

commencer à, commencer de.

participer à, participer de.

retrancher à, retrancher de.

oublier à, oublier de.

s'occuper à, s'occuper de.

emprunter à, emprunter de.

aider quelqu'un, aider" à quelqu'un,

assurer — assurer ' — —

insulter — insulter — — atteindre quelque chose, atteindre à quelque chose,

suppléer — suppléer — —

§ 446. Exemples de synonymes de la 2^ classe.

— Blessure, plaie, (Une blessure vient d'un coup, d'une cause extérieure ; une plaie peut résulter d'une cause intérieure.) Ex, i le soldat est couvert de blessures; cet abcès a laissé, en perçant, une large plaie.

S42 aBAHMAIBB FBANÇAISB.

— Reb€lle,révoHé; rébellion, révolte, (TJnrebelle est un homme qai piédite des pensées de révoUe.) Ex, : l'esprit de rébellion mène à la révolte.

— Détester, abhorrer, (Détester, c'est avoir de la haine contre quelqu'un ou quelque chose ; abhorrer, c'est plus, c'est éprouver de rhorreur pour quelqu'un ou pour qudque chose.) Ex. ; il ne suffit pas de détester le vice, il faut l'abhorrer.

— Crainte, frayeur, effroi, terreur, épouvante. (Le mot crainte est le terme général pour rendre l'impression que produit l'idée d*un mal à veuir : c'est aussi celui qui indique la plus faible impression produite par cette idée. Une impression plus forte est rendue par les mots frayeur, effroi, terreur, et une impression plus forte encore par celui d'épouvante, qui suppose que l'idée du mal à venir apporte dans l'esprit un véritable désordre). Ex.: V avenir inspire aux uns l'espérance, aux autres la crainte; la frayeur est un sentiment passager , l'effroi est plus durable, la terreur l'est ipluB encore. L'épouvante se répandit partout, et l'armée fut mise en fuite.

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