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FORMATION DU FÉMININ DANS LES ADJECTIFS

§ 46. Rèffle générale. Quand les adjectife ne sont pas terminés par un e muet au masculin, ils en prennent un au féminin. Ex. :

grand, grande,

petit, petite.

Un seul adjectif présente une exception à la règle générale de V$ muet employé comme signe du féminin, c'est

FÉMININ DE L'ADJBOTIF. — § 47 ^3^

Tadjectif grand, dans les locutions granctmère, granctroute^ grancPmeaae, granâpeur, granéUpeine, granéP chose, etc.

[Orichnbs latines bt histoire. — Nous avons déjà vu (§ 33) que Ve muet, signe du féminin en français, vient de l'a, signe du féminin en latin. Ex : sanctay sainte ; divinay divine.

Primitivement le français ne mettait l'e, signe du féminin, qu'aux adjectifs qui prenaient a en latin au féminin, et avaient ce genre distinct du masculin. Grandemi n^ayant qu'une terminaison pour les deux genres, a donné grand au féminin comme au masculin. Plus tard, quand Tusage eut soumiç ce mot à la règle commune^ les grammairiens crurent voir dans Tabsence de Ve la trace d'une élision, qu'ils niarquèrent par une apostrophe. L'erreur est évidente : car il n'y a élision que lorsque deux voyelles se rencontrent, et la locution mère grand se trouve dans les Contes de Perrault. Il faudrait donc supprimer l'apostrophe, si l'usage ne devait être respecté et si le souvenir de l'ancienne règle n'était tout à fait efEacé.}

La règle générale de la formation da féminin donne Hen à quelques autres remarques, pour lesquelles il y a lieu de distinguer les adjectifs terminés par une yoyelle et les adjecti& terminés par une consonne.

!• Féminin des adjectifs terminés au masculin par une voyelle.

§ 47. Bemabque I (gru). Les adjectifit terminés en gu mettent un tréma sur Te du féminin. Ex. : aigru, aiguë; exigru, exiguë ; contigru, contigruê.

Le tréma a ici pour objet de faire prononcer séparément Vu, dont le son se perdrait dans la syllabe gue sans tréma. (Ex. : long^ longue.)

Remarque II (ou et eau). Plusieurs adjectife en ou et eau (f ou, mou; beau, nouveau) ont au masculin une seconde forme, qui s'emploie devant les substantifs commençant par ime voyelle ou une h muette. Ex. : fol espoir ; mol édredon; bel homme ; nouvel essai. Ils tirent leur féminin de cette

84 QBAMHAIBE FRANÇAISE.

seconde forme^ en redonblant la consonne. Ex, : folle espérance ; molle existence ; belle enfant ; nouvelle année.

Par analogie, jumeau fait an féminin jumelle.

On retronye ici le fait déjà plusienre fois signalé de l'alternance de Tw et de 17. (Voyez § 37, 3^ § 44, Rbm. II.)

[Origines latinbs et histoire . — Dana la vieille langue française, ces sortes d^adjectîfs se terminaient toujours par / au masculin, même devant une consonne. On disait moly bel, nouvel, jumel, par souvenir des adjectifs latins moUem, hélium, •^ noveîlum, gemellum.]

Remarque III. Favori, coi font an féminin favorite, eoite.

TOrigines latines et italiennes. — Le t du féminin de ces deux adjectifs apparaît dans l'italien favoritOy dans le dérivé français favoritisme, et dans le mot latin quietum.]

Remarque IV. Hébreu ne pent se mettre an féminin ; on se sert dn mot hébraïqm, Ex. : les livres hébreux, la languie hébraïque.

Remarque V. Les adjectife qni sont déjà terminés par nn e mnet au masculin ne changent pas an féminin, excepté l'adjectif traître, qni fait an féminin traîtreass; mais ce mot, qui est à la fois adjectif et substantif, suit la règle des substantifs terminés par un e mnet. (Voyez § 34, 4**.)

2* Féminin des adjectifs terminés au masculin par une consonne.

§ 48. Ces adjectifs ne forment pas toujours leur féminin par la simple addition d'un e. On verra dans les remarques suivantes que les uns redoublent la consonne finale, et que les autres modifient pinson moins leur terminaison.

§ 49. Remarque I. (el, eil, ol, ul; — en;, on; — et, ot ; — as, es, ais, os.) On redouble au féminin la consonne finale de la plupart des adjectifs qui sont terminés au masculin par el, eil, ol, ul; — en, on; — et, ot; — as, es, ais, os.

FÉMININ DE l'adjectif. — § 50 35

Ex. : cruel, cruelle ; pareil, pareille; fol, folle (V. § 47); nul, nulle; ancien, ancienne; bon, bonne; muet, muette; sot, sotte ; gras, grasse ; profès, professe ; épais^ épaisse; gros, grosse.

De plus, ^^/t7 fait au féminin gentille.

Exceptions : V Le ^ne se double pas toujours après la terminaison ot {Ex. : dévotey manchote); nou plus qu'après la terminaison et : en effet quelques adjectifs terminés au masculin en et, au lieu de doubler le t, marquent d'un accent grave Ve qui précède cette consonne. Ex. :

Complet, incomplet, complète^ incomplète; concret, concretê; discret, indiscret, discrète, indiscrète ; inquiet, inquiète; replet, replète; secret, secrète.

[Origines latines et histoire. — Ces derniers sont des mots formés par les savants, qui ont voulu représenter par Vè ouvert Vê long des Latins (cowp/é<a, concrêta, discrèta^ etc.). Les mots d'origine populaire, comme nette^ coquette, fluette, sujette, doublent tous là consonne t, qui se trouve encore doublée pour le mot complette dans les textes du xvi® et du xvii® siècle.]

2^ La consonne ^ ne se double pas toujours après les terminaisons as, es ou ats (ras^ rase; anglais, anglaisé); et os (Ex. : écloSy éclose),

3® Absous, dissoîcs font au féminin absoute, dissoute.

4° Dispos n'a pas de féminin.

§ 60. Remarque II (eur, teur). Les adjectifs terminés en eur ou teur font leur féminin de quatre manières:

V Les uns suivent la règle générale, c'est-à-dire ajoutent un e au masculin; ce sont les adjectifs qui soct terminés en leur : extérieur, extérieure ; antérieur, antérieure, etc., et les adjectifs majeur, majeure; mineur, mineure; meilleur,* meilleure.

2'' D'autres changent eur en euse (trompeur, trompeuse; boudeur, boudeuse). Cette formation du féminin

est propre aux adjectifs ou substantifs dérivés de yerbess ia terminaison eur y remplace celle du participe présent fmt. Ex. : mentant; menteur, menteuse.

8** D'autres changent eur en eresse (vengeur, vengeresse; enchanteur, enchanteresse) ;

4** D'autres enfin changent teur en trice (corrupteur, corruptrice ; producteur, productrice.

[Origines latines. — On a déjà vu (§ 34, 3°) rorigine de ces terminaisoDS euse, eresse, trice.

Cette dernière terminaison (trice) est particulière aux substantifs ou adjectifs terminés en teur et venus de mots latins en tor, trix,]

§ 51. Remarque III. (r finale) Les autres adjectifiB terminés par une r suivent la règle générale (addition d'un e au féminin). Seulement, comme cette consonne est généralement précédée d'un e au masculin, cet e prend un accent grave au féminin. Fx. : altier, altière ; fier, fière; étranger, étrangère.

§ 52. Remarque IV. (e final) Le c final d*un adjectif masculin produit au féminin plusieurs terminaisons :

1^ la terminaison cJie. Ex. : sec^ sèche; blanc^ blanche; franc^ franche ;

2° la terminaison que. Ex. : caduc, caduque; public, publique; turc, turque; franc (quand il désigne une nation, et non une qualité), franque ;

3** la terminaison cque dans un seul mot : grec, grecque.

[Origines latines. — Si le c final donne au féminin les deux terminaisons che et que, c'est que la terminaison latine ca devient en français, tantôt che, tantôt que.

Elle devient en général che, quand elle est précédée en latin d'une consonne. Ex . : arca, arche ; furca, fourche ; musca, mouche; bucca, bouche; sicca, sèche.

Elle devient plutôt que, quand elle est précédée d'une voyelle. Ex. ijuridica, juridique; publica, publique; veridica, véridique. La terminaison que devait être préférée à la termi-

PÉÎilNIN DE L'ADJECTIF. — § 57 37

naison ce, comme conservant le son dur qu'aie c final du masculin piiô/ic (qui se prononce publique).

Quant au mot grec, le c du masculin s'est maintenu au féminin pour donner au premier e un son ouvert.

§ 53w Eemaeque V. (f finale) L/ finale des adjectifs masculins se change en v devant Ve, signe du féminin; ce qui donne 1& terminaison ve. Ex. : neuf, neuve ; fugitif, fugitive; captif, captive; yif, vive; bref, brève.

[Origines latines. — Dans les mots neuf, captif, fugitif, vif, bref, la consonne / vient de ce que le v latin s'est durci par suite de la chute de la voyelle finale qui n'était pas accentuée, novum, captivum, fagitivum, vivum^ brevem. Mais le v latin re- • paraît au féminin parce qu'il est suivi d'une voyelle. Il en est de môme dans le nom de nombre neuf (d'où vient neuvième) et dans le substantif nerf (d'où vient nerveux), etc.]

§ 54. Eemaeque VI. (g final) Le g final des adjectifs masculins prend un u devant Ve du féminin; ce qui donne la terminaison giêe. Ex, ; long, long^ue.

§ 55. Eemaeque VIL (n finale) L'n finale donne gne dans maligne, bénigne (de malin, bénin).

[Origines latines. — L'irrégularité de la formation des féminins bénigne, maligne n'est qu'apparente. Elle s'explique par l'étymologie latine : bénin, malin viennent de benianum, malignum, par la chute de la désinence um et du ^ ; bénigne, mali' gne viennent régulièrement de benignam, malignam.]

§ 56. Eemaeque VIII. (s finale) Us finale donne ce dans tierce, féminin de tiers» che dans fraiche, féminin de frais.

[Origines latines et Histoire. — La terminaison latine tia devient en français ce:tertia, tierce; infantia, enfance. Frais vient de la forme germanique fresc latinisée en frescus ; le féminin fresca a donné d'abord fr esche, puis fraiche.]

§ 57. Eemaeque IX. (x final) L'a; final des adjectifs masculins se change ordinairement en e devant Ye du féminin; ce qui donne la terminaison se. Ex. : envieux, envieuse ; jaloux, jalouse. — Quelquefois Ys se redouble« Ex. : roux^ rousse; faux« fausse.

38 GBAMMAIBE FRANÇAISE.

Oette BnbsiitntioD, qui a lien an féminin, de 1*5 à Vx dn mascnlin, paraîtra naturelle, si Von songe à réquiyalence déjà observée de Vs et de Vx, (Voyez § 37.)

DouK fait au féminin douce.

Vieux, qui fait vieil an masculin devant nne voyelle ou une h muette, fait au féminin vieille.

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